Irak: des veuves étrangères de djihadistes disent avoir été bernées par leur mari

Certaines des accusées ont été arrêtées à Mossoul à la suite de la reprise de la ville par les forces irakiennes.
Photo: Ahmad Al-Rubaye Agence France-Presse Certaines des accusées ont été arrêtées à Mossoul à la suite de la reprise de la ville par les forces irakiennes.

Vêtues de couleurs sombres, certaines berçant leur nourrisson qui pleure dans la salle du tribunal de Bagdad, des veuves étrangères de combattants du groupe État islamique (EI) racontent au juge avoir été bernées ou menacées par leur mari pour venir en Irak.

La Cour pénale centrale de Bagdad leur a toutefois infligé dimanche de lourdes condamnations.

Une Turque vêtue d’une longue robe grise a écopé de la peine capitale tandis que dix autres femmes de Turquie et une Azérie, couvertes d’une abaya et d’un foulard noirs ont, elles, été condamnées à la prison à vie pour appartenance au groupe EI, a constaté un journaliste de l’AFP.

Âgées de 20 à 50 ans, les accusées ont pénétré tour à tour dans le prétoire. Trois d’entre elles portaient dans leurs bras leur nourrisson.

Toutes ont été arrêtées à Mossoul, ancienne capitale des djihadistes du groupe EI en Irak, ou à Tal Afar, un autre bastion de l’organisation extrémiste dans le nord du pays.

Leurs maris sont morts au combat face aux forces irakiennes qui ont reconquis en 2017 les vastes portions de territoire qu’avait conquises le groupe EI lors de sa percée fulgurante en 2014.

Debout, ces femmes écoutent l’acte d’accusation, rédigé par le juge d’instruction et lu par le président de la cour en présence des deux autres juges et de trois greffiers.

Par le truchement d’un traducteur, le magistrat demande si elles ont un avocat. Après avoir entendu leur réponse négative, il en commet un d’office.

Puis il les questionne : « Tu as été arrêtée à Mossoul à cette date lors des opérations de l’armée contre le groupe EI, alors que tu étais avec cette organisation. Qu’as-tu à dire ? »

Toutes sauf une répondent qu’elles ont été bernées ou menacées par leur conjoint.

« J’ai connu mon mari azéri par Internet. Il m’a proposé de nous rencontrer en Turquie, mais là, un intermédiaire m’a dit qu’il allait me conduire chez mon futur époux sans me dire où. Je pensais rester en Turquie, mais je me suis retrouvée en Syrie puis mon mari m’a emmenée en Irak », a affirmé Angie Omrane, l’Azérie.

« Mon mari m’a obligée à venir en Irak en me menaçant de me prendre mon fils de deux ans si je ne le suivais pas. Je n’ai participé à aucune action violente et je restais à la maison tout le temps », confie pour sa part Leïla, une des veuves turques.

Seule la Turque condamnée à mort a reconnu durant son interrogatoire qu’elle s’était rendue volontairement en Irak avec son mari et ses enfants.

Interrogée par le juge, cette femme de 48 ans a affirmé : « Nous avons dû quitter la Turquie, car mon mari était recherché. Je voulais vivre dans un État islamique, car la loi de ce pays est la charia. C’est pour cela que je suis partie avec mon mari et mes deux fils. Tous les trois ont été tués dans des raids aériens. Je regrette d’être venue. »

Les avocats commis d’office se bornent à répéter la même ligne de défense : « Elles ont été dupées. Elles ne sont pas impliquées dans des meurtres. »

Puis, le magistrat lit la sentence. Toutes sont condamnées pour entrée illégale en Irak et sur la base de l’article 4 de la loi antiterroriste qui stipule que « toute personne qui commet, planifie, finance ou assiste des actes de terrorisme sera punie d’une peine allant de 15 ans de prison à la peine de mort ».

Elles interrogent avidement le traducteur en turc et avec les mains sur ce que vient de dire le juge. Quand elles comprennent, c’est le choc. La Turque condamnée à mort fond en larmes, une autre Turque manque de s’évanouir.

Elles ont désormais un mois pour faire appel.

Selon une source de sécurité, 509 étrangères, dont 300 Turques, sont détenues en Irak avec 813 enfants.