Trump brandit la menace d’une frappe militaire imminente contre la Syrie

Les États-Unis répondront «avec force» à l’attaque chimique présumée en Syrie, a assuré lundi le président américain, Donald Trump, en promettant une décision à ce sujet «ce soir ou très bientôt».
Photo: Nicholas Kamm Agence France-Presse Les États-Unis répondront «avec force» à l’attaque chimique présumée en Syrie, a assuré lundi le président américain, Donald Trump, en promettant une décision à ce sujet «ce soir ou très bientôt».

Le président Donald Trump a promis lundi des « décisions majeures » pour « très bientôt » sur une possible action militaire américaine en Syrie, après l’attaque chimique présumée à Douma, imputée aux forces syriennes. Des propos qui ont accentué la pression sur le pouvoir de Bachar al-Assad et ses alliés russes et iraniens.

Appuyée dans une moindre mesure par la France, cette déclaration survient alors que les 15 membres du Conseil de sécurité de l’ONU étaient réunis en urgence pour discuter du cas de la Syrie (voir encadré). Leur décision se faisait attendre au moment d’écrire ces lignes.

Samedi, une attaque chimique présumée a fait plus de 40 morts par suffocation et des centaines de blessés, d’après les Casques blancs — un groupe de secouristes en zone rebelle — et l’ONG médicale Syrian American Medical Society.

Tout au long de la journée, le président américain a fait planer la menace d’une action militaire sur le terrain, appelant, en choeur avec son homologue français, à « une réaction ferme ». « Nous allons prendre une décision [lundi] soir ou très bientôt », a-t-il ajouté.

Une intervention « tout à fait envisageable », selon Vincent Boucher, chercheur en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand. Il rappelle qu’il y a un an, le gouvernement Trump avait déjà répondu par une frappe militaire à l’usage présumé de gaz chimique du régime syrien contre des civils dans la ville de Khan Cheikhoun.

L’entrée en fonction de John Bolton comme conseiller à la sécurité nationale, lundi, aura certainement une incidence sur la décision des Américains, croit Vincent Boucher.

« Il a une position assez ambivalente. Il prône souvent les moyens militaires pour régler un conflit. C’était notamment un des plus grands défenseurs de l’intervention en Irak sous George W. Bush. Mais il défend des interventions soutenues, pas des frappes ciblées, comme ce serait ici le cas », explique-t-il.

Puisque les États-Unis cherchent une réponse coordonnée avec la France et le Royaume-Uni, d’autres options pourraient être envisagées.

Il faut dire qu’en répliquant militairement contre le régime syrien, Washington risque une confrontation directe avec les troupes russes déployées dans le pays.

Tirs groupés contre la Russie

La rencontre de l’ONU s’est vite transformée en face à face tendu avec la Russie, Moscou ayant une nouvelle fois démenti le recours à des armes chimiques par le régime syrien. Sur le terrain, des experts russes auraient fait des prélèvements sans trouver la trace d’armes chimiques, a assuré au Conseil de sécurité l’ambassadeur russe à l’ONU, Vassily Nebenzia.

Une réponse qui lui a valu d’être la cible des critiques des pays occidentaux. La France et les États-Unis ont notamment mis en cause la Russie dans l’attaque, jugeant que Moscou n’avait pu ignorer les bombardements aériens du régime d’al-Assad.

Rappelant l’appui militaire russe et iranien sur le terrain, l’ambassadeur français à l’ONU, François Delattre, a fait remarquer qu’« aucun avion syrien ne décolle sans que l’allié russe en soit informé ».

« Ces attaques sont intervenues soit avec l’accord tacite ou explicite de la Russie, soit malgré elle et en dépit de sa présence militaire. Je ne sais laquelle de ces deux dérives est la plus alarmante pour notre sécurité collective », a-t-il ajouté.

Son homologue américaine, Nikki Haley, s’en est aussi prise à la Russie et à l’Iran. « Des responsables russes sont sur le terrain en aidant directement les campagnes [de siège] du régime, et des forces iraniennes font souvent le sale boulot. »

L’ambassadeur russe Vassily Nebenzia, a alors appelé les Occidentaux à « renoncer à la rhétorique guerrière », au risque de subir de « graves conséquences ».

Vers une nouvelle guerre froide ?

Aux yeux du professeur à l’Université de Sherbrooke Sami Aoun, la Russie pourrait s’emparer de la question syrienne pour répondre à ses propres ambitions de retrouver une position importante sur la scène internationale. « Elle a un espoir de récréer un régime bipolaire dans le monde, comme au temps de la guerre froide. Ce n’est pas pour rien qu’elle appose toujours son veto dans ce conflit aux résolutions proposées par les autres pays occidentaux à l’ONU. »

S’il reconnaît qu’il y a des tensions grimpantes entre Washington et Moscou, les relations entre les deux pays étant bien plus difficiles que sous la présidence de Barack Obama, M. Boucher se montre plus nuancé. « Les relations sont tendues, mais de là à penser qu’on assiste à une guerre par procuration au Moyen-Orient, je garde une réserve », dit-il.


Enquête indépendante

Les États-Unis ont fait circuler lundi à l’ONU un projet de résolution réclamant la création d’un nouveau « mécanisme d’enquête indépendant des Nations unies » sur le recours aux armes chimiques en Syrie. Un vote n’était pas attendu dans l’immédiat, mais des sources diplomatiques ont rapporté que Washington souhaite soumettre ce texte à un vote mardi. Ce nouvel outil d’enquête aurait un mandat initial d’un an et serait renouvelable. L’ONU n’a plus d’organisme d’enquête consacré aux attaques chimiques en Syrie depuis la disparition fin 2017 du JIM, un groupe ONU-OIAC, qui n’a pas été renouvelé en raison de plusieurs veto russes. Pour l’ambassadeur russe Vassily Nebenzia, le projet de résolution américain proposé contient « des éléments inacceptables » qui rendent les choses « pires ». Il est « dangereux non seulement pour la Syrie, mais aussi pour le monde […], la paix et la sécurité internationales », a insisté le diplomate russe.