Le groupe EI s’affaiblit, mais frappe encore

Le groupe armé EI a notamment ciblé un marché de Bagdad.
Photo: Sabah Arar Agence France-Presse Le groupe armé EI a notamment ciblé un marché de Bagdad.

Alors que les discours officiels de la Syrie et de l’Irak se veulent optimistes, le groupe armé État islamique, bien qu’affaibli, montre par des attaques sanglantes ce week-end sa volonté de se battre jusqu’au bout.

Une vague d’attentats a fait au moins 23 morts à Bagdad dimanche, pendant que les forces irakiennes atteignaient le fleuve Tigre à Mossoul. Le dernier grand bastion du groupe État islamique (EI) au nord de l’Irak se gagne mètre par mètre.

Après bientôt trois mois d’offensive, l’avancée des forces d’élite à Mossoul complique le ravitaillement du groupe EI, qui conserve cependant son contrôle sur toute la rive ouest.

La riposte du groupe djihadiste se fait durement sentir en pleine capitale irakienne, frappée par une recrudescence d’attaques sanglantes ayant déjà fait plusieurs dizaines de morts la semaine dernière.

Le groupe EI a aussi frappé au nord de la Syrie samedi, tuant au moins 48 personnes, en majorité des civils. Un camion piégé a explosé dans un marché de la ville d’Azaz, dans la région autour d’Alep. Près de Damas, les affrontements se sont poursuivis samedi à Wadi Barada, un secteur rebelle où se trouvent les principales sources d’approvisionnement en eau potable pour la capitale. L’attentat meurtrier et la persistance des combats entre les forces du régime et les rebelles fragilisent la trêve entrée en vigueur le 30 décembre dernier, parrainée par Moscou et Ankara.

Dans la première entrevue depuis la reprise d’Alep le 22 décembre dernier, accordée à trois médias français, Bachar al-Assad dit pourtant être « sur le chemin de la victoire ». Le président syrien a aussi affirmé que la victoire « sera quand nous aurons éliminé tous les terroristes ».

Photo: Agence France-Presse

Sur la pente descendante

Ces victoires symboliques remettent en lumière les signes d’affaiblissement du groupe EI, cependant loin d’abdiquer. « La trajectoire est assurément à la baisse, mais la fin n’est pas proche », avance Thomas Juneau, professeur à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa. Si ce groupe terroriste a effectivement perdu du terrain depuis un an, « il a l’option de se regrouper en Syrie où il est aussi sous pression, mais beaucoup moins qu’en Irak », croit-il.

Le gouvernement syrien reste toujours incapable de reprendre l’est du pays, malgré le début de la consolidation de la « Syrie utile », c’est-à-dire sa partie ouest où la population et l’économie sont concentrées. M. Juneau cite à titre d’exemple la reprise de Palmyre par le groupe EI le 11 décembre dernier : « Les forces syriennes sont complètement étirées, le groupe EI n’a pas eu besoin d’une grosse offensive pour reprendre Palmyre. »

Sur le plan international, le groupe EI pourrait même représenter un plus grand risque, croit ce spécialiste du Moyen-Orient. L’organisation terroriste a mis sur pied une structure capable de planifier et de réaliser des attaques à l’étranger, y investissant temps et argent.

L’auteur présumé de l’attaque sanglante du Nouvel An contre une célèbre boîte de nuit d’Istanbul a d’ailleurs été identifié dimanche comme étant un djihadiste ouzbek faisant partie du groupe EI, rapportait la presse turque.

Nul besoin cependant d’être membre formellement du groupe EI pour se revendiquer de ses idées, rappelle le professeur : « Le groupe EI est un pseudo-État qui occupe du territoire, même si de moins en moins, mais c’est aussi une idée qui inspire des loups solitaires. »

Un Palestinien qui a tué quatre soldats israéliens dimanche a d’ailleurs été présenté par Israël comme un sympathisant du groupe. Le premier ministre, Benjamin Nétanyahou, a affirmé que l’assaillant, « selon toutes les indications, soutient le groupe EI ». Il a lancé son camion contre un groupe de militaires en excursion à Jérusalem, avant d’être abattu par la police.

Reconfiguration

Outre Mossoul, l’autre bastion du groupe EI est sa capitale autoproclamée, Raqqa, au nord de la Syrie. « Sa seule marge de manoeuvre là-bas est de savoir qui va frapper son siège », analyse quant à lui Sami Aoun. Ce directeur de l’Observatoire sur le Moyen-Orient de la Chaire Raoul-Dandurand explique que la coalition des Forces démocratiques syriennes qui s’en approche est dirigée par les Kurdes syriens, un irritant majeur pour la Turquie.

« Elle fait pression pour que les Kurdes n’élargissent pas leur territoire dans des régions sunnites arabes et tout près de sa frontière », expose-t-il. Raqqa pourrait elle aussi subir le morcellement de facto du territoire syrien selon des clivages confessionnels et ethniques.

Affaiblissement du groupe EI ou pas, « il y a toujours un fait constant qui n’est pas résolu, c’est le partage politique », conclut-il. La violence est alimentée par cette « guerre par procuration », celle que se livrent l’Iran chiite et les régimes arabes sunnites comme l’Arabie saoudite, ajoute-t-il.

Le terrorisme et la violence interconfessionnelle lui apparaissent donc comme une hydre, ce serpent de la mythologie grecque dont les têtes repoussent et se multiplient au fur et à mesure qu’on les coupe. D’où la difficulté de croire dans les négociations de paix prévues à la fin janvier à Astana sous l’égide de la Russie, de l’Iran et de la Turquie.

Le président Assad, dans son entrevue à trois médias français, se présentait quant à lui toujours comme le meilleur rempart contre le terrorisme.

Une alliance de l’Occident avec lui serait cependant une « erreur monstrueuse », puisqu’il est responsable du massacre de centaines de milliers de personnes, rappelle M. Juneau.

2 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 9 janvier 2017 09 h 26

    Le début de la fin en Syrie


    Dans un pays divisé non pas par des _rivalités_ interconfessionnelles mais plutôt par des _haines_ religieuses (attisées de l’Étranger), seul un régime fort, voire dictatorial, peut y maintenir la cohésion sociale.

    Même si Bachar el-Assad avait été le seul responsable des 300 000 morts en Syrie (ce que suggère le professeur Juneau), cette brutalité ne doit pas nous faire oublier les 461 000 ‘dommages collatéraux’ de l’intervention anglo-américaine en Syrie.

    Pour que Bachar el-Assad sorte victorieux en Syrie, il n’a pas besoin de l’appui de l’Occident; présentement, c’est la Russie qui mène le bal contre les pays qui y font la guerre (l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie).

    Alors que presque tout le nord de la Syrie est calfeutré par les Kurdes, les milices islamistes seront de plus en plus mal ravitaillées par la Turquie.

    Si la Russie réussit à rallier la Turquie à la nécessité absolue de pacifier cette région, on peut espérer le lent début de la fin de cette guerre en Syrie (et craindre la colère des jihadistes abandonnés par la Turquie).

  • Denis Paquette - Abonné 9 janvier 2017 12 h 43

    quel groupe essentiellement motivé par l'appat

    le groupe Bush en ont fait une belle lorsqu'ils ont decidés d'attaquer l'Irak et de tuer Saddam, toute une region est déstabilisée et n'est pas a la veille de se stabilisée, peut etre etre les arabes avaient ils une tradition de dévisions mais si les américains n'avaient étés aussi motivés par le petrole, ils l'auraient sans doutes identifiés