Évacuations médicales limitées dans une zone assiégée de Syrie

Un garçon est allongé sur une civière dans une salle d'urgence à Douma, le 17 décembre dernier.
Photo: Hamza Al-Ajweh Agence France-Presse Un garçon est allongé sur une civière dans une salle d'urgence à Douma, le 17 décembre dernier.

Douma — Quatre patients dans un état critique, dont trois enfants, ont pu quitter une zone rebelle assiégée près de Damas, un nombre encore très éloigné des centaines de personnes que l’ONU appelle à évacuer de cette enclave en proie à une crise humanitaire aiguë.

Quelque 400 000 habitants sont pris au piège dans la Ghouta orientale, une région à l’est de Damas assiégée depuis 2013 par les troupes du régime de Bachar al-Assad et touchée par de graves pénuries alimentaires et médicales.

Au total, 29 malades doivent être évacués dans les jours à venir, alors que l’ONU réclame l’évacuation de près de 500 malades. Avec les retards et blocages sur ce dossier, 16 patients sont déjà morts depuis novembre.

Le Croissant-Rouge syrien et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ont commencé mardi soir « l’évacuation de cas médicaux critiques de la Ghouta orientale vers Damas », a annoncé le CICR sur Twitter.

« Une fillette hémophile, un enfant atteint du syndrome de Guillain-Barré, un enfant souffrant de leucémie et un homme qui a besoin d’une greffe de rein » ont été évacués, a indiqué à l’AFP un responsable du Croissant-Rouge à Douma, Ahmad al-Saour.

Ils ont été sortis de Douma, la plus grande ville de la Ghouta, pour rejoindre Damas, la capitale du pays en guerre. L’opération s’est poursuivie durant la nuit.

Attendant ces évacuations dans l’obscurité, les familles ont vu arriver les ambulances et leurs gyrophares. Dans l’un des véhicules, la petite Ingy, 8 ans, affichait un large sourire, emmitouflée dans un manteau rose, les mains gantées et des boucles brunes s’échappant de son bonnet rouge enfoncé sur la tête.

Un accord dans l’urgence

Dans une autre ambulance, Mohammad, un an, était allongé sur les genoux d’un employé du Croissant-Rouge. Sa mère était assise à ses côtés, vêtue d’un long manteau noir et d’un voile qui ne laissait apparaître que ses yeux.

Que ce soit pour les évacuations médicales ou l’arrivée d’aide humanitaire dans la Ghouta, rien ne peut se faire sans l’autorisation du régime, qui a réussi avec l’appui militaire russe et iranien à reprendre la majorité des territoires contrôlés par les rebelles.

Un accord a donc été passé avec le pouvoir de Damas, a annoncé le puissant groupe rebelle de la Ghouta, Jaich al-Islam. « Nous avons accepté la libération d’un nombre de prisonniers en échange de l’évacuation des cas humanitaires les plus urgents », a-t-il précisé. Cinq ouvriers, arrêtés en mars, ont ainsi quitté la Ghouta.

« Nous espérons que ces évacuations médicales ne sont qu’un début », a déclaré une porte-parole du CICR Ingy Sedky, en soulignant que des habitants avaient « désespérément besoin de soins médicaux vitaux ».

« Il est essentiel pour les organisations humanitaires de fournir des aides, régulièrement et sans conditions » à la Ghouta, selon elle.

Le 21 décembre, le chef du groupe de travail humanitaire de l’ONU pour la Syrie, Jan Egeland, avait dit que le chiffre de 500 évacuations réclamées par l’organisation était « en train de diminuer, non pas parce que nous évacuons les gens, mais parce qu’ils sont en train de mourir ».

Parmi les 16 personnes mortes depuis novembre, figure un bébé de neuf mois décédé des suites de malnutrition et de complications respiratoires. « Si nous avions eu l’autorisation de l’évacuer vers un hôpital de Damas, l’enfant serait en vie aujourd’hui », avait-il indiqué.

Un conflit complexe

Ces dernières semaines, plusieurs convois d’aide affrétés par des ONG ou l’ONU ont pu pénétrer dans la région.

Dernier fief de la rébellion près de Damas, la Ghouta fait partie des quatre « zones de désescalade » définies en mai par la Russie et l’Iran, alliés du régime, et la Turquie, soutien des rebelles.

Le but était de tenter de parvenir à une trêve durable en Syrie mais le régime a intensifié depuis mi-novembre ses frappes contre cette région, faisant des dizaines de morts civils.

Déclenché par la répression de manifestations pacifiques, le conflit en Syrie s’est complexifié avec l’implication de pays étrangers et de groupes djihadistes dont l’organisation État islamique (EI), sur un territoire morcelé. Il a fait plus de 340 000 morts et des millions de déplacés.

L’EI est en passe d’être défait militairement en Syrie, mais la coalition internationale antidjihadistes conduite par les États-Unis a accusé mercredi M. Assad de garantir « l’impunité » à ce groupe dans les zones qu’il contrôle.

En outre, un djihadiste français recherché, Thomas Barnouin, a été arrêté à la mi-décembre par des combattants kurdes en Syrie, selon une source proche du dossier en France.

1 commentaire
  • Michel Lebel - Abonné 27 décembre 2017 16 h 28

    Scandaleux!


    Toujours aussi axé sur l'humanitaire, Bachar et ses copains russes et iraniens!! Le tout est scandaleux! En espérant que justice soit faite un jour.

    M.L.