Syrie: les donateurs peinent à se mobiliser

Mark Lowcock, responsable des affaires humanitaires et des secours d’urgence de l’ONU, et Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne
Photo: Emmanuel Dunand Agence France-Presse Mark Lowcock, responsable des affaires humanitaires et des secours d’urgence de l’ONU, et Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne

La communauté internationale réunie à Bruxelles a promis mercredi 4,4 milliards $US pour aider les millions de déplacés et réfugiés syriens en 2018 et a exhorté la Russie et l’Iran à faire pression sur Damas pour négocier la fin d’une guerre entrée dans sa huitième année.

Les résultats sont bien en deçà des attentes. « Nous aurions souhaité davantage, mais c’est un bon début », a admis Mark Lowcock, le responsable des affaires humanitaires et des secours d’urgence de l’ONU.

L’ONG britannique Oxfam a d’ailleurs fustigé une réponse « tragiquement inadéquate » à la crise humanitaire en Syrie.

L’ONU avait chiffré les besoins à 3,5 milliards pour l’aide humanitaire en Syrie et à 5,6 milliards pour soutenir les réfugiés dans les pays voisins. Selon l’ONU, 13 millions de personnes sont dans le besoin, dont 5,6 millions dans une situation d’urgence.

« Les montants promis sont loin d’être négligeables. Nous aurons des promesses supplémentaires d’ici à la fin de l’année », a assuré le responsable onusien.

De fait, les États-Unis, l’un des plus importants donateurs, n’ont pas communiqué leur contribution et un accord des États membres de l’UE est attendu sur la facilité financière pour les réfugiés en Turquie.

Le commissaire européen à l’Aide humanitaire, Christos Stylianides, a fait état d’engagements supplémentaires de 3,4 milliards pour 2019 et 2020, se félicitant que l’UE et ses pays membres soient à l’origine des « trois quarts » des promesses de dons faites mercredi.

La partie politique de la conférence de Bruxelles II — à laquelle ont pris part plus de 80 pays, ONG et agences humanitaires — n’a pas non plus été facile.

Les échanges avec les représentants de la Russie et de l’Iran, les deux soutiens militaires du régime syrien, « ont parfois été assez tendus », a reconnu la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, coprésidente de la réunion.

« Il faut expliquer à ceux qui pensent qu’avec des mouvements militaires on peut arriver à la paix que ce sera une victoire à la Pyrrhus », a plaidé l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie Staffan de Mistura.

La haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères a toutefois lancé une mise en garde : « L’argent de l’UE pour la reconstruction ne sera pas disponible tant qu’il n’y aura pas le début d’un processus de transition politique à Genève », où se déroulent des négociations sous l’égide de l’ONU. « Personne ne peut imaginer que nous allons financer Assad. C’est pour cette raison qu’il faut soutenir une solution politique », a-t-elle lancé.

Une nouvelle conférence des donateurs sera organisée à Bruxelles en 2019. « Nous espérons qu’elle pourra être consacrée à la reconstruction », a souhaité Mme Mogherini.

Le régime syrien poursuit sa reconquête de la région de Damas

Damas — Le régime syrien poursuit sa reconquête de la région de Damas, coeur du pouvoir de Bachar al-Assad, avec la prise de contrôle mercredi du Qalamoun oriental, parallèlement à sa campagne contre le dernier réduit djihadiste dans le sud de la capitale. Sur le terrain, le président Assad continue d’asseoir son emprise autour de Damas, grâce à de violentes offensives militaires et des accords d’évacuation. Les forces du régime ont ainsi repris le Qalamoun oriental, au nord-est de la capitale. La région est « vide de tout terrorisme », a annoncé mercredi la télévision d’État. Des dizaines de bus ont transporté depuis samedi quelques milliers de combattants et leurs familles vers des territoires tenus par les insurgés dans le Nord syrien. D’autre part, les forces du régime pilonnent depuis près d’une semaine, jour et nuit, les quartiers où se trouve le groupe EI, notamment le camp palestinien de Yarmouk. Avant le début du conflit, ce camp devenu progressivement un quartier populaire abritait quelque 160 000 réfugiés palestiniens.