La Turquie demande l’extradition du leader kurde Saleh Muslim

Le dirigeant kurde Saleh Muslim a été interpellé samedi soir dans un hôtel de Prague, en République tchèque.
Photo: Jacques Demarthon Agence France-Presse Le dirigeant kurde Saleh Muslim a été interpellé samedi soir dans un hôtel de Prague, en République tchèque.

Ankara — La Turquie a réclamé, dimanche, l’extradition d’un des plus importants responsables de la minorité kurde syrienne, arrêté à la demande d’Ankara la veille en République tchèque, sur fond d’opération militaire turque contre une milice kurde dans le nord de la Syrie.

Qualifié par Ankara de « chef d’un groupe terroriste », Saleh Muslim a été interpellé samedi soir dans un hôtel de Prague, ont déclaré les autorités tchèques et turques.

« Notre espoir est que la République tchèque le remettra à la Turquie », s’est exclamé le président turc, Recep Tayyip Erdogan, après avoir annoncé cette arrestation devant la foule rassemblée à Sanliurfa, une ville turque méridionale.

Le ministère turc de la Justice a, à cet égard, souligné dans un communiqué que des démarches « avaient commencé en vue de l’extradition vers la Turquie » de Saleh Muslim, qui encourt 30 peines de prison à perpétuité s’il y est jugé, tandis que le vice-premier ministre, Bekir Bozdag, rappelait que tant son pays que la République tchèque ont ratifié la Convention européenne sur l’extradition.

Ce responsable kurde fait l’objet depuis novembre 2016 d’un mandat d’arrêt délivré par les autorités turques, en lien avec un attentat commis à Ankara en février 2016 et tuant 29 personnes, dans lequel il a nié toute implication.

S’il était extradé vers la Turquie, il s’agirait de l’une des captures les plus importantes par ce pays d’un dirigeant kurde depuis celle en 1999 d’Abdullah Öcalan, le chef du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), classé « terroriste » par le gouvernement turc.

Opération militaire

Saleh Muslim a été jusqu’à l’année dernière coprésident du Parti de l’union démocratique (PYD), qui est considéré par Ankara comme une extension du PKK turc, engagé dans une guérilla en Turquie depuis trois décennies.

Ce mouvement politique kurde syrien est aussi le bras politique des Unités de protection du peuple (YPG), la principale milice kurde syrienne, contre laquelle la Turquie a déclenché en janvier une offensive militaire dans l’enclave d’Afrine (nord-ouest de la Syrie).

Cette opération, baptisée « Rameau d’olivier », a provoqué des tensions avec les États-Unis, qui ont fait des YPG leur principal allié dans la lutte contre le groupe armé État islamique sur le territoire syrien.

La Turquie voit d’un très mauvais oeil l’autonomie de facto acquise par les Kurdes syriens à la faveur du conflit qui ravage la Syrie depuis 2011, craignant de voir sa propre communauté kurde caresser des ambitions similaires.