Un ministre irakien emporté par la grogne populaire

En Irak, des manifestations quotidiennes dénoncent entre autres les services publics déficients, la pénurie chronique d’électricité et d’eau, le chômage endémique, ainsi que l’impéritie de l’État, des politiciens et les ingérences étrangères.
Photo: Ahmad Al-Rubaye Agence France-Presse En Irak, des manifestations quotidiennes dénoncent entre autres les services publics déficients, la pénurie chronique d’électricité et d’eau, le chômage endémique, ainsi que l’impéritie de l’État, des politiciens et les ingérences étrangères.

Le ministre de l’Électricité irakien a payé dimanche le prix du mécontentement populaire, congédié après trois semaines de manifestations dans un pays miné par des coupures de courant dues aux milliards envolés dans la corruption.

En Irak, où tous les foyers ont appris depuis longtemps à composer sans le réseau d’électricité public, le gouvernement se retrouve chaque année sous la pression de la rue en été, quand les températures atteignent 50 degrés.

Cette année, des manifestations quotidiennes dénoncent pêle-mêle, depuis trois semaines, les services publics déficients, la pénurie chronique d’électricité et d’eau, le chômage endémique, mais aussi l’impéritie de l’État, des politiciens et les ingérences étrangères.

Parti de Bassorah, la grande ville portuaire du Sud, avant de gagner les autres provinces méridionales, puis Bagdad, le mouvement — ayant fait au moins 14 morts — visait, entre autres, le ministre Qassem al-Fahdaoui, membre d’un parti sunnite.

Dimanche, le bureau du premier ministre Haïder al-Abadi a annoncé qu’il était « suspendu […] en raison de la détérioration du secteur de l’électricité ». Seul le Parlement peut démettre un ministre, mais l’Irak est actuellement sans assemblée en raison d’un nouveau décompte des voix des législatives tenues en mai.

Photo: Sabah Arar Agence France-Presse Les coupures électriques fréquentes en Irak ont forcé plusieurs résidents à dépendre d'entrepreneurs qui les fournissent en électricité avec des génératrices privés opérées aux coins des rues.

Un responsable gouvernemental a en outre indiqué à l’AFP que M. Abadi avait ordonné « l’ouverture d’enquêtes concernant des contrats, des attributions d’emplois et des contrats fictifs » impliquant le ministère.

M. Fahdaoui, réélu au Parlement dans sa province sunnite d’Al-Anbar, a appelé « les cadres dirigeants du ministère à collaborer » avec les enquêteurs, selon l’un de ses conseillers.

Un baume temporaire

La crise de l’électricité est chronique en Irak, où officiellement 40 milliards de dollars ont été alloués pour remettre sur pied le réseau électrique censé alimenter les 38 millions d’habitants.

Mais une grande partie de cette somme a fini dans les poches de politiciens et d’entrepreneurs véreux. Et le réseau public ne fournit aujourd’hui que quelques heures d’électricité par jour, forçant les Irakiens à se débrouiller avec des générateurs proposés par des entrepreneurs privés.

Le congédiement du ministre Fahdaoui ne risque donc pas de calmer la grogne sociale, assure le politologue irakien Hicham al-Hachémi. Pour lutter efficacement contre la corruption, il faudrait « déférer tous les cadres des ministères à la justice ».

De fait, dimanche, les manifestants ont annoncé entamer des grèves d’occupation illimitées à Bassorah ainsi qu’à Samawa, dans le sud du pays.

Depuis la chute du dictateur Saddam Hussein en 2003, aucun ministre de l’Électricité n’a terminé son mandat. Certains ont démissionné et d’autres ont été congédiés.