Des séparatistes s’emparent du siège du gouvernement au Yémen

Des combattants du mouvement séparatiste du sud du Yémen sont assis à l'arrière d'une camionnette à Aden, dimanche, lors d'affrontements contre les forces loyalistes.
Photo: Saleh Al-Obeidi Agence France-Presse Des combattants du mouvement séparatiste du sud du Yémen sont assis à l'arrière d'une camionnette à Aden, dimanche, lors d'affrontements contre les forces loyalistes.

Aden — Des forces séparatistes se sont emparées dimanche du siège transitoire du gouvernement yéménite à Aden — deuxième ville du pays — après des affrontements avec l’armée loyaliste qui ont fait au moins 15 morts, compliquant encore davantage la situation dans le Yémen en guerre.

En début de soirée, des combattants séparatistes contrôlaient deux accès menant au palais présidentiel où résident des membres du gouvernement, selon des sources sécuritaires. Les deux camps se partagent le contrôle des quartiers d’Aden, mais l’intensité des combats a toutefois baissé, selon ces sources.

Les séparatistes ont reproché dimanche soir au premier ministre yéménite, Ahmed ben Dagher, présent à Aden, d’avoir ordonné à ses troupes de tirer sur les manifestants hostiles au gouvernement qu’ils accusent de corruption. Ils ont de nouveau réclamé son départ.

Le président yéménite, Abd Rabbo Mansour Hadi, réfugié de longue date à Riyad, avait ordonné dans l’après-midi à ses unités militaires de « cesser le feu immédiatement ».

Chassé en 2014 de la capitale Sanaa par les rebelles houthis soutenus par l’Iran, le gouvernement du président Hadi a établi sa capitale « provisoire » à Aden.

Les troupes gouvernementales font toutefois face au mouvement séparatiste, resté puissant malgré la disparition du Yémen du Sud comme État indépendant en 1990 (il avait alors fusionné avec le Nord).

Limogé en avril 2017 par M. Hadi, l’ancien gouverneur d’Aden, Aidarous al-Zoubaidi, avait en effet annoncé le mois suivant la mise en place d’un Conseil de transition du Sud, placé sous sa présidence, pour « diriger les provinces du sud et les représenter à l’intérieur et à l’extérieur » du pays.

Les tensions se sont encore aggravées il y a une semaine quand ce conseil a publié une déclaration exigeant « des changements » au sein du cabinet et donnant à M. Hadi « une semaine » pour les mettre en oeuvre, faute de quoi un grand sit-in serait organisé à Aden pour « chasser le gouvernement ».

Cet ultimatum a expiré dimanche matin.

Violents affrontements

Malgré la présence de forces de la coalition sous commandement saoudien — qui intervient au Yémen depuis près de trois ans en soutien au gouvernement Hadi —, les affrontements ont éclaté lorsque des unités de l’armée loyaliste ont tenté d’empêcher des séparatistes d’entrer dans la ville, selon des sources sécuritaires.

Écoles, universités et magasins ont fermé dès les premières heures de la matinée, ainsi que l’aéroport.

Des combats tout au long de la journée ont fait au moins 15 morts, dont trois civils, et des dizaines de blessés, selon un bilan recueilli par l’AFP auprès de quatre hôpitaux.

Plus tôt, le premier ministre Ahmed ben Dagher avait dénoncé un « coup de force » séparatiste et demandé à la coalition arabe emmenée par Riyad d’intervenir pour éviter le chaos.

« Nous espérons et attendons que les Émirats arabes unis et tous les membres de la coalition [arabe intervenant au Yémen] s’occupent de cette crise qui se dirige vers une confrontation militaire totale. C’est la condition pour sauver la situation », avait-il ajouté.

Selon des sources sécuritaires, les militaires saoudiens et émiratis présents à Aden ne sont toutefois pas intervenus dimanche.

Samedi soir, à l’approche de l’expiration de l’ultimatum, la coalition arabe avait appelé à la « retenue », soulignant l’importance pour les parties yéménites de « tenir compte de leur responsabilité nationale » pour achever ensemble la « libération » du Yémen et la « défaite des miliciens houthis iraniens ».

La coalition avait précisé qu’elle suivait de près la situation et le débat « à propos de demandes pour corriger certains déséquilibres » dans la politique du gouvernement, allusion aux récentes demandes du Conseil d’Aidarous al-Zoubaidi.

La guerre au Yémen a fait plus de 9200 morts et près de 53 000 blessés depuis mars 2015 et aucune solution n’est en vue.

Selon l’ONU, le Yémen est le théâtre de « la pire crise humanitaire du monde ».