La Turquie promet d’élargir son offensive au Kurdistan syrien

Une famille ayant quitté la ville d’Afrine est sur le point d’atteindre le village de az-Ziyarah.
Photo: George Ourfalian Agence France-Presse Une famille ayant quitté la ville d’Afrine est sur le point d’atteindre le village de az-Ziyarah.

La Turquie s’est dite prête lundi à élargir son offensive contre une milice kurde à d’autres zones du nord de la Syrie, au lendemain de la prise de la ville d’Afrine, largement vidée de ses habitants et théâtre de scènes de pillage.

Ankara n’a jamais caché son hostilité face à l’autonomie de facto acquise par les Kurdes de Syrie dans de vastes territoires proches de la frontière turque, à la faveur du conflit meurtrier et complexe qui ravage la Syrie depuis 2011.

En prenant Afrine dimanche avec l’aide de combattants syriens alliés, « nous avons laissé derrière nous l’étape la plus importante de l’opération » lancée le 20 janvier dans le nord-ouest de la Syrie, a déclaré lundi le président turc, Recep Tayyip Erdogan.

Cette offensive vise la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG), classée « terroriste » par Ankara mais allié précieux de Washington dans la lutte contre le groupe armé État islamique (EI).

« Nous allons poursuivre ce processus jusqu’à la destruction totale de ce corridor constitué de Minbej, Aïn al-Arab [nom de Kobané en arabe], Tal Abyad, Ras al-Aïn et Qamichli » dans le nord de la Syrie, a averti M. Erdogan.

Des troupes américaines, qui continuent de soutenir les combattants kurdes dans la lutte contre le groupe EI, sont actuellement stationnées à Minbej, à l’est d’Afrine.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), quelque 250 000 civils ont fui les violences à Afrine et des dizaines d’autres ont été tués, ainsi qu’environ 1500 combattants kurdes.

Le régime de Damas, qui n’a jamais véritablement répondu à l’appel à l’aide des forces kurdes, à l’exception de l’envoi de quelques combattants, a condamné lundi « l’occupation turque à Afrine et ses crimes » et a réclamé « le retrait immédiat des forces d’invasion des territoires syriens qu’elles ont occupés ».

Les États-Unis ont mis en garde leur allié à l’OTAN, exprimant leur « profonde préoccupation […] à propos de la situation à Afrine ».

Pillages allégués

La conquête d’Afrine permet à Ankara de consolider son rôle dans une guerre complexe qui oppose sur plusieurs fronts des belligérants soutenus par des puissances étrangères et a coûté la vie à plus de 350 000 personnes depuis 2011.

De nouveaux pillages ont été menés lundi dans la ville par des combattants syriens pro-Ankara, selon un correspondant de l’AFP et l’OSDH. « C’est le chaos généralisé », a ajouté l’ONG qui dispose d’un vaste réseau de sources sur le terrain.

La veille, des correspondants de l’AFP avaient vu des magasins saccagés, des combattants chargeant pêle-mêle dans des pick-up cartons de nourriture, chèvres, couvertures et même des motos, avant de quitter la ville.

Ankara a annoncé lundi qu’elle enquêtera sur les informations faisant état de pillages à Afrine. « Certains groupes n’ont probablement pas suivi les ordres », a dit un porte-parole de la présidence turque.

Bachar al-Assad a visité la Ghouta

Un second exode de civils est en cours, dans la Ghouta orientale, où l’enclave rebelle assiégée depuis 2013 se réduit comme peau de chagrin face à l’avancée du régime. Dimanche, pour la première fois depuis des années, le président syrien, Bachar al-Assad, s’est rendu dans la région, où il a félicité ses troupes pour avoir « sauvé Damas », cible d’obus et de roquettes tirés depuis le fief rebelle. « Les habitants de Damas sont plus que reconnaissants et ils raconteront peut-être à leurs enfants pendant des décennies comment vous avez sauvé la ville de Damas », a assuré le président syrien. Après un mois d’offensive, l’avancée du régime, qui contrôle plus de 80 % du fief rebelle, s’est faite au prix d’un lourd bilan humain : selon l’OSDH, les bombardements ont tué plus de 1400 civils, dont 274 enfants.