L’UNESCO inscrit Hébron sur sa liste du patrimoine mondial

Hébron abrite une population de 200 000 Palestiniens et de quelques centaines de colons israéliens, retranchés dans une enclave protégée par des soldats près du lieu saint que les juifs appellent tombeau des Patriarches et les musulmans mosquée d’Ibrahim.
Photo: Zhazem Bader Agence France-Presse Hébron abrite une population de 200 000 Palestiniens et de quelques centaines de colons israéliens, retranchés dans une enclave protégée par des soldats près du lieu saint que les juifs appellent tombeau des Patriarches et les musulmans mosquée d’Ibrahim.

Varsovie — L’UNESCO a déclaré vendredi la vieille ville d’Hébron, en Cisjordanie occupée, « zone protégée » du patrimoine mondial en tant que site « d’une valeur universelle exceptionnelle en danger », s’attirant les foudres d’Israël.

L’UNESCO a inscrit la vieilleville d’Hébron sur deux listes : celle du patrimoine mondial et celle du patrimoine en péril. Cette question était l’enjeu d’un affrontement diplomatique acerbe entre Palestiniens et Israéliens.

Le vote de vendredi est « un succès dans la bataille diplomatique menée par les Palestiniens sur tous les fronts face aux pressions israéliennes et américaines », s’est aussitôt félicité le ministère palestinien des Affaires étrangères dans un communiqué. « Malgré une campagne israélienne frénétique qui a consisté à répandre des mensonges et à distordre les faits concernant les droits des Palestiniens, le monde a reconnu notre droit d’inscrire Hébron et la mosquée d’Ibrahim sous souveraineté palestinienne », a affirmé le ministère palestinien.

« Une autre décision délirante de l’UNESCO. Cette fois-ci, ils ont estimé que le tombeau des Patriarches à Hébron est un site palestinien, ce qui veut dire non juif, et que c’est un site en danger », a déclaré au contraire le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, dans une vidéo diffusée par ses services et mise en ligne sur sa page Facebook.

Le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Emmanuel Nahshon, avait auparavant qualifié la décision de l’UNESCO de « souillure morale ».

Photo: Hazem Bader Agence France-Presse À Hébron se dresse un lieu saint que les juifs appellent Tombeau des Patriarches et les musulmans mosquée d’Ibrahim.

Douze membres du comité réuni à Cracovie, dans le sud de la Pologne, ont voté pour l’inscription, six se sont abstenus et trois ont voté contre. Vu l’abstention, la majorité requise était de 10 voix.

L’ambassadeur d’Israël auprès de l’UNESCO, Carmel Shama-Hacohen, intervenant immédiatement après le vote, a lancé une violente diatribe contre le résultat, comme il l’avait fait déjà mardi dernier, lorsque le comité avait maintenu la vieille ville de Jérusalem sur la liste des sites en danger et que la représentante de Cuba avait demandé — comme lui venait de le faire pour les victimes de l’Holocauste — une minute de silence pour les victimes palestiniennes du conflit.

Vendredi, son discours très émotionnel a été souvent interrompu par la sonnerie de son cellulaire. M. Shama-Hacohen a utilisé cet incident pour flétrir encore une fois le vote. « Monsieur le Président, c’est le plombier dans mon appartement à Paris. Il y a un gros problème au cabinet de toilette. Et c’est beaucoup plus important que la décision que vous venez d’adopter », a-t-il lancé, avant de partir.

Les États-Unis ont également vigoureusement rejeté cette résolution la qualifiant d’« affront à l’histoire ». L’ambassadrice américaine auprès des Nations unies, Nikki Haley, a affirmé que cette initiative « discrédite encore plus une agence onusienne déjà hautement discutable » et a promis de réévaluer les relations avec l’UNESCO.

Le Canada critique

Les délégués du Canada et des États-Unis — qui ne font pas partie du comité du patrimoine mondial — ont également critiqué la résolution, jugeant en substance qu’elle ne favorise pas les efforts de paix. Le représentant du Centre Simon-Wiesenthal — seule organisation non gouvernementale juive accréditée auprès de l’UNESCO — a déploré la« politisation » du dossier.

Les relations entre l’UNESCO et Israël sont très mauvaises depuis 2011, date de l’admission de la Palestine comme membre à part entière, un progrès vers sa reconnaissance internationale en tant qu’État. Les États-Unis et Israël ont alors suspendu leur contribution financière à l’agence onusienne.

Ce conflit permanent est alimenté surtout par la question de Jérusalem, lieu saint des trois religions monothéistes. Israël y voit sa capitale indivisible, tandis que l’UNESCO taxe l’État hébreu de « puissance occupante ». Quant à Hébron, le gouvernement israélien refuse d’autoriser les missions de chercheurs de l’UNESCO à s’y rendre.

Hébron abrite une population de 200 000 Palestiniens et de quelques centaines de colons israéliens, retranchés dans une enclave protégée par des soldats près du lieu saint que les juifs appellent tombeau des Patriarches et les musulmans mosquée d’Ibrahim.

Les Palestiniens estiment que le site est menacé en raison d’une montée « alarmante » du vandalisme contre des propriétés palestiniennes dans la vieille ville, qu’ils attribuent aux colons israéliens.

Les responsables israéliens estiment pour leur part que la résolution sur Hébron nie une présence juive de 4000 ans.

Le tombeau des Patriarches à Hébron abriterait la dépouille d’Abraham, père des trois religions monothéistes, de son fils Isaac, de son petit-fils Jacob et de leurs épouses Sarah, Rebecca et Léa.

Selon l’UNESCO, la liste du patrimoine mondial en péril est conçue pour informer la communauté internationale des menaces (conflits armés, catastrophes naturelles, urbanisation sauvage, etc.) pesant sur les sites et les biens protégés et pour « encourager la mise en oeuvre de mesures correctives ».

3 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 7 juillet 2017 18 h 30

    Franchement !

    « Pas un site juif ? Qui est enterré là ? Abraham, Isaac et Jacob. Sarah, Rebecca, et Léa. Nos pères et nos mères [bibliques] » (Benjamin Nétanyahou, premier ministre, Israël)

    Si Hébron devient un site pro-palestinien protégé mondialement, l’UNESCO est-il capable de prouver l’existence des Palestiniens au moment de la création dudit site ?

    Non ou oui ?

    Franchement ! - 7 juillet 2017 -

  • Bernard Terreault - Abonné 8 juillet 2017 10 h 09

    Juifs et Palestiniens, du pareil au même

    L'Hébreu et L'Arabe sont des langues de la même famille et comptent bien des mots similaires. Juifs et Arabes vénèrent Abraham et se réclament de lui. Les actuels Palestiniens sont les descendants de gens qui sont installés là depuis 3000 ans ou plus, et certains ont de lointains ancêtres Juifs. Et les colons Juifs, eux, partis d'Europe au 20ième siècle, ont parmi leurs ancêtres des chrétiens : les mariages et les unions moins formelles entre hommes et femmes de religion différente ça se produit, à preuve ces Hassidims aux mèches blondes et aux yeux bleus! Les Israéliens auraient intérêt à faire la paix avec leurs voisins plutôt que de s'imposer militairement, car les États-Unis ne seront peut-être pas toujours là pour les soutenir aveuglément.

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 9 juillet 2017 21 h 12

      « Les Israéliens auraient intérêt à faire la paix avec leurs voisins plutôt que de s'imposer … . » (Bernard Terreault)

      Bien sûr que certes et selon, mais le Site où se pratique librement le pèlerinage issu de plusieurs « spiritualités » (chrétienne, musulmanne, juive, autres), Hébron-Machpelah, a été acheté par Abraham au coût de quatre cent sicles (Genèse 23 / Berechit) et a été transmis, de génération en génération, à sa descendance (Israël).

      De ce point, et compte tenu de la décision de l’UNESCO, Israël a raison d’aller aux barricades ! - 9 juillet 2017 -