Erdogan voit dans la chute de la livre un «complot politique» contre la Turquie

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan
Photo: Murat Kula Agence présidentielle de presse turque / AFP Le président turc, Recep Tayyip Erdogan

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a estimé dimanche que la chute de la livre turque résultait d’un « complot politique » contre son pays, qui ripostera en cherchant « de nouveaux marchés et alliés », alors que ses relations avec les États-Unis sont en crise.

Déclarations-chocs, sanctions, menaces de représailles, puis doublement des tarifs douaniers américains sur l’acier et l’aluminium turc : le conflit entre les deux alliés au sein de l’OTAN est allé crescendo ces derniers jours, emportant avec lui la livre turque, qui a dévissé vendredi de 16 % par rapport au billet vert.

Au cœur de cette bataille : le sort du pasteur américain Andrew Brunson, actuellement jugé en Turquie pour « terrorisme » et « espionnage », placé fin juillet en résidence surveillée après un an et demi de détention.

Tous les yeux seront rivés sur le cours de la livre à l’ouverture des marchés des changes lundi, mais M. Erdogan n’entend faire aucune concession.

« Le but de l’opération est d’obtenir la reddition de la Turquie dans tous les domaines, de la finance à la politique. Nous affrontons de nouveau un complot politique en sous-main. Avec l’aide de Dieu, nous surmonterons cela », a-t-il déclaré devant des partisans réunis à Trébizonde, sur la mer Noire.

M. Erdogan n’a pas semblé outre mesure inquiet de la décision du président Donald Trump, annoncée dans un tweet, de doubler les tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium turcs.

Nouveaux alliés

Si Washington est prêt à sacrifier ses relations avec Ankara, la Turquie réagira « en passant à de nouveaux marchés, de nouveaux partenariats et de nouveaux alliés, aux dépens de celui qui a lancé une guerre économique contre le monde entier, y compris notre pays », a-t-il menacé.

« Certains ferment les portes et d’autres en ouvrent de nouvelles », a ajouté le président turc, qui a renforcé ces dernières années ses liens avec des pays d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie.

Il a laissé entendre que c’était l’ensemble de l’alliance entre la Turquie — devenue membre de l’OTAN en 1952 avec le soutien de Washington — et les États-Unis qui était en jeu. Les États-Unis disposent d’une importante base à Incirlik, dans le sud du pays, actuellement utilisée comme centre des opérations contre le groupe armé État islamique (EI).

La Turquie reproche aussi aux États-Unis le soutien apporté en Syrie aux Unités de protection du peuple kurde (YPG). Ankara voit dans cette milice une émanation du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), classé « terroriste » par la Turquie, mais aussi par les États-Unis.

« Nous ne pouvons que dire good bye à quiconque décide de sacrifier son partenariat stratégique et une alliance d’un demi-siècle avec un pays de 81 millions d’habitants pour sauvegarder ses relations avec des groupes terroristes », a-t-il tonné.

Les États-Unis demandent la libération immédiate du pasteur, qui risque jusqu’à 35 ans de prison, alors que la Turquie plaide pour l’extradition de Fethullah Gülen, prédicateur turc établi depuis près de 20 ans sur le sol américain et soupçonné par Ankara d’être l’architecte du putsch manqué de juillet 2016.

Le président turc s’est montré samedi intraitable au sujet du pasteur américain : « Nous n’avons pas fait jusqu’ici de concessions en matière de justice et nous n’en ferons jamais ». Les deux parties campent sur leurs positions, ce qui ne laisse entrevoir aucune amélioration à court terme de leurs relations.