Putsch manqué en Turquie: prison à vie pour trois journalistes renommés

Depuis le putsch avorté en 2016, les autorités turques traquent sans relâche ceux qu’elles soupçonnent d’être des partisans du prédicateur Fethullah Gülen, qu’Ankara accuse d’être derrière le coup de force.
Photo: Ozan Kose Agence France-Presse Depuis le putsch avorté en 2016, les autorités turques traquent sans relâche ceux qu’elles soupçonnent d’être des partisans du prédicateur Fethullah Gülen, qu’Ankara accuse d’être derrière le coup de force.

Istanbul — La Turquie a condamné à la prison à vie vendredi trois journalistes de renom accusés de liens avec la tentative de coup d’État de 2016, au terme d’un procès critiqué par les défenseurs de la liberté de la presse.

Les frères Ahmet et Mehmet Altan, la journaliste Nazli Ilicak et trois autres coaccusés ont pour leur part été reconnus coupables de « tentative de renversement de l’ordre constitutionnel », selon l’agence de presse étatique Anadolu.

MM. Altan et Mme Ilicak, des journalistes et intellectuels respectés en Turquie, ont toujours nié toute implication dans la tentative de coup d’État qui a secoué le pays dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016, rejetant des accusations « absurdes ».

Depuis le putsch avorté, les autorités turques traquent sans relâche ceux qu’elles soupçonnent d’être des partisans du prédicateur Fethullah Gülen, qu’Ankara accuse d’être derrière le coup de force.

MM. Altan et Mme Ilicak étaient notamment accusés d’avoir envoyé des « messages subliminaux » lors d’une émission retransmise en direct à la télévision à la veille du putsch manqué.

Leur procès a renforcé les inquiétudes liées à la liberté de la presse, mais aussi à l’indépendance du pouvoir judiciaire : le mois dernier, la Cour constitutionnelle avait ordonné la libération de Mehmet Altan. En vain.

L’ONG de défense de la liberté de la presse Reporters sans frontières (RSF) a déploré « un jour noir » pour la liberté de la presse en Turquie.

« C’est un jour noir pour la liberté de la presse et pour la justice en Turquie », a estimé Amnesty International, dénonçant des verdicts « politiquement motivés ».

Âgé de 65 ans, Mehmet Altan est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la politique. Il a été arrêté en septembre 2016 avec son frère Ahmet, un romancier et journaliste âgé de 67 ans qui a notamment fondé le journal d’opposition Taraf.

Mme Ilicak, journaliste et écrivaine de 73 ans qui a travaillé jusqu’en 2013 pour le grand quotidien progouvernemental Sabah, est en détention depuis fin juillet 2016.

Vendredi, la justice turque a par ailleurs remis en liberté conditionnelle le journaliste germano-turc Deniz Yücel, détenu pour « terrorisme » depuis plus d’un an, et dont l’Allemagne exigeait la libération. Encourant jusqu’à 18 ans de prison, il a cependant pu quitter vendredi la Turquie à bord d’un avion pour une destination non précisée.