La Turquie procède à une nouvelle purge

Sous un nouveau système présidentiel qui entrera en vigueur lundi, l’ensemble des pouvoirs exécutifs revient au président, Recep Tayyip Erdogan, qui pourra notamment promulguer des décrets présidentiels.
Photo: Adem Altan Agence France-Presse Sous un nouveau système présidentiel qui entrera en vigueur lundi, l’ensemble des pouvoirs exécutifs revient au président, Recep Tayyip Erdogan, qui pourra notamment promulguer des décrets présidentiels.

Plus de 18 000 fonctionnaires ont été congédiés en Turquie, dimanche, à la veille de l’intronisation du président Recep Tayyip Erdogan et une probable levée de l’état d’urgence en vigueur depuis deux ans après le putsch raté.

Au total, 18 632 personnes, dont plus de 9000 fonctionnaires de police et 6000 membres des forces armées, ont vu leur nom dans le décret-loi publié dimanche dans le Journal officiel. Environ 1000 employés du ministère de la Justice et 650 du ministère de l’Éducation ont également été renvoyés.

Ce décret-loi est présenté comme le dernier pris sous l’état d’urgence instauré au lendemain du putsch manqué de juillet 2016 et sans cesse renouvelé depuis. La dernière période se termine officiellement le 19 juillet.

Les médias turcs affirment que ce régime d’exception sera levé lundi après la prestation de serment du président Erdogan réélu le 24 juin pour un nouveau mandat, et dont la levée de l’état d’urgence était l’une des promesses de campagne.

Lundi marquera également l’entrée en vigueur d’un système présidentiel, en vertu d’une révision constitutionnelle adoptée par référendum en avril 2017. Sous ce nouveau système, l’ensemble des pouvoirs exécutifs revient au président, qui pourra notamment promulguer des décrets présidentiels.

Liens présumés

Selon l’ONG Human Rights Joint Platform (IHOP), 112 679 personnes avaient été limogées au 20 mars 2018, dont plus de 8000 dans les forces armées, environ 33 000 parmi le personnel du ministère de l’Éducation et 31 000 au sein du ministère de l’Intérieur, dont 22 600 au sein de la Direction générale de la sûreté. Sans compter les milliers d’autres personnes suspendues.

Les autorités turques ont accusé le prédicateur musulman Fethullah Gülen, basé aux États-Unis, d’avoir orchestré le coup d’État et ont procédé à des limogeages de personnes accusées de liens présumés avec lui.

Le gouvernement qualifie le mouvement d’« organisation terroriste Fethullah », ce que le prédicateur nie en insistant sur le caractère pacifique de l’organisation.

Selon le gouvernement, 77 000 personnes ont été arrêtées pour des liens présumés avec Gülen.

Des milliers de personnes ont été également suspendues, renvoyées ou arrêtées pour liens présumés avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène une rébellion sanglante contre la Turquie depuis 1984. Le PKK est considéré comme une organisation terroriste par Ankara, mais aussi par l’UE et les États-Unis.

Par ailleurs, douze associations, trois journaux et une chaîne de télévision ont été fermés par décret dimanche.