Des miliciens kurdes appellent aux armes en Syrie

De violents affrontements ont eu lieu mardi dans la région d’Afrine.
Photo: Ahmad Shafia Bilal Agence France-Presse De violents affrontements ont eu lieu mardi dans la région d’Afrine.

L’armée turque et ses alliés syriens ont lancé mardi plusieurs assauts dans le nord de la Syrie dans le but de briser les lignes d’une milice kurde, qui a exhorté la population à prendre les armes pour repousser l’offensive.

De violents affrontements se déroulaient mardi dans la région d’Afrine, bastion des Unités de protection du peuple (YPG), une milice kurde honnie par Ankara mais soutenue par Washington, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Avec cette offensive aérienne et terrestre lancée samedi, la Turquie a ouvert un nouveau front dans le complexe conflit syrien et menace de tendre davantage ses relations avec les États-Unis, qui ont fait part de leur préoccupation.

Le président Donald Trump devrait exprimer son inquiétude lors d’un appel prévu avec son homologue Recep Tayyip Erdogan, ont rapporté mardi des responsables américains.

« La violence à Afrine trouble ce qui était jusque-là une zone relativement stable de Syrie », a déclaré le ministre américain de la Défense, Jim Mattis, appelant Ankara à « faire preuve de retenue dans ses opérations militaires comme dans sa rhétorique ».

Bombardements

La Turquie, qui a enterré mardi son premier soldat tué dans les combats, a indiqué avoir perdu deux autres militaires dans le cadre de cette opération meurtrière pour les deux camps.

« Grâce à Dieu, nous allons sortir victorieux de cette opération, ensemble avec notre peuple et l’Armée syrienne libre », a déclaré le président Erdogan lors des funérailles.

Photo: Safin Hamed Agence France-Presse Des Kurdes syriens brandissent des affiches contre l'opération militaire turque à Arbin lors d'une manifestation à Arbil, mardi.

Depuis samedi, plus de 80 combattants des YPG et des groupes rebelles syriens pro-Ankara ont été tués, ainsi que 28 civils, la plupart dans des bombardements turcs, selon l’OSDH. Ankara nie avoir touché des civils.

Les forces pro-Ankara, appuyées par l’aviation et l’artillerie turques qui pilonnent la région d’Afrine, ont repris deux villages de la région depuis samedi, selon l’OSDH.

Ankara et les YPG

La Turquie a lancé son opération après l’annonce par la coalition internationale antidjihadiste emmenée par les États-Unis de la création d’une force frontalière de 30 000 hommes dans le nord de la Syrie, avec notamment des combattants des YPG.

Les YPG sont en effet l’épine dorsale d’une alliance de combattants kurdes et arabes soutenue par Washington dans la lutte contre le groupe djihadiste État islamique (EI) en Syrie.

Mais Ankara accuse les YPG d’être la branche en Syrie du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui mène une sanglante guérilla sur le sol turc depuis 1984. Des avions turcs ont bombardé lundi des bases arrière du PKK dans le nord de l’Irak.

« Cette opération se poursuivra jusqu’à ce que le dernier terroriste soit éliminé », a affirmé mardi le premier ministre turc, Binali Yildirim.

L’offensive turque « pourrait s’étendre à Manbij », une ville à une centaine de kilomètres à l’est d’Afrine, « voire à l’est de l’Euphrate », a indiqué le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, mardi à la chaîne de télévision France 24.

Plusieurs pays ont exprimé leur préoccupation face à cette opération qui survient alors que les violences ont repris de plus belle en Syrie ces dernières semaines, avec des bombardements du régime dans la Ghouta orientale, à l’est de Damas, et à Idleb (dans le nord-ouest du pays).

Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni lundi pour discuter de l’escalade en Syrie, pays ravagé par une guerre complexe depuis 2011 qui a fait plus de 340 000 morts et des millions de déplacés, mais sans émettre de condamnation.

L’Union européenne s’est dite « extrêmement inquiète » lundi, tandis que le Qatar, proche d’Ankara, a exprimé mardi son soutien à l’offensive.

L’offensive militaire se double d’une répression en Turquie contre les internautes soupçonnés de faire de la « propagande terroriste ». Près de cent personnes ont été interpellées depuis lundi, et les manifestations contre l’opération sont interdites.


La Russie porte la « responsabilité » d’attaques chimiques

La Russie, soutien du régime syrien de Bachar al-Assad, porte la « responsabilité » des attaques chimiques en Syrie, a déclaré mardi à Paris le chef de la diplomatie américaine, Rex Tillerson.

« Encore hier, plus de 20 civils, des enfants pour la plupart, ont été victimes d’une attaque présumée au chlore », a-t-il affirmé lors de la signature d’un partenariat contre les armes chimiques.

La Russie a rejeté à l’ONU ces nouvelles accusations « à l’emporte-pièces » et a contre-attaqué en réitérant ses propositions d’un nouveau mécanisme d’enquête international « vraiment indépendant ».
1 commentaire
  • Brian Monast - Abonné 24 janvier 2018 07 h 36

    La haine gagne du terrain

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