Le «califat virtuel» du groupe EI aussi en recul

Entre le 8 et le 9 novembre, le groupe EI n’a strictement rien mis en ligne, sur quelque réseau ou quelque application que ce soit, pour la première fois depuis sa création.
Photo: Sameer Al-Doumy Agence France-Presse Entre le 8 et le 9 novembre, le groupe EI n’a strictement rien mis en ligne, sur quelque réseau ou quelque application que ce soit, pour la première fois depuis sa création.

Sur le point d’être vaincu en Irak et en Syrie, le groupe État islamique (EI) tente de se réfugier dans un « califat virtuel » sur Internet, mais là aussi il est sur la voie du déclin, constatent des experts.

Hyperactif sur le Web à l’apogée de son expansion territoriale en 2015, quand il occupait un territoire de la taille de l’Italie et régnait sur sept millions de personnes, le mouvement djihadiste inondait la Toile de sa propagande sophistiquée.

Aujourd’hui, ses chefs tués ou en fuite, ses combattants en déroute, ses centres médiatiques détruits, ses connexions difficiles, surveillées et entravées par les services de renseignement du monde entier, il est de moins en moins présent sur le Web, ou doit laisser s’exprimer en son nom une mouvance sur laquelle il n’a que peu ou pas de contrôle.

Ils ont désormais tendance à cultiver une certaine nostalgie

 

« En décembre 2017, plus des trois quarts des 38 organes médiatiques du groupe EI, qui allaient d’Afrique de l’Ouest à l’Afghanistan, ont été pratiquement réduits au silence », estime le chercheur britannique Charlie Winter, qui étudie au King’s College depuis des années la communication du groupe. « C’est un peu comme si quelqu’un avait appuyé sur la touche “Muet” de sa télécommande. »

Entre le 8 et le 9 novembre, le groupe n’a même strictement rien mis en ligne, sur quelque réseau ou quelque application que ce soit, pour la première fois depuis sa création.

« La diminution de la production des médias d’EI a été particulièrement notable au cours des deux dernières semaines », avait alors dit Charlie Winter à l’AFP, « mais jamais ils n’avaient été totalement silencieux pendant une journée entière ».

 

Diminution de la présence en ligne

Cette diminution radicale de la présence en ligne du groupe EI a également été remarquée par Albert Ford, qui travaille sur le phénomène de « l’extrémisme domestique » au sein du groupe de réflexion américain New America, à Washington.

« Leurs opérations médiatiques sont en chute libre, a-t-il confié à l’AFP. Ils ont moins de monde disponible, moins d’endroits pour recueillir leurs informations, moins de moyens pour les mettre en ligne. »

En mars 2017, lors de la reprise de Mossoul, la deuxième ville d’Irak que le groupe EI avait conquise, une journaliste de l’AFP avait visité les ruines d’une villa, dans un quartier huppé de la ville, qui avait été utilisée comme centre médiatique par le groupe.

Entre les murs calcinés se trouvaient des restes d’ordinateurs sophistiqués, des imprimantes et du matériel de propagande, des cartons entiers de CD, des antennes et des émetteurs de leur station de radio Al-Bayan.

Au cours des derniers mois, les annonces par la coalition menée par les États-Unis de l’élimination, le plus souvent dans des raids aériens, de responsables de la communication d’EI se sont multipliées. Le premier d’entre eux, Abou Mohammed al-Adnani, porte-parole officiel du groupe et responsable de ses opérations extérieures, a péri en août 2016.

Une certaine nostalgie

Plutôt que de s’en servir pour planifier des opérations qu’il ne semble plus en mesure d’organiser directement, ce qu’il reste du groupe EI utilise désormais Internet, souvent grâce à des logiciels de cryptage ou le recours au « Web profond », quasiment impossible à réguler, pour encourager ses partisans dans le monde entier à passer à l’action de façon indépendante.

« Ils ont désormais tendance à cultiver une certaine nostalgie, explique Charlie Winter. Quelque chose sur lequel ses partisans peuvent se retourner et estimer que c’était le bon vieux temps, quand le groupe EI contrôlait des terres en Syrie et en Irak. »

« Leur message est : “C’était notre âge d’or, qui nous a été enlevé par les ennemis de l’Islam, et c’est pour ça qu’il nous faut les combattre” », ajoute-t-il.

Pour le chercheur Bruce Hoffman, spécialiste du terrorisme à Georgetown University, le danger réside désormais dans ce qu’il appelle « l’attaquant guidé » (enabled attacker).

« C’est quelqu’un qui agit en loup solitaire, sans lien avec l’organisation terroriste, mais qui a reçu des listes de cibles précises et des renseignements pour mener à bien son opération », dit-il.