Washington menace de frapper encore

Les États-Unis ont servi un avertissement au dictateur Bachar al-Assad, dont le portrait est souvent affiché dans les endroits publics à Damas, qu’il ne pourra plus utiliser les armes chimiques sans conséquences.
Photo: Louai Beshara Agence France-Presse Les États-Unis ont servi un avertissement au dictateur Bachar al-Assad, dont le portrait est souvent affiché dans les endroits publics à Damas, qu’il ne pourra plus utiliser les armes chimiques sans conséquences.

Alors que les attaques menées jeudi par les États-Unis en Syrie ont été qualifiées d’« acte d’agression » par la Russie, la diplomatie américaine a affirmé devant le Conseil de sécurité que de nouvelles frappes pourraient avoir lieu, « si nécessaire ».

La communauté internationale était aux aguets vendredi au lendemain de l’opération ordonnée par Donald Trump. Le président américain a affirmé avoir réagi en réponse à une attaque chimique présumée contre une ville rebelle du nord-ouest du pays qui a choqué le monde, et pour laquelle le pouvoir syrien a été montré du doigt.

Jeudi soir, 59 missiles de croisière Tomahawk ont été tirés vers la base aérienne d’Al-Chaayrate, qui, selon le Pentagone, a été le lieu de départ des avions qui avaient mené l’attaque controversée.

Selon le Pentagone, la base était connue comme un lieu de stockage d’armes chimiques avant 2013, moment du démantèlement de l’arsenal chimique syrien.

Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni d’urgence à New York, vendredi, pour discuter de la crise. « Nous sommes prêts à en faire plus, mais nous espérons que cela ne sera pas nécessaire », a prévenu l’ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley.

« Les États-Unis n’attendront plus qu’Assad utilise des armes chimiques sans conséquences. Ces jours sont révolus », a ajouté Mme Haley.

La France et le Royaume-Uni ont pour leur part plaidé en faveur d’une solution « politique » en Syrie. Peu avant la réunion, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, avait appelé à la « retenue », appelant « toutes les parties à renouveler leur engagement à faire avancer les discussions [intersyriennes] de Genève », pour l’instant dans l’impasse.

Quant à la coalition de l’opposition politique syrienne, en difficulté depuis des mois face au régime de Bachar al-Assad, elle a applaudi l’opération américaine, même si « frapper un seul aéroport n’est pas suffisant », a dit Mohammad Allouche, membre du Haut comité des négociations (HCN).

La Russie réagit

Le représentant de Moscou à l’ONU, Vladimir Safronkov, a exprimé la colère de la Russie, indéfectible alliée de la Syrie. Devant le Conseil de sécurité, il a déclaré que « les États-Unis ont attaqué le territoire souverain de la Syrie. Nous qualifions cette attaque de violation flagrante de la loi internationale et d’acte d’agression ».

Moscou a ensuite annoncé qu’elle aidera la Syrie à renforcer ses défenses antiaériennes, avant de suspendre l’accord paraphé en 2015 avec Washington sur la prévention des incidents aériens en Syrie.

La réponse de la Russie a été qualifiée de « très décevante » par le secrétaire d’État américain, Rex Tillerson. Son collègue Steven Mnuchin, le secrétaire américain au Trésor, a pour sa part annoncé que ses services préparaient de nouvelles sanctions économiques contre la Syrie « dans le cadre de nos efforts pour empêcher ce genre d’activité et pour souligner à quel point c’est important à nos yeux ».

La Russie impliquée

Par ailleurs, les militaires américains soupçonnent que le régime syrien a été « aidé » pour mener sa frappe chimique présumée, sans aller jusqu’à accuser nommément la Russie. C’est ce qu’a indiqué vendredi un haut responsable militaire américain à des journalistes, sous couvert d’anonymat.

« Au minimum, les Russes ont échoué à contrôler l’activité » de leur partenaire syrien, a-t-il dit, rappelant que les Russes étaient présents sur la base aérienne d’où sont partis les avions syriens qui ont mené l’attaque. « Nous ne pouvons pas dire ici le rôle que les Russes ont pu jouer, a-t-il dit. Mais s’il y a une preuve quelconque, ou une accusation crédible, nous en tirerons les conséquences au maximum de nos possibilités. »

Réactions

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a salué vendredi les frappes américaines, tout en appelant à des mesures supplémentaires. L’Irak, quant à lui, a exprimé son soutien « à tous les efforts faits par la communauté internationale pour punir les parties responsables de l’utilisation d’armes chimiques », a dit le ministère des Affaires étrangères.

1 commentaire
  • Jean-Marc Allard - Abonné 8 avril 2017 08 h 42

    De nouvelles frappes pourraient avoir lieu

    Les vrais enjeux du "si nécessaire" Si 59 missiles de croisière Tomahawk sont perçus comme un show de boucanne... Une escalade asymétrique devrait être évitée !