Pakistan: au-delà des élections, cinq défis majeurs

Quelque 106 millions d'électeurs, sur une population de 207 millions de personnes, sont appelés aux urnes ce mercredi.
Photo: Aamir Qureshi Agence France-Presse Quelque 106 millions d'électeurs, sur une population de 207 millions de personnes, sont appelés aux urnes ce mercredi.

Islamabad — De l’économie à la pénurie d’eau : quel que le soit le vainqueur des élections législatives de mercredi au Pakistan, il se retrouvera immédiatement confronté à des défis pressants. En voici les principaux :

L’extrémisme

La situation sécuritaire du pays, un temps très dégradée, s’est nettement améliorée ces dernières années suite à une série d’opérations militaires contre les groupes insurgés retranchés près de la frontière afghane.

Mais la série d’attentats qui a frappé à la mi-juillet l’ouest du pays, faisant quelque 180 morts en quatre jours, a porté un coup très dur à l’optimisme ambiant.

Les analystes redoutent que les insurgés cherchent à présent à se regrouper après les revers subis ces dernières années. Ils font aussi valoir depuis longtemps que les autorités doivent lutter avec plus de détermination contre les véritables racines de l’extrémisme si elles veulent en venir à bout.

L’économie

Sans doute le problème le plus aigu à cette heure. Le prochain gouvernement devra agir très rapidement s’il veut enrayer le risque de crise de la balance des paiements et éviter ainsi de devoir solliciter un nouveau prêt auprès du FMI, estiment les analystes.

La banque centrale a été contrainte ces derniers mois de puiser dans ses réserves de devises et de dévaluer à plusieurs reprises sa monnaie, la roupie, pour combler un déficit commercial en pleine expansion.

Le Pakistan importe énormément et a par ailleurs multiplié les achats de matériaux de construction chinois pour un vaste projet d’infrastructures sino-pakistanais en cours de réalisation, le CPEC. Son économie a également souffert de la hausse des prix du pétrole.

Ses maigres exportations, comme le textile, ont de leur côté souffert de la concurrence d’autres pays.

Une population en plein boom

Le Pakistan a l’un des taux de fertilité les plus élevés d’Asie, à environ trois enfants par femme, selon des chiffres officiels. Une telle croissance pèse sur les ressources du pays et freine ses progrès socio-économiques.

Le planning familial demeure quasi inexistant dans une grande partie de cette république islamique, de culture musulmane conservatrice, où la population a quintuplé depuis 1960 à quelque 207 millions d’habitants et pourrait approcher les 310 millions en 2050, selon l’ONU. Le concept de contraception reste largement tabou dans la société pakistanaise.

La pénurie d’eau

Le Pakistan semble se diriger tout droit vers un désastre écologique si les autorités ne s’attaquent pas à la question des ressources en eau, préviennent des experts.

Le pays, par ailleurs très affecté par le changement climatique, fera face à une « pénurie absolue » d’eau d’ici à 2025 avec moins de 500 mètres cubes disponibles par personne, selon les prévisions.

Malgré ses gigantesques glaciers himalayens et la mousson qui arrose chaque année une partie de ses terres, le territoire ne compte que trois grands bassins de retenue d’eau, contre plus d’un millier pour le Canada ou l’Afrique du Sud. Les surplus d’eau ne peuvent donc être stockés.

Des relations civils/militaires tendues

L’armée a dirigé le Pakistan pendant près de la moitié de ses 71 ans d’existence. Ses interventions répétées sont considérées comme un frein à la transition démocratique du pays et à son développement.

L’ex-premier ministre Nawaz Sharif, jusqu’à sa destitution il y a un an pour corruption, a tenté de réaffirmer la primauté du pouvoir civil sur le militaire et de travailler à un rapprochement diplomatique avec l’Inde.

Depuis sa révocation controversée, il mène une audacieuse campagne contre l’armée, qu’il accuse d’avoir provoqué sa chute, allant même jusqu’à critiquer les liens supposés entre militaires et insurgés islamistes, un sujet largement tabou au Pakistan. Il a été emprisonné début juillet pour corruption.