L’enquête sur l'attaque chimique présumée en Syrie bloquée par la Russie

Des membres de la police militaire russe, dans la ville de Douma en Syrie
Photo: Hassan Ammar Associated Press Des membres de la police militaire russe, dans la ville de Douma en Syrie

Les experts de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) n’avaient toujours pas pu entrer lundi dans la ville syrienne de Douma pour y enquêter sur l’attaque au gaz présumée du 7 avril, la Russie invoquant des « problèmes de sécurité » et assurant que leur arrivée aurait lieu mercredi.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a nié toute mauvaise volonté, qualifiant les informations faisant état d’une « entrave » aux inspecteurs de l’OIAC de « sans fondement » et soulignant que la Russie était, dès le début, « pour une enquête impartiale ».

Confirmant des « problèmes de sécurité », et notamment le fait que les routes menant à Douma devaient encore être débarrassées des mines, l’ambassade de Russie auprès de l’OIAC a ensuite assuré que l’arrivée des experts à Douma était prévue mercredi.

La tension internationale ne faiblit pas après les frappes de représailles menées samedi par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni contre des sites militaires du régime de Bachar al-Assad, à la suite de l’attaque chimique présumée du 7 avril dans la ville alors rebelle de Douma, dans la Ghouta, aux portes de Damas.

Les frappes occidentales, d’une ampleur inédite, sont intervenues malgré la présence en Syrie des enquêteurs de l’OIAC, qui ont amorcé dimanche leur mission dans le plus grand secret. Ces experts ont pour mandat d’enquêter sur l’utilisation éventuelle d’armes chimiques, mais pas d’en déterminer les auteurs.

Un travail ardu

Leur travail s’annonce compliqué, plus d’une semaine après les faits, dans une zone passée depuis sous le contrôle du régime syrien et de la police militaire russe. Les derniers combattants rebelles de Douma ont quitté samedi la ville en ruines dans le cadre d’un accord de reddition signé le 9 avril, deux jours après l’attaque présumée.

Les États-Unis soupçonnent par ailleurs la Russie d’avoir manipulé le site de Douma pour empêcher la découverte de preuves. « Les Russes pourraient avoir visité le site de l’attaque. Nous craignons qu’ils ne l’aient altéré dans l’intention de contrecarrer les efforts de la mission de l’OIAC pour mener une enquête efficace », a déclaré l’ambassadeur américain auprès de l’organisation, Ken Ward.

« Cela soulève de sérieuses questions sur la capacité de la mission d’enquête de faire son travail », a-t-il ajouté.

Moscou, grand allié de Damas, s’est engagé à « ne pas s’ingérer » dans le travail de la mission de l’OIAC, officiellement invitée par les autorités de Damas.

Le régime syrien nie que des armes chimiques aient été employées dans le drame de Douma, qui a fait au moins 40 morts et des centaines de blessés, selon les secouristes.

Le Royaume-Uni a quant à lui exhorté l’OIAC à « demander des comptes aux auteurs de l’attaque ».

« Le régime syrien a une réputation odieuse d’utiliser des armes chimiques contre son propre peuple », a déclaré l’ambassadeur britannique à La Haye Peter Wilson.

« Ne pas agir pour demander des comptes aux auteurs ne fera que créer le risque d’autres utilisations barbares d’armes chimiques, en Syrie et ailleurs », a poursuivi M. Wilson.

Dans la capitale syrienne, fief du régime, des milliers de personnes ont envahi lundi la place des Omeyyades, fermée à la circulation pour l’occasion, brandissant drapeaux syriens et portraits du président Assad pour dénoncer les frappes occidentales.

Macron et May se défendent

Les gouvernements d’Emmanuel Macron et de Theresa May ont défendu lundi devant leurs Parlements les frappes occidentales en Syrie, un sujet plus délicat pour la première ministre britannique que pour le président français. Le premier ministre de l’Hexagone, Édouard Philippe, a défendu la décision « difficile, légitime », prise par M. Macron, en assurant qu’« avant d’avoir recours à la force, nous sommes allés au bout de la démarche politique et diplomatique pour faire entendre raison à Damas ». Theresa May a quant à elle assuré devant le Parlement britannique que le Royaume-Uni n’avait pas lancé les frappes « parce que le président [américain, Donald] Trump, nous l’a demandé ». Peu auparavant, le leader de l’opposition, le travailliste Jeremy Corbyn, avait estimé que « le Royaume-Uni devrait jouer un rôle de leader dans la recherche d’un cessez-le-feu dans ce conflit, et non recevoir des instructions de Washington ». Ces frappes, la première opération militaire d’envergure pour Mme May et M. Macron, ont déjà suscité des réactions d’hostilité dans la classe politique des deux pays, les parlementaires dénonçant l’illégalité des attaques menées sans mandat international.