En Irak, la victoire du nationaliste chiite Moqtada al-Sadr agace l’Iran

Un étui de téléphone à l’effigie de Moqtada al-Sadr dans un marché, à Bagdad
Photo: Ahmad al-Rubaye Agence France-Presse Un étui de téléphone à l’effigie de Moqtada al-Sadr dans un marché, à Bagdad

La surprise sortie des urnes irakiennes lors des législatives du 12 mai bouscule les forces politiques dans le pays. La victoire de la liste Sayroun, une alliance dirigée par le chef religieux Moqtada al-Sadr, contrarie particulièrement le grand voisin iranien.

Ancienne bête noire des Américains que sa milice avait durement combattus après l’invasion de l’Irak en 2003 et grand promoteur d’un nationalisme irakien et d’un chiisme arabe distancié de l’Iran, Moqtada al-Sadr a gagné son pari. L’alliance improbable « Sayroun » qu’il a formée avec les communistes et d’autres petites formations laïques est arrivée en tête des élections législatives du 12 mai.

La campagne menée par ses « marcheurs » qui manifestaient tous les vendredis depuis le mois de janvier sur la place Tahrir au centre de Bagdad contre la corruption a porté bien au-delà des quartiers pauvres de la capitale irakienne, où son mouvement est historiquement implanté. En adoptant un nouveau discours inclusif pour toutes les composantes communautaires irakiennes, le mouvement a séduit même les jeunes et les intellectuels qui se tenaient à l’écart du jeu politique.

« Le courant sadriste a abandonné depuis des années le discours sectaire. Il a nettoyé ses rangs des faucons de guerre et rejeté les allégeances extérieures en mobilisant dans la protestation populaire contre la corruption gouvernementale et la défaillance des services publics », écrit l’éditorialiste Amer al-Qayssi, sur le site d’information indépendant Al-Alam Al-jadid.

Trublion

Le succès de Moqtada al-Sadr est d’autant plus insolent que sa liste a devancé les deux autres qui ont fait campagne sur leur combat victorieux contre le groupe État islamique. Arrivée en deuxième position, l’Alliance de la conquête des anciens du Hachd al-Chaabi (en français, la mobilisation populaire) supplétif de l’armée contre le groupe État islamique (EI) est fortement soutenue par l’Iran. Quant au premier ministre sortant, Haidar al-Abadi, tête de liste de la Coalition de la victoire, arrivée en troisième place, il bénéficiait de l’appui des Occidentaux.

Pour barrer la route au trublion, Téhéran, qui ne supporte pas le rapprochement d’al-Sadr avec l’Arabie saoudite, a dépêché à Bagdad dès le lendemain des élections le général Qassem Solimani, qui intervient régulièrement dans les affaires politiques et militaires irakiennes, mais toujours dans le plus grand secret.

Le puissant patron des Gardiens de la révolution s’active ces derniers jours dans des tractations en vue de la formation d’un gouvernement de coalition. Il a réuni les chefs des formations rivales, dont Haidar al-Abadi, mais aussi son prédécesseur, Nouri al-Maliki, qui s’était illustré par un degré de corruption inédit et par la défaillance totale face à la conquête du groupe État islamique en 2014.

Longues tractations

« Notre décision sera irakienne et à l’intérieur de nos frontières », a écrit Moqtada al-Sadr sur son compte Twitter. Visant manifestement les ingérences iraniennes, il ajoute : « Les autres sont des partenaires et non des donneurs d’ordres. Non à l’occupation et non à la domination. »

Alors que de longues tractations sont attendues, comme toujours en Irak, pour la formation d’une coalition gouvernementale, l’Iran n’est toutefois pas le seul pays contrarié par le premier vainqueur des élections. Selon un site d’information irakien, l’ambassadeur américain à Bagdad aurait demandé à al-Abadi et al-Maliki de s’unir pour barrer la route à Sadr.

Autre grand électeur en Irak, les États-Unis en pleine rupture de l’accord sur le nucléaire iranien se rapprochent de la position de Téhéran sur la scène irakienne.