La guerre en Syrie a fait plus de 340 000 morts depuis 2011

Un camion sillonne les rues dévastées d'un quartier rebelle de Daraa, une ville dans le sud de la Syrie, le 16 novembre dernier.
Photo: Mohamad Abazeed Agence France-Presse Un camion sillonne les rues dévastées d'un quartier rebelle de Daraa, une ville dans le sud de la Syrie, le 16 novembre dernier.

Beyrouth — Plus de 340 000 personnes, dont plus de 100 000 civils, ont été tuées depuis le début de la guerre en Syrie en 2011, a indiqué vendredi par l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Ce nouveau bilan est annoncé à l’heure où plusieurs puissances étrangères intensifient leurs efforts diplomatiques pour tenter de mettre un terme à ce conflit meurtrier, et à quelques jours d’un nouveau cycle de pourparlers de paix sous l’égide de l’ONU à Genève.

L’Observatoire, qui dispose d’un vaste réseau de sources dans le pays en guerre, a documenté la mort de 343 511 personnes sur le territoire syrien entre la mi-mars 2011 et le début du mois de novembre 2017.

Parmi elles figurent 102 618 civils, dont près de 19 000 enfants et 12 000 femmes, a précisé la même source à l’AFP.

Selon l’OSDH, plus de 119 000 membres des forces progouvernementales ont été tués, dont 62 000 soldats syriens et 1556 membres du Hezbollah libanais.

Par ailleurs, quelque 59 000 combattants des factions rebelles et des Forces démocratiques syriennes (FDS) — une alliance arabo-kurde soutenue par Washington — ont été tués.

Parmi les morts figurent également plus de 62 200 combattants des différents groupes djihadistes, une augmentation de 4000 morts par rapport au dernier bilan de l’OSDH publié en juillet.

Au cours des quatre derniers mois, environ 12 000 personnes ont été tuées sur l’ensemble du territoire syrien, dont 3001 civils.

Accord de « désescalade »

Un accord de « désescalade » a été conclu en mai, apportant un calme relatif dans certaines zones du pays, mais la violence a explosé ailleurs.

« Même si les accords de désescalade ont fait diminuer le bilan des victimes civiles, les violentes offensives contre [le groupe] EI dans d’autres zones ont fait que les civils mouraient au même rythme », affirme le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

Les forces du régime soutenues par la Russie et des combattants syriens, notamment kurdes, appuyés par les États-Unis ont mené ces derniers mois des offensives distinctes contre le groupe État islamique (EI), notamment à Raqa (nord) et à Deir Ezzor (est).

Déclenché en 2011 avec la répression de manifestations pacifistes par le régime, le conflit en Syrie s’est complexifié au fil des ans avec l’implication de pays étrangers et de groupes djihadistes, sur un territoire de plus en plus morcelé.

4 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 25 novembre 2017 00 h 21

    quelle race dégénérée

    Et pourtant ce sont des humains, les victimes comme les agresseurs, peut d'espèces sont aussi violents, quelle race dégénérée sans vertue et sans noblesse et dire que certains se croient unique et a l'image d'un être divin, quelle bulshit

  • Jean-Paul Carrier - Abonné 25 novembre 2017 22 h 56

    Un Vendredi de Dignité (1 de 3)

    Il faut remonter plusieurs décennies pour vraiment comprendre cette tragédie humaine. Un point d’entrée, cependant, le “Printemps arabe” et l’innocente implication de quinze enfants.
    Un petit acte de défi qui a catapulté la Syrie en première ligne de la révolution arabe. Il ne venait pas de l'opposition organisée à Damas ou à Alep des semaine et mois précédents, mais de graffitis de quinze écoliers d’une ville frontalière pauvre et délabrée à mi-chemin du désert, Daraa. Le 6 mars 2011, influencés par le slogan des révolutions au Caire et à Tunis, munit de canettes de peinture ils écrivirent sur un mur et un silo à grains à Daraa : "As-Shaab / Yoré / Eskaat el nizam!": "Le peuple / veut / renverser le régime!"
    Rapidement la police secrète locale arrêta les 15 garçons âgés de 10 à 15 ans ; ils furent battus et ensanglantés, brûlés, et leurs ongles arrachés. Plusieurs de ceux-ci appartenaient à de grandes familles de Daraa: les Baiazides, les Gawabras, les Masalmas et les Zoubis ; une société tribale du sud de la Syrie où la loyauté et l'honneur de la famille sont profonds.
    Avec les garçons toujours en prison, le 18 mars, plusieurs groupes de jeunes ont planifié le « VENDREDI DE LA DIGNITÉ ». Lords de cette manifestation pacifique, trois manifestants furent tués après que la sécurité ait ouvert le feu sur la foule demandant libération des enfants déclenchant par le fait même une querelle fatale.
    Finalement les 15 enfants furent libérés après avoir passé deux semaines en prison. Mais les marques de torture n'ont fait qu'alimenter la colère des chefs tribaux locaux.
    "Quand les gens ont vu le sang, ils sont devenus fous, nous appartenons tous à des tribus et à de grandes familles et pour nous le sang est un problème très, très grave", a déclaré Ibrahim, un parent de l'un des garçons arrêtés. "Nous demandions de manière pacifique à libérer les enfants, mais leur réponse à nous était des balles" (The Daily Start, 18 March 2011)

  • Jean-Paul Carrier - Abonné 25 novembre 2017 23 h 02

    Un Vendredi de Dignité (2 de 3)

    Aux premières heures du 23 mars, les forces de sécurité ont pris d'assaut la mosquée Omari où on avait transporté les blessées des jours précédents, les forces de sécurité ayant empêché les ambulances de transporter les blessés à l'hôpital. Les troupes ont ouvert le feu, tuant cinq personnes, dont un médecin qui travaillait pour soigner les blessés des manifestations précédentes.
    Dès lors les manifestations de Daraa connurent une croissance exponentielle. Les funérailles de ceux qui ont été tués un jour plus tôt se transforment en un rassemblement contre le régime où les forces de sécurité ouvrent le feu, tuant encore plus de manifestants. Au cours d'une semaine de manifestations à Daraa, au moins 55 personnes furent tuées. Partout dans le pays, l'engagement envers Daraa est devenu un chant unificateur : " Avec nos âmes, avec notre sang, nous nous sacrifions Daraa ".
    La suite est une augmentation de la violence, les manifestants se muant en combattant partout au pays. Les armes de poing tout comme les véhicules de combats affluent de toute part de l’extérieur de pays. Des soldats fuient le régime et se joignent aux “rebelles”. Refusant de tirer sur leurs concitoyens, des soldats sont tués par les forces de l’ordre. Suite à la mort de son père en 2010, Bachar Al-Assad, appuyé par la puissante machine d’oppression bâtie par celui-ci, il a continué d’étrangler son peuple. Des prisonniers politiques par millier, des exactions du groupe sous-terrain, mafiosos, les “Shahiba”, un groupe redoutable "fantôme" issu de la minorité alaouite, tout comme la famille Assad. Grâce à ceux-ci, à l’armée et la branche secrète de sécurité, Bachar Al Assad repoussa par la violence, la torture, le meurtre et la destruction systématique les demandes de son peuple pour plus de liberté et de dignité.

  • Jean-Paul Carrier - Abonné 25 novembre 2017 23 h 15

    Un Vendredi de Dignité (3 de 3)

    Les mois se succèdent d’une guerre civile et de proxy se complexifiant et entraînant la mort de centaines de milliers de citoyens, la destruction du pays, de son économie et des dommages sociaux innombrables. Une jeune génération dépourvue d’instruction, des enfants n’ayant connu que les affres de la guerre, des centaines de milliers de familles ayant tout perdu, femmes, hommes et enfant mutilés par les bombardements et combats. Et ce n’est pas fini.
    Se débarrasser de Bachar Al Assad n’est même pas envisageable. Un pays, soumis à une dictature acharnée pendant plus de 50 ans, est incapable d’offrir à son peuple une solution de rechange politique. Les factions opposantes ne pouvant s’organiser, aucune structure politique existante et une jalousie extrême de chacun en quête du pouvoir. Les multiples essais de coalition ont échoué. Ainsi, sans solution de rechange, le départ d’Assad créerait un vide politique et engendrerait une catastrophe encore pire, si cela est imaginable. Ce qui était un mouvement de liberté d’un peuple opprimé, un cri de désespoir, une prière au respect et à la dignité humaine s’est métamorphosé en une guerre intestine, un proxy des pays limitrophes, et finalement des radicaux islamiques. Un peuple décimé par la folie des hommes (un en particulier).