Le sort de l’accord nucléaire iranien en jeu à l’ONU

Donald Trump a rencontré lundi le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, qui a réitéré son aversion pour «l’épouvantable accord nucléaire avec l’Iran», dont il réclame l’annulation, ou au minimum la révision.
Photo: Evan Vuci Associated Press Donald Trump a rencontré lundi le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, qui a réitéré son aversion pour «l’épouvantable accord nucléaire avec l’Iran», dont il réclame l’annulation, ou au minimum la révision.

Le sort de l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien est au coeur des préoccupations de la semaine diplomatique à l’ONU, où les Européens tentent de convaincre Donald Trump de ne pas jeter aux orties un texte considéré comme crucial pour la non-prolifération.

Le président américain est sollicité de toutes parts à ce sujet. À l’occasion de l’Assemblée générale annuelle de l’ONU cette semaine, il a d’abord rencontré lundi le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, qui a réitéré son aversion pour « l’épouvantable accord nucléaire avec l’Iran », dont il réclame l’annulation, ou au minimum la révision.

M. Trump s’est ensuite entretenu avec son homologue français qui, à l’inverse, tentera de le convaincre de sauver un texte longtemps qualifié d’« historique ».

L’accord de Vienne, conclu le 14 juillet 2015 entre Téhéran et les grandes puissances (États-Unis, Grande-Bretagne, France, Chine, Russie et Allemagne) est pourtant plus que jamais remis en cause par le président américain, qui le qualifie d’« horrible » et a promis de le « déchirer ».

Arraché après plus d’une décennie de négociations sous tensions et entré en vigueur en janvier 2016, cet accord garantit la nature exclusivement pacifique du programme nucléaire iranien, en échange d’une levée progressive des sanctions internationales.

Or, une échéance cruciale s’approche : Donald Trump doit « certifier » mi-octobre auprès du Congrès que Téhéran se conforme bien à ses engagements, et certaines de ses déclarations laissent penser qu’il pourrait décider de ne pas le faire.

Cette non-certification, qui irait à l’encontre des conclusions de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) selon qui Téhéran respecte ses engagements, ouvrirait la voie à une réimposition des sanctions américaines. Et inquiète au plus haut point les autres signataires de l’accord.

Lundi, lors d’un entretien, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, et le président iranien, Hassan Rohani, « ont souligné l’importance d’une application pleine et réelle [du texte] par tous ses participants ».

« Si Trump ne certifie pas [que Téhéran respecte ses engagements], l’accord sera en très grand danger. On peut toujours arguer juridiquement qu’il n’est pas mort, mais politiquement, ce sera un signe fort », estime un haut diplomate européen.

Accord essentiel

« Il nous paraît essentiel de maintenir l’accord, et nous allons tenter de convaincre Trump de la pertinence de ce choix », a plaidé le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, lors d’un point de presse lundi matin à New York. Une remise en cause ouvrirait la voie à « une spirale de prolifération », a mis en garde le ministre, insistant sur le contexte déjà explosif avec la crise nord-coréenne.

La France, qui avait été l’un des pays les plus durs dans la négociation avec Téhéran, n’a cependant pas fermé la porte à une éventuelle discussion sur « l’après 2025 ». L’accord de Vienne est en effet d’une durée de dix ans concernant certaines dispositions, et au-delà de la « sunset clause », Téhéran pourra relancer une partie de ses activités.

« On peut compléter par un travail pour l’après 2025 », a déclaré M. Le Drian sans plus de détails, même si la plupart des signataires de l’accord, au premier rang desquels Téhéran, ont exclu toute renégociation du texte.

Téhéran accuse pour sa part les États-Unis de saper l’accord et le guide suprême iranien Ali Khamenei, qui a la haute main sur le dossier nucléaire, a martelé dimanche que l’Iran ne céderait pas aux « intimidations » de Washington.

Les États-Unis accusent la République islamique chiite de violer l’esprit du texte de 2015 et d’accroître son influence déstabilisatrice dans la région, en Syrie, au Liban ou au Yémen.

« Les dirigeants iraniens veulent utiliser l’accord nucléaire pour prendre le monde en otage », a ainsi martelé début septembre l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley.

« Nous avons une discussion compliquée avec le gouvernement américain, pour lui expliquer la conception de l’accord, lui répéter qu’il ne vise que le nucléaire et qu’on n’a jamais eu la prétention de régler tous les autres sujets », explique le haut diplomate européen. « Vouloir tout mélanger, c’est prendre le risque de tout perdre. À l’heure actuelle, la menace existentielle pour le monde, c’est la bombe. L’accord nucléaire n’est pas là pour résoudre les problèmes du Liban », ajoute cette source.

Outre l’Iran et la Corée du Nord, les échanges cette semaine devraient aussi porter sur le Myanmar et la manière de gérer au mieux les opérations de paix de l’ONU dans le monde.

Lundi matin, en prélude à cette semaine diplomatique traditionnellement riche, Donald Trump a fait approuver par près de 130 pays une déclaration politique visant à pousser l’ONU à se réformer. Selon lui, l’organisation est entravée depuis plusieurs années par sa « bureaucratie ».

À voir en vidéo