La Turquie forcée de faire cavalier seul

Le secrétaire d’État américain, Rex Tillerson (gauche), et son homologue turque, Mevlut Cavusoglu
Photo: Lefteris Pitarakis Associated Press Le secrétaire d’État américain, Rex Tillerson (gauche), et son homologue turque, Mevlut Cavusoglu

La visite à Ankara du secrétaire d’État américain, Rex Tillerson, a montré que le gouvernement Trump n’avait pas l’intention de modifier les positions du pays.

Nouvelle déception pour la Turquie après la visite que vient d’effectuer à Ankara le secrétaire d’État américain, Rex Tillerson. Une déception à la mesure des attentes entretenues par la diplomatie turque d’un changement de la politique américaine avec l’équipe Trump. Washington semble ne pas vouloir modifier ses positions sur les deux principaux sujets à l’origine de la détérioration des relations ces dernières années avec le gouvernement Obama. Le soutien américain aux milices kurdes en Syrie, considérées comme terroristes par la Turquie, continue de se renforcer notamment en préparation de la bataille pour déloger le groupe État islamique de Raqqa. Pas de changement non plus sur le refus des États-Unis d’extrader l’imam Fethullah Gülen, accusé par Erdogan d’être derrière la tentative de coup d’État de l’été dernier.

Ce revers survient au moment où le partenariat noué depuis l’été dernier avec la Russie en Syrie, et qui a abouti notamment à un accord sur l’évacuation d’Alep, se fissure. Le déploiement de forces russes il y a une dizaine de jours dans la région d’Afrine, dans le nord-ouest de la Syrie, à la frontière turque, sous contrôle des mêmes forces kurdes soutenues par Washington, est un coup dur pour Ankara. L’alliance de revers initiée par Erdogan avec Poutine en forme de dépit ou de pression envers les Occidentaux apparaissait habile, mais révèle un nouveau piège.

« Il y a eu entente américano-russe pour bloquer la Turquie », estime le chef d’un groupe rebelle syrien qui a participé à l’opération Bouclier de l’Euphrate menée par l’armée turque. L’offensive lancée en août a permis de déloger les forces du groupe État islamique de la dernière portion de frontière turco-syrienne qu’ils tenaient et d’empêcher aussi les Kurdes de prendre ces territoires réalisant la continuité de leur zone autonome le long de la frontière turque. « Objectifs atteints » selon la Turquie, qui a annoncé mercredi la fin de l’opération Bouclier de l’Euphrate à la veille de l’arrivée du secrétaire d’État Tillerson à Ankara.

Déchaînement

Lâché par Washington après Moscou au profit de ses pires ennemis, les milices du PYD kurdes, Ankara ne peut certainement pas se tourner vers l’Europe. Après son déchaînement ces dernières semaines contre les dirigeants européens accusés de l’empêcher de faire campagne auprès des communautés turques, Erdogan a peu de chance de trouver des oreilles attentives.

À la veille du référendum constitutionnel du 16 avril en Turquie, prévoyant notamment l’élargissement des pouvoirs du président de la République, ces déconvenues diplomatiques tombent mal. À moins que l’argument de « la forteresse assiégée » ne joue en faveur de la campagne d’Erdogan, qui n’a cessé de jouer sur la fibre du nationalisme turc.

 

Ce texte fait partie de notre section Perspectives.