Reprise des pourparlers de paix avec l’espoir d’«avancées»

L’envoyé spécial de l’ONU chargé du dossier syrien, Staffan de Mistura
Photo: Salvatore Di Nolfi Associated Press L’envoyé spécial de l’ONU chargé du dossier syrien, Staffan de Mistura

Les pourparlers de paix sur la Syrie ont repris lundi à Genève sous la houlette de l’ONU, avec l’espoir de réaliser « certaines avancées » alors que le conflit ravage le pays depuis six ans.

« Nous n’attendons pas une percée […] mais certaines avancées, oui », a déclaré aux médias Staffan de Mistura, l’envoyé spécial de l’ONU responsable du dossier syrien, qui s’évertue depuis des années à trouver une solution à la crise syrienne.

S’exprimant lors d’une conférence de presse à l’issue de la première journée de discussions, le diplomate italo-suédois a jugé que « les possibilités de progrès sont plus élevées que dans le passé ». « Les astres commencent à être favorables », a-t-il déclaré.

« Nous assistons peut-être à une phase de simplification du conflit le plus complexe qui existe actuellement », a-t-il ajouté, mentionnant l’accord russo-américain sur un cessez-le-feu dans le sud de la Syrie et la victoire sur le groupe État islamique (EI) à Mossoul en Irak, alors qu’au même moment, les forces antidjihadistes tentent de reprendre Raqqa au groupe EI.

Il a espéré que cette « simplification » du conflit aboutisse à une « désescalade », suivie d’une « stabilisation » de la situation après la reconquête attendue de Raqqa, principal bastion du groupe EI en Syrie.

Le round, qui devrait se tenir jusqu’au 14 juillet, a commencé lundi dans la matinée par une rencontre entre M. de Mistura et la délégation du gouvernement syrien. Le médiateur de l’ONU a ensuite rencontré, lors d’un même déjeuner de travail, les différents représentants de l’opposition, dont ceux du Haut Comité syrien pour les Négociations (HCN).

Les négociations de Genève sont de plus en plus éclipsées par des discussions à Astana, au Kazakhstan, qui sont chapeautées par la Russie et l’Iran, alliés de Damas, ainsi que la Turquie, soutien de la rébellion.

Et dimanche, le cessez-le-feu négocié par les États-Unis, qui soutiennent certains rebelles, la Russie et la Jordanie, est entré en vigueur dans le sud de la Syrie (provinces de Soueida, Deraa et Qouneitra), là encore hors du cadre de Genève. Cet accord a « de fortes possibilités de devenir une vraie réalité sur le terrain », a déclaré M. de Mistura, soulignant qu’il pourrait notamment « aider à réduire la tension dans une zone qui commençait à être tendue ».

Il a espéré qu’« un accord sera conclu dès que possible » pour les autres zones qui ont fait l’objet de discussions à Astana car « cela pourra représenter un soutien significatif au processus politique ».

Cette guerre syrienne a fait depuis 2011 plus de 320 000 morts et jeté sur les routes plus de la moitié de la population.

Les discussions de Genève sont axées sur quatre points : la rédaction d’une nouvelle Constitution, la gouvernance — terme flou pour évoquer une transition politique —, la tenue d’élections et la lutte contre le terrorisme.

Le dernier round de négociations s’était achevé en mai dernier avec peu d’avancées. Staffan de Mistura avait expliqué que « d’importants différends » persistaient sur des « questions majeures ».

L’opposition syrienne a longtemps insisté sur le départ du président Bachar al-Assad dans toute solution politique au conflit. Pour le régime, il n’en est pas question.

Au vu de ces profondes divergences, Yehia al-Aridi, un porte-parole du HCN qui rassemble des groupes-clés de l’opposition, a confié avoir de « modestes attentes » pour ce nouveau round.

Les pourparlers de Genève ont débuté en 2014, et se sont poursuivis depuis de façon intermittente avec de maigres résultats.

Depuis janvier, la concurrence est rude avec l’autre cycle de pourparlers organisé par la Russie, l’Iran et la Turquie dans la capitale du Kazakhstan. Ces trois pays se sont mis d’accord en mai sur la mise en place de quatre zones de « désescalade » en vue d’un cessez-le-feu durable, mais ont échoué à s’entendre sur les détails nécessaires à l’application de ce plan.

Sur le terrain, après le calme qui a régné dimanche dans le sud de la Syrie au premier jour du cessez-le-feu conclu entre les États-Unis et la Russie, le régime syrien a lancé lundi une attaque contre les rebelles dans une province du sud du pays malgré la trêve, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Un média d’État a affirmé que l’assaut était dirigé contre des djihadistes.

La guerre a coûté 226 milliards

Beyrouth — Les six années de conflit en Syrie ont ravagé ses infrastructures et engendré des pertes à son économie de l’ordre de 226 milliards de dollars, selon des estimations de la Banque mondiale (BM) publiées lundi. La guerre dévastatrice a fait plus de 320 000 morts et déplacé plus de la moitié de la population depuis son déclenchement en mars 2011. Mais la BM estime que l’ampleur de la destruction va bien au-delà des seuls bilans des morts et des infrastructures endommagées.

« La guerre en Syrie taille en pièces le tissu social et économique du pays », a déclaré le vice-président pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à la BM, Hafez Ghanem. « Le nombre de victimes est dévastateur, mais la guerre détruit aussi les institutions et les systèmes dont les sociétés ont besoin pour fonctionner, et les réparer sera un plus grand défi que la reconstruction en soi des infrastructures, un défi qui ne fait que grandir au fur et à mesure que la guerre se poursuit », a-t-il dit. Selon le rapport de la BM, les pertes cumulées du PIB depuis 2011 « ont été estimées à 226 milliards de dollars [environ 200 milliards d’euros], soit à peu près quatre fois le PIB de la Syrie en 2010 ». L’institution rapporte encore que le conflit a endommagé ou détruit 27 % du parc de logements, et environ la moitié des centres médicaux et d’éducation. Selon la BM, quelque 538 000 emplois ont disparu annuellement entre 2010 et 2015.

Par ailleurs, plus de trois Syriens en âge de travailler sur quatre — soit environ 9 millions de personnes — soit ne travaillent pas, soit ne sont inscrits ni à l’école ni dans un centre de formation. « Les conséquences à long terme de cette inactivité seront une perte collective du capital humain menant à une pénurie des compétences en Syrie. »

Les dommages infligés au secteur de la santé ont eu également des effets dévastateurs, selon le rapport qui note que plus de personnes seraient mortes des suites de l’effondrement du système médical plutôt que des combats. « L’écroulement des systèmes qui organisent la société et l’économie, ainsi que la confiance entre les gens, a eu un plus grand impact économique que la destruction physique des infrastructures », indique la BM.

Le rapport a estimé que si le conflit devait prendre fin cette année, le PIB pourrait récupérer en quatre ans 41 % de son niveau d’avant le conflit. Un chiffre qui bien entendu diminue chaque année supplémentaire de guerre.