Armes chimiques: Moscou oppose son veto en Syrie

L’ambassadeur russe à l’ONU, Vassily Nebenzia, a rejeté toutes les critiques.
Photo: Jewel Samad Agence France-Presse L’ambassadeur russe à l’ONU, Vassily Nebenzia, a rejeté toutes les critiques.

Nations unies — La Russie a mis jeudi son veto à l’ONU à un projet de résolution rédigé par les États-Unis prolongeant d’un an le mandat des experts internationaux enquêtant sur l’utilisation des armes chimiques en Syrie.

Il s’agit du dixième veto russe concernant la Syrie, dont le régime est soutenu par la Russie.

« La Russie a tué le mécanisme d’enquête qui avait un soutien général dans ce Conseil, a dénoncé l’ambassadrice américaine, Nikki Haley. Le message est clair : la Russie accepte le recours aux armes chimiques en Syrie. »

« La France est consternée par ce résultat dû au veto russe », a abondé son homologue français, François Delattre. « La Russie a échoué à promouvoir la paix en Syrie » en « refusant d’être constructive » sur les textes discutés, a lancé l’ambassadeur britannique, Matthew Rycroft.

L’ambassadeur russe à l’ONU, Vassily Nebenzia, a rejeté toutes ces critiques, dénonçant notamment la « malhonnêteté » du Royaume-Uni, qui a parlé de « trahison ».

Le mandat du groupe des enquêteurs de l’ONU et de l’OIAC, appelé JIM, s’achevait jeudi à minuit. Selon certains diplomates, après le veto russe, des possibilités existent encore pour une prolongation technique de ce mandat le temps que les États-Unis et la Russie se mettent d’accord. Ce cas de figure s’était déjà produit l’an dernier.

Derrière cette question de l’avenir du JIM, c’est l’ensemble du régime de non-prolifération établi par les Nations unies pour interdire dans le monde le recours aux armes chimiques qui est en jeu, selon des diplomates.

Cela fait plusieurs semaines que le renouvellement du mandat du JIM était au centre d’un bras de fer entre Washington et Moscou, divisés sur le dernier rapport des experts onusiens et de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC).

Ils ont conclu fin octobre à l’implication d’un avion bombardier du régime syrien dans une attaque au gaz sarin commise le 4 avril à Khan Cheikhoun, qui a fait plus de 80 morts.

Le JIM, créé en 2015 sur une initiative américano-russe, examine des dizaines d’attaques chimiques présumées. En vertu d’un accord russo-américain survenu en 2013, les armes chimiques sont bannies de Syrie. Mais trois sites chimiques existent toutefois toujours dans le pays, selon l’OIAC.

En deux ans, le JIM a conclu que les forces syriennes, outre l’affaire de Khan Cheikhoun, avaient été responsables d’attaques au chlore dans trois villages en 2014 et 2015, et que le groupe EI avait utilisé du gaz moutarde en 2015.