Idleb de nouveau sous les bombes russes

Des combattants du Front de libération nationale se préparant à l’offensive des forces de Bachar al-Assad dans les environs d’Idleb
Photo: Nazeer Al-Khatib Agence France-Presse Des combattants du Front de libération nationale se préparant à l’offensive des forces de Bachar al-Assad dans les environs d’Idleb

L’ONU a exhorté mardi la Russie et la Turquie à éviter un « bain de sang » dans la province syrienne d’Idleb, dernière région contrôlée par la rébellion, alors que les avions russes ont repris leurs bombardements après une pause de 22 jours.

Moscou, fervent soutien de Damas, a donné le ton, par la voix du porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov : l’armée syrienne « s’apprête à régler » le problème du « terrorisme » dans la province d’Idleb.

« Un nouveau noeud du terrorisme s’y est formé […] et cela mène à une déstabilisation générale de la situation », a-t-il dit à la presse, à deux jours d’un sommet russo-turco-iranien sur la Syrie en Iran.

Cette déclaration survient alors que le président américain, Donald Trump, a mis en garde lundi la Syrie, la Russie et l’Iran contre une offensive à Idleb, déclarant qu’une telle opération pourrait provoquer une « tragédie humaine ».

Les Nations unies craignent aussi le pire, l’émissaire de l’ONU pour la Syrie ayant appelé mardi le président russe, Vladimir Poutine, et son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, à se parler en urgence « au téléphone », avant le sommet iranien, pour éviter un « bain de sang » à Idleb.

« Nous avons entendu dire par la presse que le gouvernement fixait un délai autour du 10 septembre, d’où le sentiment d’urgence » pour Idleb, a-t-il expliqué devant les médias à Genève.

La province d’Idleb, dans le nord de la Syrie et à la frontière avec la Turquie (qui soutient des rebelles syriens), est le dernier bastion tenu par des rebelles et des islamistes radicaux.

Quelque 2,9 millions de personnes vivent dans cette région, dont 1,4 million ont fui d’autres provinces rebelles reprises par le régime de Damas, selon M. de Mistura, qui estime qu’il y a sur place environ 10 000 combattants djihadistes de l’ancien Front al-Nosra, branche d’al-Qaïda en Syrie.

Ballet diplomatique

« Nous sommes prêts pour la guerre, mais nous prions pour qu’il n’y ait pas de guerre », a affirmé à Genève le chef du groupe de travail humanitaire de l’ONU sur la Syrie, Jan Egeland.

Sur le terrain, au moins treize civils, dont six enfants, ont péri mardi dans des raids russes contre la province d’Idleb. Les avions russes ont pris principalement pour cible des secteurs du sud et du sud-ouest de la province, selon l’OSDH, qui cite notamment Ariha, contrôlée par les rebelles, et Jisr al-Choughour, dominée par le groupe djihadiste Hayat Tahrir al-Cham (HTS, ex-branche syrienne d’al-Qaïda).

Le régime de Bachar al-Assad masse depuis plus d’un mois d’importants renforts aux abords de la province d’Idleb et des poches adjacentes sous contrôle rebelle ou djihadiste, en vue d’une opération militaire d’envergure.

À Genève, l’envoyé spécial de l’ONU a estimé que « le processus politique ne devrait pas être pris en otage par quoi que ce soit », en référence à Idleb. Il a assuré qu’il n’entendait pas reporter ses consultations de la semaine prochaine à Genève, avec les pays influents dans ce conflit, sur la formation d’un comité constitutionnel chargé de doter la Syrie d’une nouvelle constitution.

Les États-Unis, président en exercice du Conseil de sécurité en septembre, organiseront vendredi matin une réunion de cette instance sur la situation à Idleb, dont le régime de Bachar al-Assad veut reprendre le contrôle avec le soutien russe, a annoncé mardi l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley. La question d’« Idleb est sérieuse », a-t-elle souligné lors d’une conférence de presse. La diplomate a précisé qu’une majorité des membres de l’ONU étaient favorables à une telle réunion.