Le terrorisme frappe à nouveau la Tunisie

Le premier ministre tunisien, Youssef Chahed (au centre), aux côtés de son ministre de la Défense, Abelkarim Zebidi (à gauche), à Tunis, en mai dernier
Photo: Riadh Dridi Agence France-Presse Le premier ministre tunisien, Youssef Chahed (au centre), aux côtés de son ministre de la Défense, Abelkarim Zebidi (à gauche), à Tunis, en mai dernier

Six membres des forces de l’ordre ont été tués dimanche dans le nord-ouest de la Tunisie dans une attaque « terroriste » selon les autorités, l’attaque la plus meurtrière depuis plus de deux ans.

Elle intervient alors que la Tunisie, secouée par une crise politique, espère vivre cette année une très bonne saison touristique à la faveur de l’amélioration de la sécurité.

Six agents de la Garde nationale ont été tués et trois autres ont été blessés lorsque leur voiture a été attaquée dimanche matin avec un engin explosif artisanal près de la frontière avec l’Algérie, a indiqué le ministère de l’Intérieur.

Un porte-parole du ministère, le général Sofiene al-Zaq, a qualifié l’attaque de « terroriste ». Il a ajouté que des assaillants « ont ouvert le feu sur les forces de sécurité » après l’explosion et que des « opérations de recherche des terroristes » étaient en cours avec l’aide de l’armée.

Aucun groupe n’a revendiqué l’attaque menée dans l’une des zones frontalières montagneuses où sont implantés deux groupes extrémistes, la phalange Okba ibn Nafaa, branche d’Al-Qaïda au Maghreb islamique, et le groupe Jund al-Khilafa, affilié au groupe armé État islamique (EI).

« Nous sommes conscients du fait que la guerre contre le terrorisme sera longue », a déclaré sur place le ministre de l’Intérieur par intérim, Ghazi Jeribi. « Nous irons jusque dans les repaires [des combattants] et nous vengerons le peuple tunisien », a affirmé ce responsable.

Une cérémonie d’hommage est prévue lundi à 8 h du matin (heure locale) à Tunis. Les autorités ont décidé, après l’attaque, de repousser toutes les manifestations culturelles prévues ce dimanche dans le pays.

Cette attaque risque d’accentuer la crise politique profonde que traverse la Tunisie, où le premier ministre Youssef Chahed, qui a récemment limogé son ministre de l’Intérieur, fait face à une offensive venue de son propre camp.

Des heurts ont régulièrement lieu à la frontière algérienne, mais c’est la première fois depuis deux ans que les forces de l’ordre essuient de telles pertes.

À Alger, le ministère des Affaires étrangères a « condamné avec force l’attaque terroriste ».

L’Union européenne, présentant ses condoléances, a assuré son « plein soutien » à la Tunisie « dans sa lutte contre le terrorisme ».

Résurgence djihadiste

La dernière attaque de grande ampleur en Tunisie remonte à mars 2016, lorsque des djihadistes avaient lancé des opérations coordonnées contre des installations sécuritaires de Ben Guerdane, près de la frontière avec la Libye, entraînant la mort de 13 membres des forces de l’ordre et de 7 civils.

En avril dernier, un soldat avait été tué par balles lors de heurts avec des islamistes armés dans la région montagneuse de Kasserine, dans le centre-ouest du pays.

Après sa révolution de 2011, la Tunisie a été confrontée à un essor de la mouvance djihadiste, responsable de la mort de plusieurs dizaines de soldats et de policiers, mais aussi de civils et de touristes étrangers.

Même si la situation sécuritaire s’est nettement améliorée, le pays reste sous état d’urgence depuis l’attentat suicide commis en plein Tunis contre la sécurité présidentielle — qui avait causé la mort de 12 agents — en novembre 2015.

Les forces de sécurité et des observateurs estiment que les principaux groupes armés sont actuellement très affaiblis et déstructurés. Mais des incidents isolés perdurent, notamment dans les maquis du nord-ouest.