Le Hezbollah en passe de consolider son pouvoir au Liban

Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, lors d’un discours le 13 avril dernier
Photo: Hussein Malla Associated Press Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, lors d’un discours le 13 avril dernier

Le puissant mouvement chiite libanais Hezbollah, allié indéfectible de l’Iran, a salué lundi une « grande victoire » aux législatives, qui conforte selon lui sa dimension militaire, au terme d’un scrutin dont son principal rival, le premier ministre sunnite, Saad Hariri, s’avère le grand perdant.

Les législatives de dimanche — les premières depuis 2009 — ont été marquées par un faible taux de participation (49,2 %), dans un climat de désenchantement au sein de la population confrontée à une classe politique accusée de corruption et de népotisme.

Au Liban, le partage du pouvoir entre les différentes communautés religieuses empêche la suprématie d’un seul parti ou d’une communauté au sein du Parlement. Mais le Hezbollah devrait conforter sa position grâce aux alliances qu’il pourrait tisser ou renouveler.

« C’est une grande victoire morale et politique pour la Résistance », a lancé le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, lors d’un discours télévisé, utilisant le surnom donné au mouvement en référence à sa lutte contre Israël. Il n’a toutefois pas précisé combien des 128 sièges du Parlement son parti et ses alliés avaient remportés.

Une alliance renouvelée avec le parti chrétien du président, Michel Aoun, et la formation chiite Amal permettrait à une majorité de se dégager. Le Hezbollah devrait pouvoir ainsi éviter l’ouverture de certains dossiers sensibles, comme celui de son arsenal militaire, auquel il n’a jamais renoncé après la guerre civile ayant secoué le pays entre 1975 et 1990.

Et cette tendance semble confortée par des résultats dévoilés en soirée par le ministère de l’Intérieur. Le dépouillement n’est toutefois pas terminé dans une circonscription.

Alliances

Dans un contexte de fortes tensions régionales autour du rôle de l’Iran, principal parrain du mouvement chiite, « le Hezbollah est bien parti pour avoir une grande influence dans le processus décisionnel » au Liban, confirme le politologue Karim el-Mufti.

Le discours triomphaliste de M. Nasrallah contraste avec celui de son grand rival, M. Hariri, qui a indiqué que son mouvement — Le Courant du Futur — avait perdu le tiers de ses sièges, passant de 33 à 21 députés.

« Nous avions parié sur un meilleur résultat et un bloc plus large », a-t-il admis lors d’une conférence de presse, s’exprimant toutefois de façon décontractée. Selon M. Mufti, « la reconduction de M. Hariri au poste de chef de gouvernement n’est pas menacée ».

Le revers du camp Hariri, soutenu par l’Arabie saoudite, intervient six mois après le feuilleton de sa démission surprise depuis Riyad, qui avait suscité une vaste mobilisation populaire et diplomatique.

Mécontente des compromis du premier ministre envers le Hezbollah pro-iranien, l’Arabie saoudite l’avait finalement laissé rentrer sous les vivats au Liban.

Créé au début des années 1980 dans la foulée de la Révolution islamique iranienne pour lutter contre Israël, le Hezbollah combat actuellement en Syrie aux côtés du régime de Bachar al-Assad. Il est considéré comme une organisation « terroriste » par les États-Unis, et cinq de ses membres ont été accusés dans l’assassinat en 2005 de Rafic Hariri, ancien premier ministre et père de Saad.

Depuis 2009, le mandat du Parlement avait été prorogé à trois reprises en arguant des risques pour la sécurité du pays liés à la guerre en Syrie voisine, qui a débuté en 2011.

Un taux de participation plus élevé était prévu cette année, mais le nouveau code électoral ainsi que les bulletins de vote préimprimés semblent avoir dérouté des électeurs.

« Ni les électeurs ni les responsables de bureaux de vote ne sont encore habitués à » ce nouveau code, basé sur un système proportionnel complexe, a déclaré le ministre de l’Intérieur, Nohad Machnouk.

Malgré cette participation décevante, et en dépit de quelque 800 000 nouveaux électeurs, la nouvelle loi électorale, plus représentative, a permis à une candidate de la société civile, la journaliste de télévision Paula Yacoubian, de faire son entrée au Parlement.