La Turquie lève le ton face aux combattants kurdes en Syrie

«Nous n’autorisons pas et n’autoriserons jamais la création d’un soi-disant État» par les milices kurdes en Syrie, a répété le président turc Recep Tayyip Erdogan.
Photo: Adem Altan Agence France-Presse «Nous n’autorisons pas et n’autoriserons jamais la création d’un soi-disant État» par les milices kurdes en Syrie, a répété le président turc Recep Tayyip Erdogan.

La Turquie « n’autorisera jamais » des milices kurdes qu’elle considère comme « terroristes » à créer un État kurde dans le nord de la Syrie, a déclaré mardi le président turc Recep Tayyip Erdogan.

« Nous n’autorisons pas et n’autoriserons jamais la création d’un soi-disant État par les PYD, YPG dans le nord de la Syrie », a affirmé M. Erdogan, s’exprimant à Ankara devant des élus de quartiers.

Quel est [l']objectif [des YPG]? Créer un corridor terroriste dans le nord de la Syrie qui rejoigne la mer Méditerranée.

La Turquie considère le Parti de l’union démocratique kurde (PYD) et sa branche armée, les Unités de protection du peuple kurde (YPG), comme une émanation en Syrie du Parti des travailleurs du Kurdistan turc (PKK), classé « organisation terroriste » par Ankara et ses alliés occidentaux.

Le PYD a proclamé en mars 2016 une administration semi-autonome dans le nord de la Syrie.

Les États-Unis sont alliés des YPG dans leur lutte contre le groupe État islamique (EI) et leur fournissent des armes, au grand dam de la Turquie qui craint la création d’une zone contrôlée par les Kurdes à sa frontière.

Elle a ainsi menacé à plusieurs reprises ces dernières semaines d’intervenir militairement, notamment dans le « canton » kurde d’Afrine, dans le nord-ouest de la Syrie.

La Turquie a déjà lancé une offensive terrestre dans le nord de la Syrie en août 2016 afin de repousser le groupe EI de sa frontière et empêcher la jonction des différentes zones contrôlées par les YPG.

« Quel est leur objectif ? Créer un corridor terroriste dans le nord de la Syrie qui rejoigne la mer Méditerranée », a poursuivi M. Erdogan, assurant que la Turquie combattra ces « organisations terroristes »« partout où nous les trouverons ».

Ces déclarations surviennent après une visite à Ankara la semaine dernière du chef d’État major iranien, Mohammad Bagheri, qui a notamment porté sur la lutte contre les rebelles kurdes.

Interrogé après cette visite sur une possible opération turco-iranienne contre les rebelles kurdes dans le nord de l’Irak, M. Erdogan a affirmé qu’une telle éventualité était « toujours à l’ordre du jour ».

La Turquie est par ailleurs vigoureusement opposée au référendum qui doit se tenir le 25 septembre sur l’indépendance du Kurdistan irakien, malgré les bonnes relations qu’elle entretient avec le leader kurde irakien Massoud Barzani.

Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu doit se rendre en Irak mercredi. Il y rencontrera le président irakien Fouad Masoum, le premier ministre Haider al-Abadi, mais aussi M. Barzani.

2 commentaires
  • Michaël Lessard - Abonné 22 août 2017 11 h 11

    Les États doivent le modérer. Erdogan n'est pas une boussole morale

    La bonne nouvelle d'abord : l'Allemagne, dégoûté par plusieurs actions récentes du gouvernement d'Erdogan en Turquie, a interdite l'exportation d'armes vers la Turquie. Ce n'est pas rien : il s'agit d'une énorme industrie (beaucoup d'argent).

    On parle ici des femmes kurdes qui ont combattu Daesh (ISIS/ISIL) !

    Les Kurdes du PYD sont en train de créer une fédération pluraliste (plusieurs religions, liberté d'opinion, etc.), respectueuses de la démocratie locale des peuples, prônant l'égalité femme/homme, etc. Imaginez, alors que la majorité est musulmane, elle adhère de plus en plus à des valeurs d'égalité femme/homme. Bref, c'est une des cultures politiques les plus progressistes et sympathiques (humanistes) existant dans la région!

    Sauf que Erdogan, ultra-nationaliste, les déteste à mort. Des Kurdes unis, en bon termes avec les autres États, est ressenti comme une menace à son pouvoir, étant donné que plusieurs Kurdes habitent aussi en Turquie.

    Les États doivent agir, communiquer, pour éviter le pire, car il serait une tradégie ignorable que soit écrasé ou massacré une des plus belles choses qui soit arrivée dans l'horreur récente (Daesh, Guerre civile syrienne, conflit international autour de cette guerre, etc.). La Russie, notamment, pourrait réussir à modérer Erdogan.

    - Reportage très réel et touchant recommandé :
    Her War: Women Vs. ISIS. Inside the training camp of an all-female Kurdish battalion
    https://www.youtube.com/watch?v=2EnWzbQ-qok [lien légal pour le copyright]

    • Michaël Lessard - Abonné 22 août 2017 13 h 08

      Erratum : tragédie ignoble (et non tradégie ignorable ?)