Bras de fer à l’ONU entre l’Occident et la Russie au sujet de la Syrie

Nikki Haley, l’ambassadrice américaine à l’ONU, montre des photographies d’enfants syriens touchés par l’attaque chimique, lors du Conseil de sécurité organisé d’urgence mercredi à Bruxelles.
Photo: Drew Angerer Agence France-Presse Nikki Haley, l’ambassadrice américaine à l’ONU, montre des photographies d’enfants syriens touchés par l’attaque chimique, lors du Conseil de sécurité organisé d’urgence mercredi à Bruxelles.

Le président des États-Unis, Donald Trump, a affirmé mercredi que l’attaque chimique présumée dans le nord-ouest de la Syrie avait changé son regard vis-à-vis de Bachar al-Assad, menaçant de passer à l’acte face à ce qu’il a qualifié d’« affront à l’humanité ».

Au moins 86 personnes, dont 30 enfants, ont été tuées lors de l’attaque menée mardi sur Khan Cheikhoun, petite ville de la province rebelle d’Idleb. Les médecins sur place ont relevé tous les symptômes d’une attaque chimique : pupilles dilatées, convulsions, mousse sortant de la bouche.

« Cette attaque sur des enfants a eu un énorme impact sur moi », a lancé M. Trump lors d’une conférence commune avec le roi Abdallah II de Jordanie, au moment où la Russie et les pays occidentaux s’opposaient de nouveau sur le dossier syrien durant une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU.

« Mon attitude vis-à-vis de la Syrie et d’Al-Assad a nettement changé », a déclaré le président américain, tout en refusant de dire ce qu’il comptait faire.

Jugeant que ce raid aérien avait « franchi de nombreuses lignes », en allusion à la fameuse « ligne rouge » que s’était fixée son prédécesseur Barack Obama en cas de recours aux armes chimiques, M. Trump a longuement évoqué « les petits enfants et même de beaux petits bébés » qui ont péri. « Ces actes odieux du régime Al-Assad ne peuvent pas être tolérés », a-t-il martelé.

Mesures unilatérales ?

À l’ONU, l’ambassadrice américaine Nikki Haley a fustigé Moscou pour n’avoir pas su tempérer son allié syrien, et affirmé que Washington pourrait prendre des mesures unilatérales. « Quand les Nations unies échouent constamment dans leur mission d’action collective, il y a des moments dans la vie des États où nous sommes obligés d’agir nous-mêmes », a-t-elle mis en garde.

Alors que Damas a été montré du doigt, Moscou avait jugé plus tôt « inacceptable » en l’état le projet de résolution présenté par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni condamnant l’attaque de mardi.

Aucun vote du Conseil de sécurité n’était prévu jeudi.   

Sur le terrain, des médecins tentent de sauver les blessés les plus graves parmi les plus de 160 personnes soignées après l’attaque.

La nature des substances chimiques n’a pas été formellement identifiée, mais l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a précisé que certaines victimes présentaient des symptômes évoquant une exposition à une catégorie de produits chimiques « comprenant des agents neurotoxiques ».

Médecins sans frontières (MSF) évoque « un agent neurotoxique de type gaz sarin » sur la base des constatations faites par son équipe déployée dans un hôpital où sont soignés des blessés.

Selon l’OSDH, il s’agit de la « 2e attaque chimique » la plus meurtrière depuis le début du conflit après celle au gaz sarin qui avait fait plus de 1400 morts près de Damas en 2013.

Celle-ci avait failli provoquer une escalade de la guerre, mais les États-Unis avaient finalement décidé de ne pas intervenir et avaient conclu un accord avec la Russie, en vertu duquel la Syrie est censée avoir détruit son arsenal chimique.

L’armée russe a en partie disculpé le régime en prétendant en matinée que l’aviation syrienne avait frappé un entrepôt des rebelles contenant des « substances toxiques ». En explosant, ces dernières se sont disséminées dans l’atmosphère.

Moscou a ensuite qualifié le projet de résolution de « catégoriquement inacceptable », car « son défaut est d’anticiper les résultats de l’enquête et de désigner des coupables ».

Le texte appelle à une enquête complète et rapide de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC). Il demande au régime de fournir toute information sur des opérations militaires au moment de l’attaque.

À Bruxelles, où se tient la conférence sur l’avenir de la Syrie en présence de représentants de plus de 70 pays et d’organisations internationales, les participants ont promis six milliards de dollars d’aide humanitaire pour les Syriens en 2017.

« C’est un signe tangible de notre solidarité », mais « il faut désormais aller au-delà des déclarations pour mettre en oeuvre ces promesses », a exhorté le commissaire européen à l’Aide humanitaire Christos Stylianides.


Des armes chimiques, selon l'OMS

Certaines victimes d’une attaque chimique présumée en Syrie présentent des symptômes évoquant une exposition à une catégorie de produits chimiques comprenant des agents neurotoxiques, a annoncé mercredi l’Organisation mondiale de la Santé à Genève (OMS).

 

Selon l’OMS, l'attaque qui tué mardi au moins 72 civils dans la province d’Idleb semble avoir impliqué des armes chimiques.

 

Dans un communiqué, l’OMS souligne que «la probabilité d’une exposition à une attaque chimique est amplifiée par le manque apparent de blessures externes rapporté dans des cas montrant l’apparition rapide de symptômes semblables comprenant une détresse respiratoire aiguë comme principale cause de la mort».

 

«Certains cas semblent présenter des signes compatibles avec une exposition à des produits organosphosphorés, une catégorie de produits chimiques incluant des agents neurotoxiques», ajoute l’OMS.


Le Canada condamne fermement l’attaque chimique en Syrie

Ottawa – Le gouvernement canadien n’a pas mâché ses mots pour dénoncer l’attaque chimique perpétrée en Syrie.

« Nous sommes consternés par les informations faisant état d’une attaque chimique contre des civils innocents en Syrie, a dit le premier ministre Justin Trudeau aux Communes. L’utilisation d’armes chimiques est un crime de guerre. Ce n’est que la dernière des atrocités dans ce conflit qui perdure depuis bien trop longtemps. » Le Canada a versé 276 millions de dollars en soutien à la Syrie.

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, qui participait à une conférence sur l’avenir de la Syrie à Bruxelles, a déclaré qu’il était « absolument essentiel » qu’une enquête fasse la lumière sur cette attaque, preuves à l’appui. « C’est une attaque répréhensible contre des civils. Il est absolument important que le monde en prenne acte. Et si elle s’avère confirmée, la responsabilité d’un régime dans ce genre d’attaque contre sa propre population civile, en utilisant ce genre d’armes, est un geste très, très grave qui doit entraîner des conséquences », a tranché la ministre depuis l’Europe.
Marie Vastel
4 commentaires
  • Danielle Dufresne - Abonnée 5 avril 2017 08 h 42

    L'ONU

    Ah si l'ONU pouvait intervenir! Ils parlent, il se rencontrent, se désolent, produisent des plans, des règlements, des rapports, des enquêtes, ils se congratulent, s'embrassent, mangent ensemble, ouvrent des bureaux, des dossiers .... mais agissent tellement peu. :-(

  • Jean-Marc Simard - Abonné 5 avril 2017 10 h 17

    Détruisez Assad

    Je n'arrive pas à comprendre pourquoi les Alliés ne sont pas capable de détruire le refuge d'Assad et tuer ce malade du même coup...Pourtant toute les armes sont disponibles à cet effet...Ce ne sont pas les drones qui m,anquent...Il ne manque que la volonté politique de le faire...Détruisez Assad et la guerre sera vite terminée...

  • Colette Pagé - Inscrite 5 avril 2017 10 h 43

    Procrastination !

    Face aux souffrances journalières imposées aux civils les membres du Conseil de sécurité palabrent toujours bloqués soient par la Russie ou la Chine.

    À quand un Conseil de sécurité fonctionnant à la majorité simple et non à l'unanimité. Ce serait déjà un grand progrés.

  • Carol Létourneau - Abonné 5 avril 2017 11 h 05

    Les guerres civiles

    Il n'y a pas autre moyen d'en finir avec une guerre civile que laisser les opposants se résoudre à s'entendre. Les règles adoptées par les États pour la guerre entre États ne sont pas applicables. Les interventions guerrières externes ne peuvent que faire des perdants et entretenir le malaise. De la Boétie avait raison en proposant que la meilleure façon de se débarrasser d'un tyran était de s'asseoir et refuser de collaborer. Quand on choisit les armes on accepte d'en périr. Qu'avions-nous d'autre à faire là-dedans que d'user de diplomatie. Qui peut croire encore que, par exemples, le problème Kurde et celui des Palestiniens trouveront une solution dans la guerre. Sauf une seule peut-être (et encore?) mais dirigée contre l'État entier sans parti pris pour une faction ou l'autre tant que celles-ci ne s'entendent pas face à l'ennemi commun. Mais ce serait avec le risque qu'un contre-bloc se forme et entraîne le monde dans une guerre tarditionnelle. Qui oserait s'engager dans pareil scénario?