Israël suspend son accord avec l’ONU sur l’expulsion de ses migrants africains

Le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, a révélé la suspension de l’accord dans un message sur Facebook.
Photo: Jack Guez Agence France-Presse Le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, a révélé la suspension de l’accord dans un message sur Facebook.

Israël a suspendu par surprise lundi un accord conclu avec les Nations unies pour fixer le sort de milliers de migrants africains vivant en sol israélien, quelques heures à peine après l’avoir annoncé.

Cet accord prévoit la réinstallation de plus de 16 000 Soudanais et Érythréens vivant en Israël dans des pays occidentaux, dont le Canada. En échange, l’État hébreu s’engageait à donner un titre de séjour à un nombre équivalent d’entre eux devant rester sur son territoire.

« J’ai décidé de suspendre l’application de cet accord et d’en repenser les termes », a écrit le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, sur sa page Facebook lundi soir, affirmant avoir été attentif aux critiques de certains habitants de Tel-Aviv — où vivent la plupart de ces migrants — contre cet accord. Certains de ces habitants dénonçaient le fait que des milliers de Soudanais et d’Érythréens soient autorisés à rester en Israël.

« Je suis attentif aux critiques et je vais rencontrer vos représentants demain matin », a affirmé M. Nétanyahou qui avait promis l’année dernière aux habitants de « rendre le sud de Tel-Aviv aux citoyens d’Israël ».

L’accord avec le Haut-commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) devait remplacer un projet gouvernemental d’expulsions très controversé, annulé officiellement lundi. Ce dernier avait prévu de donner le choix à des milliers de migrants africains présents sur son territoire de partir d’ici à début avril — soit pour leur pays d’origine, soit pour un pays tiers — ou d’aller en prison indéfiniment.

Le HCR n’avait pas donné de détail sur les pays d’accueil, mais le premier ministre israélien avait cité « des pays développés comme le Canada, l’Allemagne et l’Italie ».

Programme déjà en place

« Il n’y a pas eu d’entente signée formellement, c’est juste qu’il existe déjà un programme ici au Canada pour accueillir les demandeurs d’asile », a expliqué au Devoir Jean-Nicolas Beuze, représentant au Canada du HCR, faisant référence au programme de parrainage privé qui permet à des familles canadiennes de parrainer des réfugiés à travers le monde.

« L’idée, c’était de voir les besoins et comment le programme déjà en place pourrait les accueillir […] mais on n’a pas encore discuté d’un nombre précis », poursuit-il.

Un porte-parole du ministre canadien de l’Immigration, Ahmed Hussen, a précisé de son côté que le gouvernement fédéral s’activait à l’heure actuelle à traiter les dossiers de plus de 1800 réfugiés de l’Érythrée et du Soudan en Israël, qui sont passés par le programme de parrainage privé pour s’établir au Canada.

En février, Ottawa a conclu une entente avec « les autorités israéliennes pour suspendre l’expulsion et la détention de personnes ayant des demandes de parrainage privé pour le Canada ».

« Nous sommes sur le point de respecter notre engagement, […] la réinstallation de 4 000 réfugiés érythréens du Soudan et de l’Éthiopie d’ici à la fin de 2018 », précise-t-on au ministère.

L’Italie a démenti tout accord avec l’Israël. L’Allemagne a assuré de son côté « ne pas avoir connaissance d’une demande concrète concernant une prise en charge de réfugiés vivant en Israël, en particulier originaires de pays africains ».