La Russie s’oppose à un cessez-le-feu humanitaire en Syrie

«L’urgence sur le terrain est absolue», dit l’ambassadeur français François Délatte.
Photo: Ammar Suleiman AFP «L’urgence sur le terrain est absolue», dit l’ambassadeur français François Délatte.

New York — L’ambassadeur russe à l’ONU, Vassily Nebenzia, a annoncé jeudi qu’il n’y avait « pas d’accord » entre les 15 membres du Conseil de sécurité pour imposer un cessez-le-feu humanitaire de 30 jours en Syrie, négocié depuis plus deux semaines.

Le diplomate, lors d’une réunion « de discussions » convoquée par Moscou, a dénoncé « les discours catastrophiques » déjà utilisés pour Alep fin 2016. Selon lui, ils ne correspondent pas à la situation sur le terrain.

Son homologue suédois, Olof Skoog, a indiqué à l’issue de la réunion que les discussions allaient se poursuivre et a précisé espérer une mise au vote vendredi sur un projet de résolution rédigé par son pays et le Koweït, prévoyant un mois de cessez-le-feu.

Les États-Unis et la France se sont élevés contre la position de la Russie, qui soutient Damas, en critiquant comme l’a fait l’ambassadeur français François Délatte « les attaques contre les hôpitaux » et une « situation insoutenable » pour les civils.

« L’urgence sur le terrain est absolue » et « il est essentiel d’adopter rapidement » la résolution en discussion entre les 15 membres du Conseil de sécurité, a précisé le diplomate français. Il a aussi mis en garde « contre le pire », qui serait « un élargissement du conflit ».

Après avoir bataillé, avec le soutien de Vassily Nebenzia, pour avoir plus que les cinq minutes données par le président en exercice du Conseil de sécurité, le représentant syrien, Bachar Jaafari, a assuré que « des centaines de roquettes et de mortiers » se sont abattus jeudi sur Damas.

« Oui, la Ghouta orientale deviendra un nouvel Alep », mais Alep aujourd’hui, « ce sont des millions de personnes vivant tout à fait normalement », a-t-il dit lors d’une allocution de vingt minutes, en prédisant qu’Idleb deviendra aussi un nouvel Alep.

Le projet de résolution vise à alléger le siège mené par le régime syrien sur la Ghouta orientale et organiser des évacuations sanitaires.

Ce cessez-le-feu a été demandé il y a déjà plus de 15 jours, le 6 février, par les organisations de l’ONU sur le terrain, afin de venir en aide aux 400 000 personnes vivant dans ce fief rebelle dans la banlieue de Damas.

Pour éviter un veto russe lors d’un vote, les négociateurs avaient accepté il y a une semaine d’exclure du cessez-le-feu les combats contre les groupes djihadistes comme l’organisation État islamique ou al-Qaïda.

Jeudi, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a souligné que son pays était prêt à un cessez-le-feu à condition que les exclusions concernent aussi « les groupes coopérant » avec les organisations djihadistes et « attaquant des quartiers résidentiels » de la banlieue de la capitale syrienne.

Le régime syrien et Moscou estiment que ce que l’Occident considère être des rebelles au pouvoir de Bachar al-Assad sont en fait des « groupes terroristes ».

Le projet de résolution dit qu’un cessez-le-feu entrerait en vigueur 72 heures après l’adoption du texte par le Conseil de sécurité. La livraison d’une aide humanitaire urgente (médicaments et nourriture) débuterait 48 heures après le début du cessez-le-feu.

Plus de 13,1 millions de Syriens ont actuellement besoin d’aide humanitaire, dont 6,1 millions de déplacés à l’intérieur du pays depuis le début de la guerre civile il y a près de sept ans. Le conflit a fait plus de 340 000 morts.