Jérusalem mobilise la rue et la diplomatie

À Beyrouth, plusieurs milliers de partisans du Hezbollah ont défilé dans le sud de la capitale libanaise, bastion du puissant mouvement chiite, allié de l’Iran et ennemi d’Israël et qui se veut l’un des champions de la cause palestinienne.
Photo: Bilal Hussein Associated Press À Beyrouth, plusieurs milliers de partisans du Hezbollah ont défilé dans le sud de la capitale libanaise, bastion du puissant mouvement chiite, allié de l’Iran et ennemi d’Israël et qui se veut l’un des champions de la cause palestinienne.

Des manifestations ont eu lieu lundi au Moyen-Orient pour la cinquième journée de suite contre la reconnaissance américaine de Jérusalem comme capitale d’Israël, un sujet qui continuait à occuper l’agenda diplomatique.

À Beyrouth, plusieurs milliers de partisans du Hezbollah ont défilé dans le sud de la capitale libanaise, bastion du puissant mouvement chiite, allié de l’Iran et ennemi d’Israël et qui se veut l’un des champions de la cause palestinienne. « Jérusalem est à nous », proclamaient de nombreuses pancartes.

À Téhéran, en Iran, quelques centaines de conservateurs ont brûlé des portraits de Donald Trump et des drapeaux américain et israélien.

Dans les Territoires palestiniens, des dizaines de jeunes, le visage ceint du foulard traditionnel pour beaucoup, ont incendié des pneus et lancé des pierres sur les soldats israéliens à la sortie de Ramallah, en Cisjordanie occupée. Les soldats israéliens ont riposté à coups de gaz lacrymogènes, de projectiles en caoutchouc et, sporadiquement, à balles réelles. Plusieurs jeunes ont été blessés, selon des photographes de l’AFP.

L’armée israélienne a mené en soirée des frappes et des bombardements contre des positions du mouvement islamiste Hamas dans la bande de Gaza, après des tirs de roquette en provenance de l’enclave palestinienne.

Les heurts avec les soldats israéliens ont fait 27 blessés, atteints par des projectiles en caoutchouc ou des balles réelles en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, a rapporté le Croissant-Rouge.

Mais la protestation, qui a coûté la vie à quatre Palestiniens et fait des centaines de blessés depuis jeudi, donnait des signes d’essoufflement.

En reconnaissant unilatéralement le 6 décembre Jérusalem comme la capitale d’Israël, M. Trump a déclenché des manifestations quotidiennes dans le monde musulman, la colère des dirigeants palestiniens et une réprobation quasiment unanime de la communauté internationale, toujours préoccupée lundi des retombées dans une région en plein tumulte.

Lors d’une visite au Caire, le président russe, Vladimir Poutine, a critiqué le caractère « déstabilisateur » de la décision de son homologue Donald Trump. Il a appelé à « une reprise immédiate des négociations directes israélo-palestiniennes sur tous les sujets disputés, y compris le statut de Jérusalem ».

Ce qu’il faut maintenant, ce sont des décisions palestiniennes et arabes audacieuses

 

Se trouvait également dans la capitale égyptienne le président palestinien, Mahmoud Abbas, qui a rencontré son homologue égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi. À l’issue de leur rencontre, M. Sissi a réaffirmé « la nécessité de préserver le statut juridique » de Jérusalem, et l’engagement de son pays à poursuivre son soutien aux Palestiniens pour l’établissement de « leur État indépendant avec Jérusalem-Est comme capitale », selon un communiqué du porte-parole de la présidence Bassam Radi.

La chef de la diplomatie de l’Union européenne, Federica Mogherini, qui a reçu plus tôt à Bruxelles le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, a répété la position européenne selon laquelle la solution dite à deux États, c’est-à-dire la création d’un État palestinien coexistant avec Israël, chacun ayant Jérusalem pour capitale, restait la seule valable pour résoudre le conflit.

« Jérusalem est la capitale d’Israël, personne ne peut le nier », a affirmé M. Nétanyahou à Bruxelles. Ce qu’a fait le président Trump « traduit carrément les faits », et tous les pays européens emboîteront le pas, a-t-il assuré.

« Il peut garder ses attentes pour d’autres, parce que, du côté des États membres de l’Union européenne, ce geste ne viendra pas », a vertement répliqué Mme Mogherini.

Les dirigeants palestiniens cherchent, eux, à rallier la communauté internationale et le monde arabe. Pour eux, M. Trump, affichant un parti pris outrancièrement pro-israélien, préempte ce qui devrait relever de la négociation. Les Palestiniens revendiquent Jérusalem-Est comme la capitale de l’État auquel ils aspirent.

« Ce qu’il faut maintenant, ce sont des décisions palestiniennes et arabes audacieuses », a dit Nabil Abou Roudeina, le porte-parole du président palestinien avant la rencontre de ce dernier avec le président égyptien.

L’Égypte est le premier — et l’un des deux seuls à ce jour — pays arabe à avoir fait la paix avec Israël.

La décision de M. Trump a aussi glacé les relations entre Israël et la Turquie. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui tente de s’imposer comme le héraut de la cause palestinienne, a reçu ce lundi le président russe, deux jours avant la tenue en Turquie d’un sommet de l’Organisation de la coopération islamique au sujet de Jérusalem.

Les deux dirigeants ont averti lors d’une conférence de presse que la décision américaine sur Jérusalem risquait d’accroître les tensions au Moyen-Orient.

3 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 12 décembre 2017 09 h 20

    Stop à la colonisation!


    Première décision absolument obligatoire d'Israël: une annonce officielle et immédiate que toute nouvelle colonisation à Jérusalem-Est et en Cisjordanie est arrêtée. Autrement tout ce qui vient de se passer n'est que du grenouillage et du mauvais théàtre.


    Michel Lebel

    • Raymond Labelle - Abonné 12 décembre 2017 10 h 53

      Trump fait cette faveur à Israël alors qu'Israël continue la colonisation sans gêne et sans que Trump ne demande pas quoi que ce soit quant à cette colonisation...

      Les mots me manquent.

    • Raymond Labelle - Abonné 12 décembre 2017 10 h 55

      Et ceci, dans une région qui est une véritable poudrière, quand les EU devraient avoir un rôle plus équilibré entre les parties pour au moins garder une possibilité de négociation, aussi éloignée puisse-t-elle sembler être pour l'instant.

      Les mots me manquent.