Human Rights Watch appelle à une commission d’enquête sur les disparus en Syrie

Une exposition organisée par Amnesty International à Beyrouth montre entre autres des dessins de l'artiste syrienne Azza Abu Rebieh, qui a représenté ses amis détenus ou kidnappés en Syrie.
Photo: Anwar Amro Agence France-Presse Une exposition organisée par Amnesty International à Beyrouth montre entre autres des dessins de l'artiste syrienne Azza Abu Rebieh, qui a représenté ses amis détenus ou kidnappés en Syrie.

Beyrouth — Une commission indépendante doit voir le jour pour enquêter sur le sort de milliers de disparus et identifier les charniers en Syrie, a plaidé mercredi l’organisation des droits humains Human Rights Watch.

« Une institution indépendante en charge d’enquêter sur le sort et le lieu où se trouvent les disparus, les membres de corps humains non identifiés et les charniers en Syrie doit être créée immédiatement », a indiqué HRW dans un communiqué.

L’appel de l’ONG a été lancé à l’occasion de la Journée internationale des victimes des disparitions forcées qui a lieu le 30 août.

Le sort des détenus

« Une paix durable en Syrie serait impossible si la question des détenus n’est pas résolue », a déclaré la militante syrienne et ancienne prisonnière Fadwa Mahmoud à l’AFP mercredi, en marge d’une exposition organisée par Amnesty International à Beyrouth, à l’occasion de cette journée internationale.

Son mari Abdelaziz al-Kheir et son fils Maher Tahan ont disparu en Syrie il y a près de cinq ans, et elle n’a plus de nouvelles depuis. Elle estime que les politiciens et les diplomates n’ont pas donné la priorité au sort des détenus.

« Cette question doit être centrale. Nous ne devons pas l’oublier — les détenus ne peuvent rien faire, alors nous devons agir », a-t-elle déclaré, tandis que des effets personnels de détenus syriens étaient exposés avec des témoignages de leurs propriétaires.

Le conflit en Syrie a commencé en mars 2011 par des manifestations pacifiques contre le régime qui, réprimées dans le sang, ont dégénéré en un conflit destructeur impliquant acteurs locaux et étrangers ainsi que des groupes djihadistes.

Disparitions forcées

Depuis, des dizaines de milliers de Syriens ont été portés disparus sur le territoire contrôlé par les différents belligérants, notamment dans les geôles du régime.

HRW a rappelé que « la Commission d’enquête de l’ONU sur la Syrie a révélé un recours à grande échelle du gouvernement syrien aux disparitions forcées qui pourraient être assimilées à un crime contre l’humanité ».

D’après l’ONG, ce sont les parrains internationaux des négociations de paix qui doivent veiller à ce que cette commission soit créée et pousser les belligérants qu’ils soutiennent à révéler le sort des disparus.

« La Syrie ne pourra pas aller de l’avant si les négociations ne parviennent pas à traiter la question des horreurs des détentions et des disparitions », a affirmé Sarah Leah Whitson, directrice exécutive de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à HRW.

La commission d’enquête « doit avoir un vaste mandat pour enquêter, y compris la consultation de registres officiels et l’interview de responsables », a précisé HRW.

Des milliers de militants pacifiques ont été arrêtés, notamment les premières années du conflit, et certains croupissent encore en prison, selon plusieurs ONG.

Début août, la mort d’un informaticien syrien connu, Bassel Khartabil Safadi, a été confirmée par sa famille, deux ans après son exécution par le régime. Il avait été arrêté en mars 2012 dans la foulée de la répression.