Bahrein: la répression redouble avec Trump

La dispersion du «sit-in» le 23 mai a été ordonnée 48 heures après une rencontre entre le roi Hamad de Bahreïn et le président Trump.
Photo: Agence France-Presse La dispersion du «sit-in» le 23 mai a été ordonnée 48 heures après une rencontre entre le roi Hamad de Bahreïn et le président Trump.

Dubaï — Le petit royaume de Bahreïn n’en finit pas de serrer la vis à ses opposants, en particulier depuis un voyage du président américain, Donald Trump, dans le Golfe.

« La situation des droits de la personne était déjà mauvaise, mais le timing des dernières mesures est frappant et il est peu probable que cela soit fortuit », estime l’analyste Jane Kinninmont, de l’institut Chatham House à Londres.

Mercredi, un tribunal administratif bahreïni a dissous un mouvement de l’opposition laïque — le Waad —, l’accusant de soutenir le terrorisme et de justifier des actes de violence.

Huit jours plus tôt, la police bahreïnie avait dispersé par la force, en faisant usage de bombes lacrymogènes et de balles de chevrotine, des manifestants qui observaient un sit-in depuis près d’un an devant la résidence du chef spirituel de la majorité chiite, cheikh Issa Qassem, déchu de sa nationalité.

Bilan : cinq morts, des dizaines de blessés et près de 300 arrestations.

Cinq manifestants tués représentent un « grand nombre » pour un petit pays comme Bahreïn, et « l’intensité de la force employée » semble signaler « un changement », juge Mme Kinninmont.

L’Arabie saoudite, qui a déployé des troupes à Bahreïn en 2011, a défendu l’opération sécuritaire, affirmant qu’elle visait à contrer des tentatives terroristes pour déstabiliser ce royaume qui fait face à l’Iran. La sécurité de Bahreïn « fait partie intégrante » de la sécurité du royaume saoudien, a rappelé Riyad.

La dispersion du sit-in le 23 mai a été ordonnée 48 heures après une rencontre entre le roi Hamad de Bahreïn et le président Trump, en marge d’une visite en Arabie saoudite qui a donné lieu à des mégacontrats entre Washington et Riyad.

M. Trump a évité d’évoquer la question des droits de la personne bafoués à Bahreïn et s’en est pris plutôt à l’Iran chiite, accusé d’attiser les conflits dans la région, abondant ainsi dans le sens des monarchies sunnites du Golfe.

M. Trump a « de fait pris dans ses bras les vieux alliés du Golfe des États-Unis », note Adam Baron, expert associé à l’European Council on Foreign Relations. « Et, rompant avec de précédents gouvernements, il a dit qu’il ne leur ferait pas la leçon sur les droits de la personne, signalant une politique de non-ingérence. »

Bahreïn abrite le siège de la Ve Flotte des États-Unis et, dès la fin de mars, le gouvernement Trump avait envoyé un signal sans équivoque en retirant une condition liée aux droits de la personne d’un contrat de vente de 19 avions F-16 pour un montant de 2,7 milliards de dollars.

Les procès d’opposants n’ont jamais cessé depuis la répression en 2011 d’un grand mouvement de contestation chiite. Des centaines d’opposants sont actuellement emprisonnés ou jugés à Bahreïn, où des journalistes, des blogueurs et des intellectuels font également l’objet d’enquêtes.

Les autorités ont imposé de sévères restrictions à la presse internationale et n’ont pas renouvelé des accréditations accordées à des correspondants, empêchant une couverture indépendante des développements dans le royaume.