Syrie: affamer les civils, une arme de guerre

Un nourrisson syrien souffrant de malnutrition sévère est porté par une infirmière dans une clinique de la ville rebelle de Hamouria, dans la région orientale de la Ghouta, à la périphérie de la capitale Damas, le 21 octobre 2017.
Photo: Amer Almohibany Agence France-Presse Un nourrisson syrien souffrant de malnutrition sévère est porté par une infirmière dans une clinique de la ville rebelle de Hamouria, dans la région orientale de la Ghouta, à la périphérie de la capitale Damas, le 21 octobre 2017.

Genève — L’ONU a condamné vendredi la « privation de nourriture délibérée de civils » comme tactique de guerre, après la publication de photos « choquantes » d’enfants squelettiques dans une région proche de Damas tenue par les rebelles et assiégée par l’armée syrienne.

Le Haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Zeid Ra’ad Al Hussein, a déclaré dans un communiqué que les photos étaient « une indication effrayante de la détresse de la population dans la Ghouta orientale », une région proche de la capitale syrienne qui vit sous le siège depuis 2013.

Le 21 octobre, l’AFP a publié la photo d’un nouveau-né d’à peine un mois, dans un état squelettique, qui est décédé quelques jours après dans une clinique de la ville de Hamouria, contrôlée par les rebelles qui luttent contre l’armée du président syrien, Bachar al-Assad.

« La privation de nourriture délibérée de civils comme méthode de guerre constitue une violation claire du droit humanitaire international », a averti M. Zeid.

Interrogé à savoir si le Haut-commissaire accuse le régime de Damas d’affamer délibérément des civils, son porte-parole Rupert Colville a déclaré : « Il évoque la possibilité que c’est ce qui est en train d’arriver. »

Près de 400 000 personnes vivent dans la Ghouta orientale, où l’aide humanitaire parvient au compte-gouttes en raison du siège de l’armée.

Résultat : les pénuries de nourriture et de médicaments se sont aggravées. Quand ils sont offerts sur les marchés, notamment grâce à la contrebande, les produits se vendent à prix d’or. Plus d’un millier d’enfants souffrent de malnutrition aiguë, a mis en garde l’UNICEF.

Depuis juillet, la Ghouta est une des quatre « zones de désescalade » instaurées en Syrie pour obtenir une trêve dans les combats, grâce à un accord entre la Turquie, soutien de la rébellion, et la Russie et l’Iran, alliés de Damas.

Mais le dernier convoi d’aide humanitaire à être entré dans la Ghouta remonte à la fin septembre. Il transportait de la nourriture et des aides médicales pour quelque 25 000 personnes.

M. Zeid a fait part de son « indignation » devant les souffrances des civils et a également reproché aux groupes armés rebelles dans la région d’entraver le travail des organisations humanitaires.

Attaque au gaz sarin : Moscou dénonce des « incohérences »

Moscou — Le rapport de l’ONU désignant le régime syrien comme responsable de l’attaque meurtrière au gaz sarin sur Khan Cheikhoun en avril comporte de multiples « incohérences » et des « témoignages douteux », a dénoncé vendredi la diplomatie russe. L’attaque sur Khan Cheikhoun, dans la province d’Idleb, a fait 83 morts, selon l’ONU, dont plus de 30 enfants, le 4 avril dernier. « La Syrie rejette catégoriquement le contenu du rapport. Ce rapport et celui qui l’a précédé ont falsifié la vérité et déformé les informations exactes sur ce qui s’est passé à Khan Cheikhoun », a indiqué de son côté un communiqué du ministère syrien des Affaires étrangères. « La Russie a constamment choisi de protéger Bachar al-Assad […]. Ce comportement ne fait que miner le consensus dans le monde contre l’utilisation des armes chimiques », a critiqué le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson. « J’appelle la Russie à arrêter de couvrir son odieux allié. »