En Jordanie, le roi promet une révision de la réforme fiscale

Des manifestations se déroulaient à Amman, mardi, après la rupture du jeûne du ramadan, comme tous les jours depuis sept jours.
Photo: Ahmad Gharabli Agence France-Presse Des manifestations se déroulaient à Amman, mardi, après la rupture du jeûne du ramadan, comme tous les jours depuis sept jours.

Face à une contestation sociale qui ne faiblit pas depuis près d’une semaine, le roi Abdallah de Jordanie a appelé mardi à « une révision complète » d’une réforme fiscale conseillée par le FMI et qui a déjà abouti à la démission du premier ministre.

Si les syndicats ont indiqué que la déclaration du roi était un pas « positif », ils ont cependant lancé un appel à la grève mercredi. Et des milliers de personnes ont à nouveau manifesté mardi soir, après la rupture du jeûne du ramadan, comme tous les jours depuis sept jours.

« Le gouvernement doit lancer immédiatement un dialogue en coordination avec le Parlement et la participation des partis politiques, syndicats et organisations de la société civile pour finaliser le projet de loi sur l’impôt sur le revenu », a écrit le roi dans une lettre désignant le ministre de l’Éducation Omar al-Razzaz en remplacement du chef de gouvernement démissionnaire, Hani Mulqi.

Il « doit procéder à une révision complète de la fiscalité de manière à stopper l’imposition injuste qui ne répond pas au besoin d’équité et d’équilibre » entre les différentes classes sociales, a-t-il ajouté.

Quelques heures plus tôt, le souverain avait mis en garde contre un saut « dans l’inconnu » si la Jordanie — lourdement affectée par l’accueil de centaines de milliers de réfugiés fuyant la guerre en Syrie — ne parvenait pas à résoudre la crise sociale qui a conduit à des manifestations inédites depuis le Printemps arabe en 2011.

Dans la nuit de lundi à mardi, et malgré la démission du premier ministre, environ 2000 personnes se sont de nouveau rassemblées à Amman pour réclamer le retrait d’un projet de loi élargissant l’impôt aux salaires modestes et augmentant son taux pour certains particuliers et entreprises.

Ils ont scandé des slogans contre le gouvernement et le Fonds monétaire international (FMI), qui pousse la Jordanie à des réformes structurelles en échange d’une bouée de sauvetage de 723 millions de dollars accordée en 2016 pour soutenir l’économie atone de ce pays de 10 millions d’habitants.

Appel au dialogue

Le président de la principale fédération syndicale, Ali al-Abbous, a appelé le nouveau premier ministre à « ouvrir un dialogue constructif avec tous les acteurs […] pour sortir de cette impasse », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.

En attendant, la fédération a appelé à une grève mercredi, comme le 30 mai. Un sit-in est également prévu devant le bâtiment regroupant les différents syndicats.

Alliée des États-Unis, rare pays arabe à avoir signé un accord de paix avec son voisin israélien, la Jordanie avait largement été épargnée par les mouvements de protestation du Printemps arabe.

Mais l’économie est à la peine — la Banque mondiale évoque une « faible perspective de croissance en 2018 » —, 18,5 % de la population est au chômage et 20 % de celle-ci vit à la limite du seuil de la pauvreté.

Depuis janvier, le royaume a vécu plusieurs hausses de prix sur des produits de base comme le pain. Le coût des carburants a augmenté à cinq reprises et les factures d’électricité ont enflé de 55 %. Certaines de ces hausses sont dues à la fin des subventions publiques dans le cadre des réformes demandées par le FMI.

Mais c’est un projet de réforme fiscale qui a mis le feu aux poudres. Il prévoit une augmentation d’au moins 5 % des impôts pour les particuliers et impose désormais les personnes ayant un salaire annuel de 8000 dinars (environ 15 000 $CAN). Les impôts des entreprises doivent augmenter de 20 à 40 %.