Plus de 100 morts et plus de 235 blessés dans un attentat à Kaboul

Photo: Wakil Koshar Agence France-Presse
L’explosion d’une ambulance piégée samedi dans le centre de Kaboul, revendiquée par les talibans, a fait près de 100 morts et 235 blessés, semant terreur et désolation dans l’un des quartiers les plus animés de la capitale afghane.

Le bilan du massacre a été fourni à l'AFP par le porte-parole du ministère de la Santé Waheed Majroh, cinq heures après l'attaque, qui laisse la ville groggy.

Dans un communiqué, la présidence afghane a dénoncé « un crime contre l’humanité ».

« C’est un massacre », a réagi sur Twitter Dejan Panic, le coordinateur de l’ONG italienne Emergency, accompagnant son message de photos sur lesquelles on peut voir les très nombreuses victimes allongées dans les couloirs, sous les préaux et sur les pelouses de l’établissement que gère cette ONG italienne.

Selon le ministère de l’Intérieur, « quatre suspects ont été arrêtés dans l’enquête » sur cet attentat, le plus meurtrier depuis l’explosion d’un camion piégé dans la zone diplomatique le 31 mai (150 morts, 400 blessés).

Débordés, les hôpitaux renvoient les patients d’un établissement à l’autre. Celui d’Emergency, qui a annoncé traiter 163 blessés — comptabilisés dans le bilan officiel — est contraint de les installer sur des matelas à même le sol.

L’attentat a été revendiqué par le porte-parole des talibans Zabihullah Mujahid sur WhatsApp : « un martyr a fait sauter sa voiture piégée près du ministère de l’Intérieur où se trouvaient d’importantes forces de police », a-t-il dit.

« Le kamikaze a utilisé une ambulance pour passer les barrages », a expliqué Nasrat Rahimi, le porte-parole adjoint du ministère de l’Intérieur. « L’ambulance était garée sur le stationnement de l’hôpital Jamuriate; elle a voulu franchir les barrages pour avancer vers le ministère de l’Intérieur, le Haut Conseil de la Paix, mais le kamikaze a été repéré par la police et s’est fait sauter avant d’atteindre ses cibles ».

Les soupçons du gouvernement se portent sur le réseau terroriste Haqqani, proche des talibans et installé à la frontière pakistanaise, a-t-il ajouté.

Nombreuses victimes 
L’explosion, de très forte intensité, a littéralement secoué la capitale. Les fenêtres du bureau de l’AFP, situé à près de 2 km, ont tremblé. « Chicken Street », la rue des antiquaires proche, a vu ses vitres voler en éclats comme tous les quartiers à plusieurs centaines de mètres à la ronde.

Un photographe de l’AFP qui s’est immédiatement rendu sur place a pu voir de très nombreux corps de victimes ensanglantés, « morts et blessés » sur les trottoirs, que les riverains aidaient à évacuer.

De très nombreuses victimes, hommes, femmes, enfants, acheminées dans l’hôpital Jamuriate, étaient traitées dans les couloirs submergés, a-t-il observé.

« C’est un massacre », a réagi sur Twitter Dejan Panic, le coordinateur d’Emergency, accompagnant son message de photos sur lesquelles on peut voir les très nombreuses victimes allongées dans les couloirs, sous les préaux et, en plein soleil d’hiver, sur les pelouses de l’établissement.

Emergency, spécialisée en chirurgie de guerre, fait savoir qu’elle ne peut accueillir davantage de patients.

À l’hôpital Jamuriate, on nous a dit qu’ils y avait plein de morts et de blessés, ils nous ont renvoyés sur Emergency. Mais ici aussi ils sont débordés, ils n’ont plus de place. Ils demandent aux gens qui ne sont pas en danger de mort de trouver un autre hôpital.


La panique était totale. Un immeuble voisin de l’hôpital Jamuriate, haut de quelques étages et profondément lézardé, menaçait de s’effondrer, selon le photographe, et les médecins ont demandé aux civils d’aider à évacuer les blessés qui risqueraient d’être ensevelis.

L’attentat a eu lieu devant l’un des barrages protégeant l’accès à une avenue qui conduit à plusieurs institutions : des bureaux du ministère de l’Intérieur, le siège de la police, la délégation de l’Union européenne et le lycée pour filles Malalai.

Le Haut Conseil de la Paix, chargé des négociations — bloquées — avec les talibans, estimait avoir été la cible privilégiée. « Ils ont visé notre barrage. C’était énorme, toutes nos vitres sont soufflées », a indiqué à l’AFP un de ses membres, Hassina Safi.

Les membres de la délégation européenne ont été rapidement mis en sécurité dans leur pièce sécurisée, a déclaré l’un d’eux à l’AFP.

Pire scénario 
Le scénario de l’ambulance est l’un des plus redoutés. Cependant un journaliste de l’AFP passé par cette rue une heure auparavant avait constaté que les ambulances qui se dirigeaient vers l’hôpital Jamuriate étaient systématiquement arrêtées aux barrages et contrôlées une par une, « le chauffeur attendant à côté » a-t-il précisé.

Le niveau d’alerte est extrême en ce moment à Kaboul, particulièrement dans le centre et le quartier diplomatique dont la plupart des ambassades et institutions étrangères ont été placées en « lock down » (sorties interdites).

Cet attentat est le troisième à frapper l’Afghanistan en une semaine après l’attaque le samedi 20 janvier de l’hôtel Intercontinental de Kaboul, revendiquée par les talibans, et celle mercredi des locaux de Save the Children à Jalalabad (est), revendiquée par le groupe Etat islamique.

Réactions à l'international
Pour la chef de la diplomatie de l’UE Federica Mogherini, de « tels actes sont dirigés contre le peuple de l’Afghanistan, contre la réconciliation et contre la paix ». « En tant qu’Union européenne, nous avons toujours œuvré et nous allons continuer à travailler avec le peuple d’Afghanistan, avec son gouvernement, pour parvenir à la paix », a-t-elle assuré dans un communiqué.

« En tant qu’Union européenne, nous avons toujours œuvré et nous allons continuer à travailler avec le peuple d’Afghanistan, avec son gouvernement, pour parvenir à la paix », a assuré la chef de la diplomatie de l’UE Federica Mogherini.

Le président américain Donald Trump a appelé à une « action décisive » contre les talibans. « Maintenant, tous les pays doivent mener une action décisive contre les talibans et les infrastructures qui les soutiennent », a-t-il poursuivi dans un communiqué.

Le président français Emmanuel Macron a de son côté « fermement condamné l’ignoble attentat » et adressé ses « pensées endeuillées au peuple d’Afghanistan ». Samedi à minuit, la Tour Eiffel sera éteinte en hommage aux victimes.
1 commentaire
  • Gilbert Troutet - Abonné 27 janvier 2018 12 h 53

    Une guerre sans fin

    Et dire que cette guerre a été lancée par les États-Unis à la suite des attentats du 11 septembre ! Or, l'Afghanistan n'avait rien à voir là-dedans puisque les auteurs des attentats étaient des Saoudiens. Depuis, les armées d'occupation ne cessent d'y engloutir des milliards $. En vain.

    Le gouvernement afghan mis en place par l'OTAN me fait penser à Pétain pendant l'occupation allemande. À l'époque, les résistants commettaient aussi des actes de sabotage, mais en prenant soin d'épargner les populations civiles.

    On se rappelle aussi que les Talibans ont été instrumentalisés pour lutter contre les Soviétiques. Les Américains les appelaient alors les « combattants de la liberté ».