Les «zones de désescalade» en Syrie expliquées

Selon le général Sergueï Roudskoï, haut responsable de l’état-major russe, 2,67 millions de civils et 41 500 rebelles sont concernés.
Photo: Vasily Maximov Agence France-Presse Selon le général Sergueï Roudskoï, haut responsable de l’état-major russe, 2,67 millions de civils et 41 500 rebelles sont concernés.

La Russie et l’Iran, alliés du président Bachar al-Assad, et la Turquie, soutien des rebelles, ont adopté un plan russe créant des « zones de désescalade », c’est-à-dire sécurisées, dans plusieurs régions de Syrie. Examen des mesures adoptées.

Selon le plan signé jeudi à Astana, elles seront instaurées dans des secteurs dépendant des huit provinces syriennes où se trouvent des rebelles. Une zone comprendra la province d’Idleb (nord-ouest), contrôlée par une coalition de rebelles islamistes et de djihadistes dont le Front Fateh al-Cham (ex-branche syrienne d’al-Qaïda), et des secteurs de celles de Lattaquié, Hama et Alep.

Dans le centre du pays, il y aura aussi une zone dans la province de Homs.

Un autre secteur sécurisé sera établi dans la Ghouta orientale, premier bastion rebelle dans la grande banlieue de Damas, avec des villes comme Douma ou Harasta, même si le régime est aussi présent dans cette région.

Et dans le sud, seront concernées une partie des provinces de Deraa et Qouneitra, contrôlées majoritairement par les rebelles. Une formation alliée au groupe djihadiste État islamique (EI) est également présente dans ces deux gouvernorats.

Espace couvert

Selon le général Sergueï Roudskoï, haut responsable de l’état-major russe, 2,67 millions de civils et 41 500 rebelles sont concernés.

D’après le géographe français Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie, ces zones représentent plus de 20 % des territoires non désertiques du pays (24 000 sur 95 000 km2) et 2,4 millions d’habitants.

Il n’y aura pas de « zones de désescalade » dans les trois provinces totalement sous contrôle du régime (Damas, Tartous et Soueida) ainsi que l’est et le nord-est du pays, où se trouvent les djihadistes du groupe EI et la coalition kurdo-arabe qui les combat avec l’appui des États-Unis.

Deux semaines

Deux semaines après la signature, soit le 18 mai, sera formé « le groupe de travail commun » qui établira, d’ici le 4 juin, les cartes précises de ces « zones de désescalade » ainsi que des « zones de sécurité » attenantes, et devra résoudre les problèmes techniques et opérationnels.

Dans le même temps, les garants devront séparer les groupes armés de l’opposition des « groupes terroristes » qui sont, selon le document, le groupe EI, « le Front al-Nosra » (ancien nom désignant l’actuel Fateh al-Cham) et tous les groupes, entités et individus qui leur sont affiliés.

Les « zones de désescalade » seront créées pour une durée de six mois pouvant être prolongée par consensus des trois garants.

Coalition internationale interdite

Dans les « zones de désescalade », les forces gouvernementales et les groupes armés de l’opposition qui sont partie prenante ou rejoindront le cessez-le-feu lancé par la Russie et la Turquie le 30 décembre 2016, devront cesser d’utiliser tout type d’armes y compris l’aviation.

Les avions de la coalition internationale menée par les États-Unis ne pourront pas y opérer, a affirmé vendredi un haut diplomate russe.

Dans ces zones, l’accès humanitaire devra être assuré, ainsi que l’acheminement de l’aide médicale, la remise en état des infrastructures, notamment l’eau et l’électricité. Le retour volontaire des réfugiés et des déplacés devra être facilité.

Autour des « zones de désescalade », des « zones de sécurité » seront établies par des forces des trois pays garants, auxquelles pourront s’adjoindre des pays tiers. Des points de contrôle y seront établis pour assurer la libre circulation des civils et faciliter l’acheminement de l’assistance humanitaire. Il y aura également des postes d’observation.

L’objectif des « zones de désescalade » est, selon l’accord, de mettre « rapidement » fin à la violence, d’améliorer la situation humanitaire et de créer les « conditions pour faire avancer le processus politique », alors que la guerre a déjà fait plus de 320 000 morts en six ans.