Vives tensions à Jérusalem

Des centaines de Palestiniens ont prié dimanche soir à l’extérieur de la Porte du lion, porte d’entrée vers la mosquée Al-Aqsa.
Photo: Ahmed Gharabli Agence Frane-Presse Des centaines de Palestiniens ont prié dimanche soir à l’extérieur de la Porte du lion, porte d’entrée vers la mosquée Al-Aqsa.

La semaine commence sous haute tension à Jérusalem. La crise de l’esplanade des Mosquées a dégénéré en violences meurtrières qui ont fait au moins huit morts au cours de la fin de semaine, à la veille d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU.

De nouvelles caméras de sécurité ont été installées autour de ce site religieux de la plus haute importance. Le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, a réuni son cabinet de sécurité dimanche soir pour examiner la situation.

Cinq Palestiniens ont été tués dans des affrontements dans la partie orientale de Jérusalem et en Cisjordanie occupée, et des centaines d’autres ont été blessés. Une attaque dans un domicile d’une colonie juive de Cisjordanie a fait trois morts du côté israélien.

Une fusillade dans l’enceinte de l’ambassade israélienne à Amman, en Jordanie, a également ravivé les inquiétudes d’un débordement dans la région. Deux Jordaniens sont morts et un Israélien a été blessé, a rapporté dimanche soir l’agence officielle de presse Petra. Les informations préliminaires ne permettent toutefois pas de savoir si l’incident est lié aux tensions à Jérusalem. Le site ultra-délicat de l’esplanade des Mosquées est géré par la Jordanie ; ses entrées sont contrôlées par Israël.

Le Conseil de sécurité de l’ONU, convoqué en réunion d’urgence ce lundi, pourrait tenter de calmer le jeu et de faire revenir Israël sur sa décision d’installer des détecteurs de métal autour de l’endroit le plus délicat de toute la Terre sainte.

La crise de l’esplanade des Mosquées a débuté le 14 juillet dernier. Trois citoyens arabes d’Israël ont tué par balles deux policiers israéliens, avant d’être pourchassés et abattus sur cette place, troisième lieu saint de l’islam. Le site a été immédiatement interdit d’accès, une mesure exceptionnelle même si l’esplanade est au coeur du conflit israélo-palestinien qui dure depuis cinq décennies.

L’endroit n’a été rouvert par Israël que deux jours plus tard, le dimanche 16 juillet, entouré de portiques et de barrières de sécurité. Ces installations représentent une « humiliation inacceptable » pour le mufti de Jérusalem, l’autorité sunnite, et pour les organisations palestiniennes. Ils ont appelé au boycottage.

Peu d’horizon politique

Après une semaine de protestations, qui se sont intensifiées au cours des derniers jours, les Palestiniens refusent toujours d’entrer sur le site à cause de ces mesures de sécurité supplémentaires.

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a annoncé dès vendredi qu’il rompait les « liens à tous les niveaux » avec Israël. Ses précisions de dimanche, indiquant qu’il confirmait la suspension de la coordination sécuritaire, ont fait craindre une escalade rapide des tensions.

Quelques quotidiens locaux ont même évoqué le spectre d’une nouvelle intifada et d’un soulèvement massif palestinien. En 2000, la visite d’Ariel Sharon, alors leader de l’opposition, avait contribué à déclencher la seconde Intifada. Le site religieux se trouve à Jérusalem-Est, partie de la vieille ville annexée et occupée par Israël depuis 1967. Il est également révéré par les juifs comme le mont du Temple.

« Les décideurs israéliens ont ignoré les avertissements de l’effusion de sang », titre par exemple Haaretz. Un autre éditorialiste de ce quotidien israélien de gauche poursuivait, aussi critique : « La crise de l’esplanade des Mosquées prouve qu’Israël reconsidère ses actions seulement après que du sang est versé. »

L’esplanade est donc une véritable poudrière, car son accès est primordial pour la foi des Palestiniens, autant que pour leur fierté. La mosquée Al-Aqsa est de la plus haute importance pour les musulmans, explique le professeur de science politique Sami Aoun. Troisième sanctuaire en importance dans l’islam, après La Mecque et Médine, il a l’envergure des plus grandes cathédrales de l’Empire byzantin et des mosquées de Damas.

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La mosquée Al-Aqsa est le troisième sanctuaire en importance dans l’islam, après La Mecque et Médine.

Les Palestiniens pouvaient s’y rendre à toute heure du jour pour prier. Ils craignent maintenant qu’Israël ne révise le statu quo. « Les juifs les plus traditionalistes considèrent que les ruines du temple de Salomon se trouvent sous la grande bâtisse, d’où des soupçons que des radicaux pourraient profiter de l’occasion pour démolir cette mosquée », explique M. Aoun.

Malgré l’agitation diplomatique, ce spécialiste du Moyen-Orient ne voit pas d’issue autre que l’apaisement. Le Quartet pour le Moyen-Orient (Union européenne, ONU, États-Unis, Russie) a d’ailleurs appelé à « une retenue maximale » dimanche. L’envoyé des États-Unis, Jason Greenblatt, doit également se trouver en Israël dès aujourd’hui.

« Nous sommes cependant devant une crise de plus en plus structurelle, organique », analyse Sami Aoun. Israël fera difficilement des concessions : ses autres fronts (Liban, Syrie, Jordanie, Égypte) sont « calmes et froids » ; le rapport stratégique et géopolitique est en sa faveur.

Même le scénario d’une résolution du conflit avec une solution à deux États est devenu hautement improbable. Le président américain, Donald Trump, contrairement à son prédécesseur, s’en est d’ailleurs distancié aussitôt arrivé à la Maison-Blanche.

Chez les Palestiniens, la division politique est telle que les négociateurs potentiels sont « pris dans leur propre spirale de rivalité, de compétition, ce qui affaiblit beaucoup leur leadership ». D’un côté, le Fatah de Mahmoud Abbas en Cisjordanie reste dans un cul-de-sac, et de l’autre, le Hamas qui gouverne Gaza paierait cher le prix d’une mobilisation violente. Les services de sécurité israéliens ont annoncé avoir arrêté 25 membres du Hamas dimanche.

Le professeur Aoun ne croit donc pas que ces « démonstrations de force pourraient déboucher sur un déverrouillage du conflit ». Surtout dans un contexte où ce « problème organisationnel » est profond pour les pays arabes de la région.

Le secrétaire général de la Ligue arabe a tout de même accusé Israël de « jouer avec le feu » et de vouloir « provoquer une grave crise dans le monde arabe et musulman ».

Syrie, Libye, Yémen, Irak, Égypte, Liban, pays du Golfe : « Ils sont tous pris au quotidien par leurs propres problèmes », avertit M. Aoun. Un « glissement de l’ennemi » historique s’opère également d’Israël à l’Iran, note-t-il. La cause palestinienne n’est plus aussi mobilisatrice et décisive, mais les violences et la résistance, elles, sont toujours bien réelles.

3 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 24 juillet 2017 05 h 15

    Que vise-t-on au juste ?

    « Le Conseil de sécurité de l’ONU, convoqué en réunion d’urgence ce lundi, pourrait tenter de calmer le jeu et de faire revenir Israël sur sa décision » (Sarah R. Champagne, Le Devoir, avec l’AFP)

    Bien sûr que oui, mais pourquoi inviter Israël à relaxer ses mesures de sécurité ?

    Cherche-t-on à l’empêcher d’assumer ses responsabilités devant-derrière des évènements du 14 juillet dernier ?

    Que vise-t-on au juste ? - 24 juillet 2017 -

  • Richard Lupien - Abonné 24 juillet 2017 09 h 50

    Responsabilités

    Une des responsabilités du gouvernement qui occupe les territoires palestiniens est de respecter les résolutions de l'ONU, une d'elles interdit la construction en ces territoires d'habitations permanentes.

    Richard Lupien

    • Serge Lamarche - Abonné 24 juillet 2017 13 h 50

      Israel est voué à l'échec à long terme. Le pays n'est pas démocratique.