Première opération américaine contre al-Qaïda au Yémen sous Trump

Selon un responsable yéménite, le raid américain a visé des repaires d’al-Qaïda dans une école, une mosquée et un dispensaire.
Photo: Eric Gay Archives Associated Press Selon un responsable yéménite, le raid américain a visé des repaires d’al-Qaïda dans une école, une mosquée et un dispensaire.

Aden — Au moins 14 combattants présumés d’al-Qaïda et un soldat américain ont été tués dimanche dans la première opération commando menée par les États-Unis au Yémen depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, selon l’armée américaine.

Ce raid d’envergure, lancé à l’aube à Yakla, dans le centre du Yémen, avec l’aide de drones et d’hélicoptères d’attaque, a visé des repaires d’al-Qaïda, selon un responsable yéménite s’exprimant sous le couvert de l’anonymat.

Il a évoqué un bilan plus lourd que celui donné par les Américains, avec 41 membres présumés d’al-Qaïda tués, dont des chefs, ainsi que 8 femmes et 8 enfants.

Dans un communiqué, al-Qaïda dans la Péninsule arabique (AQPA) a affirmé que près de 30 personnes, y compris des femmes et des enfants, avaient été tuées dans ce raid mené par quatre hélicoptères d’attaque Apache.

Selon AQPA « les soldats américains ont subi des pertes dans les combats » et « aucun membre d’al-Qaïda n’a été tué ».

Visiblement, ce raid-surprise n’a pas été facile pour les États-Unis, qui ont enregistré un tué et au moins quatre blessés, selon leur bilan.

D’après le CENTCOM (commandement américain chargé des opérations dans la région), un appareil militaire « a connu un atterrissage forcé et brutal non loin du lieu [du raid] ». Un soldat a été blessé dans cet atterrissage forcé, selon la Maison-Blanche.

Des témoins ont évoqué un hélicoptère Apache qui s’est écrasé dans le secteur de Sahoul. L’appareil n’a pu redécoller et a été « intentionnellement détruit », a affirmé le CENTCOM.

Un responsable américain de la Défense a précisé à l’AFP que les forces américaines n’avaient pas fait de prisonniers dans cette opération.

Selon un responsable yéménite, le raid américain a visé des repaires d’al-Qaïda dans une école, une mosquée et un dispensaire.

Le chef local d’al-Qaïda, identifié comme étant Abou Barzane et de nationalité étrangère, figure parmi les morts, a-t-il précisé.

Mort de chefs tribaux

Trois chefs tribaux alliés à al-Qaïda ont également trouvé la mort dans des attaques contre leurs maisons, ont rapporté des sources tribales et locales, précisant qu’il s’agissait des frères Abdelraouf et Soltan al-Zahab et de Saïf Alawai al-Jawfi.

Durant le raid dimanche qui a duré plus de trois quarts d’heure, des combattants d’al-Qaïda et leurs alliés tribaux ont « résisté à l’assaut en tirant à l’arme automatique », a indiqué une source tribale.

Al-Qaïda dispose de deux camps d’entraînement au moins à Yakla, une région montagneuse de la province de Baida difficile d’accès, selon des habitants.

Les États-Unis, les seuls dans la région à disposer de drones pouvant atteindre des cibles au Yémen, considèrent AQPA comme la branche la plus dangereuse du réseau djihadiste.

Journée sanglante

Ils mènent régulièrement des frappes aériennes par drones contre AQPA, mais les opérations au sol ou avec des hélicoptères d’attaque sont beaucoup plus rares.

En décembre 2014, un otage américain, le photographe Luke Sommers, et un autre otage sud-africain étaient morts lors d’une opération commando ratée de l’armée américaine contre al-Qaïda.

En mai 2016, un petit nombre de soldats américains des forces spéciales avaient débarqué dans le port de Moukalla dans le sud-est du pays, pour aider les forces spéciales émiraties à reprendre le contrôle de la ville contrôlée par al-Qaïda depuis avril 2015.

Le réseau extrémiste est bien implanté au Yémen où il a profité ces dernières années de la guerre et du chaos qui sévissent dans ce pays pauvre de la péninsule Arabique.

Outre al-Qaïda, le groupe EI a revendiqué des attentats spectaculaires et meurtriers ces deux dernières années au Yémen. Les groupes djihadistes sont bien implantés, surtout dans le sud.

Le principal conflit au Yémen oppose les forces gouvernementales, soutenues depuis mars 2015 par une coalition arabe sous commandement saoudien, à des rebelles houthis, qui contrôlent une partie du territoire dont la capitale Sanaa (nord) et qui sont alliés à des partisans de l’ex-président.

La journée a été particulièrement sanglante dimanche au Yémen : à quelque 300 kilomètres du lieu de l’opération contre al-Qaïda, 90 rebelles et 19 soldats ont été tués dans des combats pour le contrôle de zones côtières sur la mer Rouge, selon des sources militaires et médicales.

Depuis mars 2015, plus de 7400 personnes ont été tuées et près de 40 000 blessées dans la guerre, selon l’Organisation mondiale de la santé.