Nouvelles évacuations dans la Ghouta orientale

Un premier convoi de vingt-six bus a quitté dimanche l’enclave à destination d’Idleb, après un accord parrainé par la Russie.
Photo: Abdulmonam Eassa Agence France-Presse Un premier convoi de vingt-six bus a quitté dimanche l’enclave à destination d’Idleb, après un accord parrainé par la Russie.

Des milliers de rebelles et civils syriens ont continué à évacuer dimanche leur enclave ravagée par les bombes dans la Ghouta orientale, cinq semaines après le début d’une offensive meurtrière du régime qui a repris 90 % de ce bastion insurgé aux portes de Damas.

Écrasés par un déluge de feu et affaiblis par un siège de cinq ans, les mouvements rebelles acceptent un à un d’abandonner leurs positions dans la Ghouta pour se retirer dans la province d’Idleb, au nord-ouest du pays, qui échappe encore au contrôle du régime.

Un premier convoi de vingt-six bus a quitté dimanche l’enclave à destination d’Idleb, à la suite d’un accord parrainé par la Russie, allié du régime syrien, a constaté un correspondant de l’AFP. Les bus manoeuvraient difficilement dans les rues dévastées de la Ghouta, tandis que des habitants ayant fait le choix de rester saluaient de la main, émus, leurs voisins quittant la région.

Quelque 3700 rebelles du groupe islamiste Faylaq al-Rahmane et leurs proches devaient faire partie de cette nouvelle vague, selon l’agence officielle syrienne Sana.

Comme la veille, les candidats au départ étaient fouillés — les combattants doivent abandonner la plus grande partie de leur armement? — et un soldat russe avait pris place à bord de chaque bus, Moscou supervisant directement l’opération.

La route de l’exil

Leurs biens rassemblés dans des sacs en toile et des valises, combattants vêtus de noir et civils ont embarqué dans des bus dans la ville d’Arbine tout au long de la journée.

Beaucoup pleuraient. « Nous abandonnons nos foyers, nous n’avons plus d’argent, plus de maison, même plus de vêtements à emporter à cause des bombardements », a témoigné Hamza Abbas, un civil.

Mais pour lui, hors de question de rester sur place, comme le permet un accord dit de « réconciliation » : « J’ai décidé de partir. Comment accepter de vivre avec ceux qui ont massacré ma famille et mes amis ? Qui ont détruit mon avenir ? »

Samedi, près de 1000 combattants rebelles de Faylaq al-Rahmane et leurs familles avaient déjà quitté Arbine et les autres localités environnantes. Cet accord inclut aussi le quartier damascène de Jobar, également contrôlé par le groupe.

Lorsque cette évacuation de masse sera terminée, les rebelles ne seront plus présents que dans une seule poche dans la Ghouta, autour de la grande ville de Douma, tenue par le groupe islamiste Jaich al-Islam et où des négociations sont en cours.

N’attendant pas l’issue des pourparlers, plus d’un millier d’habitants de cette ville ont choisi dimanche de fuir vers les zones contrôlées par le régime, selon les médias officiels syriens. Quelque 15 000 habitants avaient déjà choisi cette option ces cinq derniers jours, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

En tout, plus de 107 000 habitants des zones rebelles de la Ghouta, vaste plaine agricole à l’est de Damas, ont fui en une dizaine de jours vers les zones gouvernementales depuis le lancement, le 18 février, d’une offensive des forces du président Bachar al-Assad.

L’enclave rebelle comptait environ 400 000 habitants avant le début de l’offensive.

Tal Rifaat, prochaine cible des Turcs

Istanbul — La ville de Tal Rifaat, à une quarantaine de kilomètres au nord d’Alep, est la prochaine cible de l’opération militaire turque contre une milice kurde dans le nord de la Syrie après la prise d’Afrine, a annoncé dimanche le président turc, Recep Tayyip Erdogan.

Les forces turques, avec l’aide de combattants syriens alliés, ont pris la ville d’Afrine dans le nord de la Syrie le 18 mars, y délogeant la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG) à l’issue d’une offensive amorcée deux mois plus tôt.

Les YPG sont classées « terroristes » par la Turquie, mais constituent un allié précieux de la coalition internationale emmenée par les États-Unis dans la lutte contre le groupe armé État islamique.

Dès le lendemain de la prise d’Afrine, Recep Tayyip Erdogan s’est dit prêt à élargir l’offensive contre la milice kurde à d’autres zones du nord de la Syrie.