Israël va approuver la construction de milliers de logements de colons

Israël a annoncé jeudi qu’il donnerait en milieu de semaine prochaine son feu vert final à 2500 nouveaux logements de colons en Cisjordanie.
Photo: Mahmoud Illean Archives Associated Press Israël a annoncé jeudi qu’il donnerait en milieu de semaine prochaine son feu vert final à 2500 nouveaux logements de colons en Cisjordanie.

Israël s’apprête à approuver la construction de milliers de logements de colons en Cisjordanie occupée, une décision perçue par la direction palestinienne comme « une nouvelle agression » dans une période d’antagonisme total entre les deux camps.

Alors que les perspectives de règlement du conflit ont rarement été plus sombres et que la colonisation reste une pomme de discorde essentielle, Israël a annoncé jeudi qu’il donnerait en milieu de semaine prochaine son feu vert final à 2500 nouveaux logements de colons en Cisjordanie, un territoire palestinien occupé depuis plus de 50 ans par l’État hébreu.

À cela s’ajoutent 1400 autres unités d’habitation qui ont reçu une approbation préliminaire, a dit le ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, dans un communiqué.

Les 2500 logements seront mis en chantier en 2018, les 1400 autres ultérieurement, a précisé M. Lieberman, dont le ministère est compétent pour ce territoire occupé.

Pomme de discorde

Comme à chaque annonce semblable, la direction palestinienne a dénoncé des agissements illégaux au regard du droit international, encouragés selon elle par le parti pris pro-israélien de l’administration américaine.

« La poursuite de la colonisation, les déclarations de soutien de la part de responsables américains et les incitations à la haine de la part des ministres israéliens ont signé la fin de la solution à deux États et de tout rôle américain dans la région », a dit le porte-parole de la présidence palestinienne, Nabil Abou Roudeina, cité par l’agence de presse palestinienne Wafa.

À la différence de son prédécesseur Barack Obama, très critique sur les colonies, le président Donald Trump, qui a multiplié les gestes en faveur d’Israël depuis son intronisation, s’est montré très retenu sur le sujet. Elles « compliquent beaucoup la situation » et « Israël doit être très prudent avec les colonies », a-t-il dit en février à un journal israélien.

Le premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou, dont le gouvernement fait la part belle aux défenseurs de la colonisation, et M. Lieberman ont signifié qu’Israël continuerait à construire dans les territoires occupés.

« Nous maintenons la dynamique de développement des implantations », a twitté M. Nétanyahou. « Nous approuverons bientôt davantage d’unités », a-t-il ajouté.

M. Lieberman a promis que des « milliers d’autres unités » de logement seraient soumises à validation « dans les prochains mois ».

« Les mesures unilatérales israéliennes, notamment les projets de colonisation visent systématiquement à torpiller toute perspective de paix » dans la région, a dénoncé dans un communiqué le ministre jordanien de l’Information, Mohamed Momani, dont le pays est signataire d’un traité de paix avec l’État hébreu.

Illégal au regard du droit international

La colonisation est illégale au regard du droit international et est considérée par une grande partie de la communauté internationale comme faisant obstacle à la paix avec les Palestiniens.

Depuis 1967, les différents gouvernements israéliens ont approuvé ces colonies qui rognent peu à peu les territoires sur lesquels les Palestiniens souhaitent créer leur État et compromettent la continuité territoriale, donc la viabilité d’un tel État.

Entre la Cisjordanie occupée et Jérusalem-Est annexée, plus de 600 000 colons israéliens vivent une coexistence souvent conflictuelle avec près de trois millions de Palestiniens.

Le gouvernement israélien conteste que les colonies entravent la recherche de la paix et incriminent un refus palestinien d’accepter un État juif dans quelque frontière que ce soit.

La position de Trump

L’entreprise de paix est enlisée depuis 2014. M. Trump est arrivé au pouvoir avec la volonté proclamée de présider entre Israéliens et Palestiniens à l’accord diplomatique « ultime ».

Une série de décisions, culminant le 6 décembre avec la reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale d’Israël et l’annonce du transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, ont aliéné la direction palestinienne. Celle-ci a suspendu les contacts avec les officiels américains, rendant aléatoire une reprise de l’effort de paix.

Le 14 mai, jour du transfert de l’ambassade à Jérusalem, 62 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens dans la bande de Gaza lors de manifestations et de heurts contre ce déménagement et le blocus israélien du territoire, et pour le « droit au retour » des réfugiés.

L’incertitude est grande par ailleurs quant à l’état de santé du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, interlocuteur historique d’Israël et de la communauté internationale.

M. Abbas, 83 ans, a été admis à l’hôpital dimanche pour une pneumonie et s’y trouve toujours.

Interrogé sur l’éventualité que M. Trump doive renoncer à un accord entre Israéliens et Palestiniens, l’ambassadeur américain David Friedman a répondu à la télévision israélienne mercredi qu’il fallait « lui laisser le temps ».

« Il est certainement trop tôt pour rédiger la nécrologie » de l’accord « ultime », a-t-il ajouté. Il s’attend à ce que l’administration Trump présente « dans les mois à venir » le plan de paix qui se fait toujours attendre. Il ne s’agit pas seulement d’une question de teneur, mais aussi de « choix du moment », a-t-il souligné.