La Russie inquiète Israël en renforçant la défense antiaérienne syrienne

Une rampe de lancement de missiles S-300, durant un défilé à Saint-Pétersbourg en 2014
Photo: Olga Maltseva Agence France-Presse Une rampe de lancement de missiles S-300, durant un défilé à Saint-Pétersbourg en 2014

Israël a mis en garde lundi Moscou sur les conséquences de sa décision de renforcer la défense antiaérienne de son allié syrien à la suite de la destruction par erreur d’un avion russe, dont le Kremlin juge l’État hébreu responsable.

Une semaine après la destruction d’un Iliouchine Il-20 de l’armée russe au-dessus de la Méditerranée par la défense antiaérienne syrienne répliquant à des frappes israéliennes, la Russie a fait monter d’un cran la tension en annonçant la livraison sous deux semaines de ses missiles S-300 au régime de Bachar al-Assad, qui dispose pour l’instant de S-200 moins modernes.

Lors d’un appel téléphonique à Vladimir Poutine, Benjamin Nétanyahou a averti « que transférer des systèmes armés sophistiqués dans des mains irresponsables allait renforcer les risques dans la région et ajouté qu’Israël allait continuer à défendre sa sécurité et ses intérêts », selon les services du premier ministre israélien.

Sur le déroulement des faits, les deux hommes ont semblé avoir un dialogue de sourds, chacun campant sur sa version des faits.

Moscou affirme d’une part avoir été prévenu trop tard des frappes israéliennes pour mettre en sécurité son avion, dont les 15 occupants sont morts, et d’autre part que les pilotes israéliens, qui visaient des dépôts de munitions dans la province syrienne de Lattaquié, se sont servi de l’appareil comme bouclier face aux tirs syriens.

Israël dément ces deux accusations et Benjamin Nétanyahou a réaffirmé sa confiance lundi à la version de son armée de l’air, qui avait dépêché jeudi à Moscou son chef d’état-major pour s’expliquer.

« Ce sont précisément les actions de l’armée israélienne qui sont la principale cause de la tragédie », a répliqué Vladimir Poutine au premier ministre israélien, selon le Kremlin.

Il a assuré que le renforcement des capacités de défense du régime de Bachar al-Assad, annoncé quelques heures plus tôt par son ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, « vise avant tout à éviter toute menace potentielle pour la vie des militaires russes ».

D’ici deux semaines, l’armée syrienne va recevoir des batteries antiaériennes S-300, dont la livraison décidée en 2010 était retardée en raison de l’opposition d’Israël, avec qui la Russie entretenait de bonnes relations.

Ces systèmes « sont capables d’intercepter des appareils sur une distance de plus de 250 kilomètres et peuvent frapper en même temps plusieurs cibles dans les airs », a insisté Sergueï Choïgou.

Communications brouillées

Par ailleurs, « la navigation par satellite, les radars de bord et les systèmes de communication d’avions militaires attaquant des cibles sur le territoire syrien seront neutralisés par brouillage électronique dans les zones adjacentes à la Syrie en mer Méditerranée », a indiqué Sergueï Choïgou.

« Nous sommes convaincus que la mise en place de ces mesures va refroidir les têtes brûlées et empêchera les actes irréfléchis constituant une menace pour nos soldats », a averti le ministre russe. « Dans le cas contraire, nous réagirons de manière appropriée », a-t-il ajouté.

Ces tensions témoignent de la manière dont le conflit syrien s’est complexifié depuis qu’il a éclaté en 2011, impliquant désormais de nombreuses puissances aux intérêts parfois contraires, des Occidentaux aux Iraniens en passant par la Turquie.

« Il y a aujourd’hui cinq armées qui se font face en Syrie et les récents incidents montrent que le risque de guerre régionale est bien réel », a averti le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian.

L’armée russe intervient en Syrie depuis septembre 2015 en soutien au régime de Bachar al-Assad, ce qui a permis à ce dernier de reprendre le contrôle d’une grande partie du territoire.