L’Irak cherche 88 milliards de dollars pour se reconstruire

L'Irak est ravagé depuis les années 1980 par les guerres à répétition.
Photo: Moadh Al-Dulaimi Agence France-Presse L'Irak est ravagé depuis les années 1980 par les guerres à répétition.

L’Irak, meurtri par trois ans de guerre contre le groupe État islamique (EI), cherche à récolter 88 milliards de dollars pour se reconstruire, un chantier titanesque entamé lundi avec l’ouverture d’une conférence internationale à Koweït.

Pendant trois jours, des centaines de responsables politiques, d’ONG et d’hommes d’affaires doivent participer à cette conférence. Bagdad mise notamment sur le secteur privé pour lever des fonds au plus vite, alors que des milliers d’habitations sont détruites et plus de 2,5 millions de personnes déplacées.

Ravagé depuis les années 1980 par les guerres à répétition et un long embargo, notamment après l’invasion du Koweït en 1990, l’Irak a annoncé il y a deux mois la « fin » d’une nouvelle guerre, cette fois contre les djihadistes de le groupe EI qui s’étaient emparés d’un tiers de son territoire à partir de 2014, menaçant son existence même.

Mais la reconstruction du pays, deuxième producteur de pétrole de l’Opep, s’annonce longue et difficile.

« Nous estimons que les besoins totaux de reconstruction en Irak s’élèvent à 88,2 milliards de dollars », a déclaré le ministre irakien de la Planification, Salmane al-Joumeili, à l’ouverture de la conférence.

Ces fonds « serviront d’abord à réhabiliter les personnes déplacées et reconstruire les services publics », a-t-il ensuite précisé à l’AFP.

Urgence

Selon Qusai Abdelfattah, directeur général au sein du ministère de la Planification, 22 milliards de dollars de ces fonds sont nécessaires de façon urgente, et le reste à moyen terme.

« Nous avons lancé des programmes de reconstruction […] mais ce que nous avons accompli est inférieur à 1 % de ce dont l’Irak a besoin », s’est alarmé Mustafa al-Hiti, président du fonds de reconstruction pour les zones touchées par les combats contre le groupe EI.

« Plus de 138 000 maisons sont endommagées, dont la moitié sont complètement détruites », a-t-il souligné.

Autre défi de taille, l’Irak devra parvenir à surmonter ses divisions intercommunautaires et la corruption endémique qui gangrène le pays, classé 166e sur 176 États dans ce domaine par Transparency International en 2017.

Crise humanitaire

Outre les destructions matérielles, l’Irak fait face à une grave crise humanitaire, avec 2,5 millions de déplacés. La conférence de Koweït doit ainsi permettre de financer leur retour « volontaire », estime le Haut Commissariat de l’ONU pour les Réfugiés (HCR).

« Si les combats à grande échelle sont terminés […], les stigmates demeurent dans tout le pays : les villes ont été durement endommagées, les communautés ont été disséminées et une génération d’enfants risque d’être perdue », a rappelé Bruno Geddo, représentant de cette organisation en Irak.

L’Unicef et ONU-Habitat ont pour leur part appelé à des investissements urgents pour restaurer les infrastructures et les services de base à destination des familles irakiennes.

« La violence […] a détruit la vie de millions de personnes, laissant un enfant sur quatre dans la pauvreté », ont-elles insisté, alors que la moitié des écoles ont besoin de réparations et que plus de 3 millions d’enfants ont vu leur éducation interrompue.

De son côté, l’OMS appelle la communauté internationale à « investir dans le secteur de la santé qui est dévasté », a indiqué Altaf Musani, son représentant en Irak. Dans les provinces sunnites d’al-Anbar, Ninive et Salaheddine, qui ont été des fiefs de le groupe EI, 14 hôpitaux et installations sanitaires ont été endommagés ou détruits.

Levée de fonds

Dès lundi, des ONG — en majorité koweïtiennes — ont annoncé une levée de fonds pour soutenir les opérations humanitaires de plus de 330 millions de dollars, dont 130 du Comité international de la Croix-Rouge.

Mardi, la conférence fera une large place au secteur privé, tandis que le troisième jour sera consacré à l’annonce par les États participants du montant de leurs contributions financières.

Avant de rejoindre Koweït, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian s’est rendu lundi à Bagdad pour assurer les responsables irakiens du « soutien de la France ».

Le chef de la diplomatie française participera mardi à une réunion de la coalition internationale antidjihadistes à Koweït en présence de son homologue américain Rex Tillerson, où 74 pays et organisations serons représentés.