Une journée meurtrière en Afghanistan

Photo: Massoud Hossaini Associated Press Les forces de sécurités afghanes se sont repliées rapidement après la seconde déflagration meurtrière qui a secoué Kaboul lundi.

Au moins 37 personnes, dont un photographe de l’AFP et neuf autres journalistes, sont mortes lundi en Afghanistan dans une série d’attentats meurtriers à Kaboul et dans le sud du pays.

Un double attentat suicide revendiqué par le groupe armé État islamique (EI) a frappé la capitale tôt lundi, faisant au moins 25 morts, dont le chef photographe de l’AFP à Kaboul, Shah Marai, 41 ans. Huit autres journalistes ont également été tués au moment de la deuxième déflagration survenue au milieu des reporters.

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Il a été suivi par un autre attentat suicide à Kandahar, dans lequel onze enfants ont péri, et par le meurtre par balle d’un journaliste afghan de la BBC à Khost (sud-est).

Un militaire américain a par ailleurs été tué et un autre blessé lundi « lors d’une opération de combat dans l’est de l’Afghanistan », a indiqué la représentation de l’OTAN en Afghanistan dans un communiqué. « Plusieurs membres des forces de sécurité afghanes ont également été tués ou blessés », a ajouté l’organisation sans plus de détail.

En revendiquant le double attentat de Kaboul, le groupe EI a dénoncé dans un communiqué les « apostats des forces de sécurité et des médias ». Les deux explosions ont aussi fait 49 blessés, selon le ministère de l’Intérieur.

Il s’agit de l’attaque la plus meurtrière [contre des journalistes] depuis la chute des talibans en décembre 2001

 

L’organisation Reporters sans frontières (RSF) et le Centre des journalistes d’Afghanistan (AJC) ont recensé neuf journalistes tués. « Il s’agit de l’attaque la plus meurtrière [contre des journalistes] depuis la chute des talibans en décembre 2001 », souligne RSF dans un communiqué. Elle « visait sciemment la presse ».

Le premier attentat avait apparemment pour cible le siège des services de renseignement afghans, le NDS, attaqué de manière récurrente par les insurgés.

Rapidement arrivé sur les lieux, comme il le faisait à l’issue de chaque attaque, Shah Marai a été tué par la deuxième explosion, survenue une trentaine de minutes après la première. Ses funérailles se sont déroulées lundi après-midi.

Huit autres journalistes présents ont été fauchés par cette explosion et six autres ont été blessés.

RSF dit avoir recensé depuis 2016 « l’assassinat de 34 journalistes et collaborateurs de médias dans le pays, lors des différents attentats commis par les deux prédateurs de la liberté de la presse, le groupe État islamique et les talibans ».

Un second attentat

En fin de matinée, un nouvel attentat, perpétré par un kamikaze au volant d’une voiture, a provoqué la mort de onze enfants qui s’étaient regroupés autour d’un convoi militaire de l’OTAN, près de l’aéroport de Kandahar, a raconté à l’AFP le porte-parole du gouverneur provincial, Said Aziz Ahmad Azizi.

Seize personnes ont été blessées, dont huit soldats roumains et deux policiers afghans dans cette opération, qui n’a pas été revendiquée.

Un reporter afghan du service pachtou de la BBC a par ailleurs été tué lundi à Khost, a annoncé la société d’État britannique par voie de communiqué. « C’est avec une immense tristesse que la BBC confirme la mort de notre reporter afghan Ahmad Shah à la suite d’un attentat. » Selon la chaîne de télévision Tolo News, il a été tué par balle.

Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, « est indigné par la série d’attentats terroristes en Afghanistan », selon un communiqué de ses services.

Le secrétaire américain à la Défense, Jim Mattis, a estimé que c’était « le truc normal des gens qui ne peuvent pas gagner dans les urnes : ils se tournent vers les bombes ». « Ils ont besoin que les médias internationaux racontent tout ça, de façon à affaiblir, avec ce genre d’attaques, ce qui les a manifestement mis sur la défensive, diplomatiquement et militairement », a-t-il ajouté.

Kaboul est devenue selon l’ONU l’endroit le plus dangereux d’Afghanistan pour les civils, avec depuis un an une recrudescence des attentats d’ampleur, généralement perpétrés par des kamikazes et tour à tour revendiqués par les talibans ou le groupe État islamique.