La Jordanie critiquée pour une baisse de sa protection des réfugiés

Deux enfants jouent dans un camp pour réfugiés syriens à Azraq, en Jordanie.
Photo: Sam McNeil Associated Press Deux enfants jouent dans un camp pour réfugiés syriens à Azraq, en Jordanie.

Amman — L’organisation Human Rights Watch (HRW) a critiqué dimanche la décision jordanienne de ne plus accorder d’assurance médicale publique aux réfugiés syriens résidant hors des camps dans le royaume.

La Jordanie qui accueille des centaines de milliers de Syriens ayant fui la guerre dans leur pays depuis 2011 a « fait un pas en avant et un autre en arrière, en ce qui concerne les réfugiés syriens vivant hors des camps », note l’organisation de défense des droits de l’Homme.

Le 4 mars 2018, les autorités ont commencé à régulariser la situation des réfugiés qui vivaient sans permis de résidence dans les villes, hors des camps de réfugiés officiellement installés dans ce pays voisin de la Syrie.

Cette régularisation, louée par HRW, « protègera des milliers de réfugiés syriens vulnérables d’une arrestation parce qu’ils vivent illégalement hors des camps et augmentera leurs chances d’accéder à l’éducation et à l’emploi », s’est félicité l’ONG dont le siège est à New York.

« Elle signifie moins de souffrance pour les réfugiés et leurs familles, mais les modifications pour la politique d’assurance médicale ont l’effet contraire », ajoute HRW.

Le 24 janvier, les autorités ont décidé de ne plus accorder d’assurance médicale aux Syriens vivant hors des camps de réfugiés, selon l’ONG.

Cette décision « met les gens dans l’incapacité de payer des soins » car elle « requiert des réfugiés syriens vivant hors des camps qu’ils payent le même prix que les étrangers dans les hôpitaux publics et d’avancer 80 % de la somme », souligne HRW.

« Les Syriens bénéficiaient de soins gratuits entre 2012 et 2014, et obtenaient depuis la même assurance médicale que les Jordaniens », poursuit l’ONG.

Ce changement devrait affecter de 30 000 à 50 000 Syriens selon HRW.

D’après l’ONG, les responsables jordaniens n’ont pas expliqué les raisons du changement de politique, mais ont dans le passé dénoncé le coût des soins aux réfugiés syriens.

La Jordanie a consacré, depuis le début du conflit syrien en 2011 et jusqu’à fin 2016, quelque 2,1 milliards de dollars (1,7 milliard d’euros) pour les soins de santé à ces réfugiés.

Plus de 650 000 réfugiés syriens sont enregistrés auprès du Haut commissariat de l’ONU aux réfugiés (HCR) en Jordanie, pays qui partage avec la Syrie quelque 370 kilomètres de frontière. Amman évalue leur nombre à plus d’un million.

Les fonds des donateurs internationaux pour les soins médicaux aux réfugiés syriens accueillis en Jordanie répondaient seulement à 66 % des besoins en 2017, a déploré HRW.

« Les donateurs internationaux doivent augmenter leurs dons », a-t-elle insisté, en rappelant que le HCR n’avait reçu en février que 17,8 millions de dollars pour son budget annuel dans ce pays sur les 274,9 millions nécessaires.