Israël approuve un vaste projet pour colons au coeur de Jérusalem-Est

Une commission de la municipalité israélienne de Jérusalem a donné son feu vert à la construction de 176 nouveaux logements en plein quartier palestinien.
Photo: Ahmad Gharabli Agence France-Presse Une commission de la municipalité israélienne de Jérusalem a donné son feu vert à la construction de 176 nouveaux logements en plein quartier palestinien.

Israël a approuvé mercredi un vaste projet de logements pour des juifs en plein dans un quartier palestinien de Jérusalem-Est occupée. Les adversaires de la colonisation dénoncent un coup de plus porté à l’entreprise de paix mal en point.

Une commission de la municipalité israélienne de Jérusalem a donné son feu vert à la construction de 176 logements dans la colonie de Nof Zion, qui en compte déjà 91, dans le quartier palestinien de Jabal Moukaber, a indiqué à l’AFP Meïr Turjeman, un adjoint au maire.

L’extension ajouterait 13 nouveaux bâtiments, triplerait les dimensions de Nof Zion et en ferait la plus importante implantation juive au sein d’un quartier palestinien de Jérusalem, disent les organisations israéliennes anticolonisation.

La réalisation du programme est encore sujette au règlement de querelles sur des questions de propriété.

Mais « l’objectif premier de l’infiltration par les colons des quartiers palestiniens de la Vieille Ville et de ses alentours » est de faire obstacle à tout accord sur le statut de Jérusalem, l’une des questions les plus épineuses à résoudre pour parvenir à la paix entre Israéliens et Palestiniens, estime l’ONG Ir Amim.

Le développement de Nof Zion participe de la volonté du gouvernement israélien « d’imposer une solution de fait à un seul État », par opposition à une solution dite à deux États, qui verrait la création d’un État palestinien coexistant avec Israël, selon la dirigeante palestinienne Hanane Achraoui.

« Sans Jérusalem pour capitale de la Palestine, il n’y aura pas d’État palestinien, et sans État palestinien, il n’y aura ni paix ni stabilité dans la région », a-t-elle dit.

Un obstacle majeur à la paix

L’entreprise de paix est embourbée depuis plus de trois ans. La colonisation, illégale au regard du droit international, est considérée par une partie de la communauté internationale comme un obstacle majeur à la paix. Elle est d’autant plus épineuse à Jérusalem-Est que la ville est au coeur du conflit.

Israël a conquis la partie orientale de Jérusalem en 1967 et l’a annexée en 1980, avant de proclamer tout Jérusalem sa capitale indivisible. La communauté internationale n’a jamais reconnu l’annexion et considère Jérusalem-Est comme territoire occupé.

Les Palestiniens veulent faire de Jérusalem-Est la capitale de l’État auquel ils aspirent. Ils dénoncent une judaïsation de Jérusalem-Est, par les autorités israéliennes à force de programmes immobiliers, mais aussi de démolitions de maisons de Palestiniens dépourvus de permis de construire.

De quelques centaines en 1967, les juifs sont désormais environ 195 000 sur une population de 450 000 personnes à Jérusalem-Est.

« Nous continuons à construire et à renforcer Jérusalem », a déclaré plus tôt cette semaine le maire de Jérusalem Nir Barkat, anticipant l’approbation de Nof Zion. « Nous sommes en train de réunifier Jérusalem sur le terrain. »

La validation du projet de Nof Zion intervient une semaine après l’approbation de 2646 logements pour colons en Cisjordanie, territoire contigu à Jérusalem et occupé par l’armée israélienne.

Le poids politique des colons

Le premier ministre Benjamin Netanyahu, à la tête du gouvernement considéré comme le plus à droite de l’histoire d’Israël, assure qu’« aucun gouvernement n’a fait autant pour la colonisation que celui qu’[il] dirige ».

Non seulement la colonisation rogne les terres sur lesquelles les Palestiniens aspirent à former un Etat, mais en fragmentant la continuité des territoires, elle menace de rendre impossible la création d’un tel Etat, disent ses détracteurs.

À Jérusalem, elle ne se résume pas à la construction d’immeubles en périphérie, coupant la ville de la Cisjordanie, disent-ils. Elle se manifeste aussi, malgré les tensions que cela provoque, par des implantations au beau milieu de quartiers palestiniens, soit par une loi dite sur « les biens des absents », soit par l’achat de propriétés aux Palestiniens, y compris par l’intermédiaire d’hommes de paille ou de sociétés-écrans.

L’ONG Ir Amim s’alarme d’une multiplication, selon elle, des projets pour colons au coeur de Jérusalem-Est. Le cartographe palestinien Khalil Toufakji souligne, lui, la « position stratégique » de Nof Zion pour empêcher un éventuel partage de Jérusalem dans le cadre d’un règlement du conflit.

2 commentaires
  • Jean De Julio-Paquin - Abonné 25 octobre 2017 20 h 40

    Insoutenable silence

    Je suis absourdi qu'aujourd'hui aucune grande nation se comporte vis à vis Israël comme elle l'a fait contre l'apartheid en Afrique du Sud. Car il s'agit bien de la même chose. Ce silence des grandes nations m'afflige. C'est tout simplement injuste. S'il vous plait, un peu de collone vertébrale, un peu d'empathie et surtout du courage.

  • Colin Royle - Abonné 27 octobre 2017 19 h 34

    Canada et le droit international? À vous Justin Trudeau ...

    Faisant fi du droit international et de la 4e Convention de Genève, Israël étend encore davantage son système d'apartheid dans les terres volées aux Palestiniens. J'attends que le gouvernement canadien somme l'état sioniste de respecter le droit international, et d'abandonner tous ses projets criminels qui éloignent à tout jamais les possibilités de justice et paix en Palestine.