Encore l’horreur chimique en Syrie

De façon dramatique, la ville de Khan Cheikhoun, dans le nord-ouest de la Syrie, risque d’entrer dans l’Histoire, après l’attaque chimique qui a tué au moins 100 personnes et en a blessé 400 autres, mardi.
Photo: Abdulmonam Eassa Agence France-Presse De façon dramatique, la ville de Khan Cheikhoun, dans le nord-ouest de la Syrie, risque d’entrer dans l’Histoire, après l’attaque chimique qui a tué au moins 100 personnes et en a blessé 400 autres, mardi.

« Cette nouvelle attaque chimique, ce n’est pas juste la mort, c’est la mort avec la pire souffrance que l’on peut imaginer. Quand on voit des bébés dont les poumons sont remplis de gaz de sarin et qui meurent asphyxiés, quand on voit que c’est la réalité presque quotidienne des civils syriens et qu’on prend la décision consciente et concrète de tourner le dos, j’ai l’impression que c’est un peu la fin de notre humanité », lance Faisal Alazem, activiste syro-canadien et directeur de la Fondation des enfants syriens.

Au bout du fil, l’homme est triste. En colère, aussi. « Les Syriens ont complètement perdu espoir en la communauté internationale. » Oui, concède-t-il, la communauté internationale a condamné très fortement l’attaque chimique qui a terrassé le village de Khan Cheikhoun mardi. Oui, les dirigeants ont réclamé une réunion d’urgence du conseil de sécurité de l’ONU. Mais pour Faisal Alazem, ce ne sont encore que des mots. « Il y a une réponse rhétorique, en condamnation, mais les condamnations n’arrêtent pas les bombes et l’extermination de civils innocents dans les prisons et les campagnes de famine contre des quartiers tout entiers qui perdurent depuis des années. S’il n’y a pas une intervention humanitaire pour protéger les civils en Syrie, on ne sortira jamais de ce cycle de violence. »

Hôpital touché

Les frappes aériennes ont été menées très tôt par des avions militaires sur un quartier de Khan Cheikhoun, situé dans la province d’Idleb, dans le nord-ouest, qui est tenue par des rebelles et des djihadistes.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, l’attaque chimique de mardi aurait fait 58 morts, dont au moins 11 enfants. D’autres organismes évoquaient une centaine de victimes et quelque 170 blessés. L’hôpital Al-Rahmé, débordé, a également été touché, précise l’Observatoire syrien.

Selon l’ONG syrienne, il s’agit de « la deuxième attaque chimique la plus meurtrière du conflit en Syrie » après celle ayant fait plus de 1400 morts à Ghouta, près de Damas, en 2013.

« Nous avons entendu des bombardements […] Nous avons accouru dans les maisons et il y avait des familles mortes dans leurs lits. On a vu des enfants, des femmes et des hommes morts dans les rues », a raconté à l’AFP un témoin, Abou Moustapha.

Les victimes « ont les pupilles dilatées, des convulsions, de la mousse sortant de la bouche », a expliqué Hazem Chahwane, un secouriste interviewé dans l’un des hôpitaux de la ville.

« Acte odieux »

Après la diffusion d’images-chocs des victimes, la Turquie a qualifié l’attaque d’« inhumaine », tandis que l’Union européenne affirmait que le régime de Bachar al-Assad en portait « la principale responsabilité ».

La Maison-Blanche a dénoncé avec force « l’attaque chimique […] intolérable ». « L’attaque chimique perpétrée aujourd’hui en Syrie contre des innocents, y compris des femmes et des enfants, est répréhensible », a déclaré Sean Spicer, porte-parole de Donald Trump. « Cet acte odieux du régime de Bachar al-Assad est la conséquence de la faiblesse et du manque de détermination du gouvernement précédent », a-t-il ajouté, pointant Barack Obama.

« Les États-Unis sont aux côtés de leurs alliés à travers le monde pour dénoncer cette attaque intolérable », a-t-il ajouté.

Jugeant qu’il serait « dans l’intérêt » des Syriens que Bachar al-Assad ne soit pas au pouvoir, le porte-parole de la Maison-Blanche a cependant estimé qu’il n’existait à ce stade aucune véritable option pour un changement de régime.

L’ONU enquête

L’opposition syrienne a accusé le régime d’avoir utilisé des « obus contenant du gaz chimique ». Ce « crime horrible » rappelle l’attaque de l’été 2013 près de Damas, que la communauté internationale avait « laissée impunie », a-t-elle ajouté, prévenant qu’il « remettait en cause » le processus de paix censé mettre fin au conflit de six ans. L’armée syrienne a démenti catégoriquement avoir utilisé « toute substance chimique ou toxique ».

La Commission d’enquête de l’ONU sur les droits de l’Homme en Syrie a annoncé mardi qu’elle « enquête actuellement » sur l’attaque. « Les rapports suggérant qu’il s’agit d’une attaque avec des armes chimiques sont extrêmement préoccupants. La Commission enquête actuellement sur les circonstances entourant cette attaque, y compris les allégations d’utilisations d’armes chimiques », ont indiqué dans une déclaration écrite les enquêteurs.

Armes chimiques interdites

Gaz sarin Puissant gaz neurotoxique mortel, inodore et invisible, découvert en 1938 en Allemagne. Même s’il n’est pas inhalé, le simple contact avec la peau de ce gaz organophosphoré bloque la transmission de l’influx nerveux et entraîne la mort par arrêt cardio-respiratoire. La dose létale est d’un demi-milligramme pour un adulte. Les victimes se plaignent d’abord de maux de tête violents et présentent des pupilles dilatées. Surviennent ensuite convulsions, arrêts respiratoires et coma précédant la mort.

Gaz moutarde Gaz de combat asphyxiant. Ce gaz toxique vésicant (sulfure d’éthyle dichloré) inflige d’horribles lésions. Par contact, il couvre la peau de cloques très douloureuses tandis que les yeux sont irrités, les paupières enflammées se ferment et rendent momentanément aveugle. Des hémorragies internes et externes se développent et détruisent les poumons. Les patients mettent 4 à 5 semaines à décéder d’un oedème pulmonaire.

Le VX Agent neurotoxique, il est encore plus puissant que le sarin. Il attaque rapidement le système nerveux. Une haute dose peut tuer en quelques minutes quand elle est inhalée, dans la mesure où le gaz innervant se répand rapidement dans les vaisseaux sanguins transportant le sang dans les poumons et les autres organes vitaux.
Agence France-Presse
1 commentaire
  • Salah-Eddine Khalfi - Inscrit 5 avril 2017 05 h 24

    Une autre compagne de désinformation

    L'armée syrienne n'a jamais utilisé d'armes chimiques contre ses propre citoyens. C'est plutôt un dépôt d'armes chimiques appartenant aux "rebeles" islamistes financés par la "coalision" anti-irano-syrienne qui a été touché par des frappes de l'aviation militaire qui mènent une compagne de nettoyage contre les positions des mercenaires étrangers et des terroristes. Quand à l'Observatoire Syrien des Droits de l'Homme, je vous invite fortement à mener vos propres recherches quant à sa crédibilité.