La Russie obtient l’appui de l’ONU, la trêve tient en Syrie

L'ambassadeur russe aux Nations unies, Vitaly Chourkine
Photo: Kena Betancur Agence France-Presse L'ambassadeur russe aux Nations unies, Vitaly Chourkine

Les Nations unies ont soutenu samedi une initiative de paix de la Russie et de la Turquie pour la Syrie, qui vivait une deuxième journée de calme malgré quelques violations du cessez-le-feu.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté à l’unanimité une résolution appuyant la trêve entrée en vigueur depuis jeudi soir et devant être le prélude à des négociations de paix entre le régime syrien et l’opposition.

Cette résolution de compromis, qui n’entérine toutefois pas les modalités de l’initiative de Moscou et d’Ankara, a été adoptée à l’issue de consultations à huis clos : elle souligne que le Conseil « accueille avec satisfaction et soutient les efforts de la Russie et de la Turquie pour mettre fin à la violence en Syrie et faire démarrer un processus politique » de règlement du conflit qui ravage le pays depuis près de six ans.

Mais le Conseil se contente de « prendre note » de l’accord présenté par les Russes et les Turcs le 29 décembre, sans que les Américains y soient associés. Le Conseil de sécurité rappelle aussi la nécessité d’appliquer « toutes les résolutions pertinentes de l’ONU » sur la Syrie, citant la 2254 de décembre 2015 qui prévoyait, sous l’initiative de Washington, une feuille de route complète de sortie de crise.

De fait, pour la première fois depuis le début de la guerre en mars 2011, les États-Unis, soutiens de l’opposition, ont été écartés de cette initiative de paix. L’administration du président sortant Barack Obama l’a qualifiée d’« évolution positive », trois semaines avant l’investiture de Donald Trump.

Négociations de paix
En revanche, c’est la première fois que la Turquie parraine un tel accord, grâce à son rapprochement avec la Russie de Vladimir Poutine qui veut se poser en faiseur de paix après son intervention militaire au côté du régime syrien à l’automne 2015.

Le cessez-le-feu, entré en vigueur jeudi à 22 h 00 GMT sur l’ensemble de la Syrie et dont les groupes djihadistes État islamique (EI) et Fateh al-Cham sont exclus, doit permettre des négociations de paix prévues fin janvier à Astana, au Kazakhstan, sous l’égide de la Russie et de l’Iran — parrains du président syrien Bachar al-Assad — et de la Turquie qui soutient les rebelles.

Le Conseil de sécurité a d’ailleurs insisté : ces pourparlers à Astana « sont une étape importante en prévision de la reprise de négociations [intersyriennes] sous les auspices de l’ONU le 8 février 2017 ».

De son côté, le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale en Iran, Ali Chamkhani, a prévenu que « toute négociation politique qui conduirait à l’affaiblissement du pouvoir du gouvernement […] en Syrie ou à offrir une partie de la Syrie à des groupes terroristes ou à une occupation militaire étrangère […] est vouée à l’échec ». Il s’exprimait en recevant le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem, selon l’agence Irna.

La guerre en Syrie a fait plus de 310 000 morts et des millions de réfugiés depuis mars 2011. Rien que pour l’année 2016, près de 60 000 personnes ont été tuées, dont 13 617 civils, selon un bilan établi par l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Le cessez-le-feu tient le coup
Mais samedi, pour le deuxième jour du cessez-le-feu, « le calme régnait dans la plupart des régions syriennes », a indiqué le directeur de l’OSDH. Seuls « quelques affrontements et des bombardements à l’artillerie du régime ont eu lieu dans la région de Wadi Barada près de Damas et dans la ville de Deraa », a précisé à l’AFP Rami Abdel Rahmane.

Dix frappes menées par l’aviation syrienne ont également visé Wadi Barada, selon l’OSDH.

C’est dans cette région que se trouve l’une des principales sources d’approvisionnement en eau potable pour les quatre millions d’habitants de la capitale et ses environs. Le régime a accusé les rebelles d’avoir « contaminé au diesel » un réseau d’eau, mais ces derniers ont pointé du doigt l’incurie du pouvoir.

Profitant de l’arrêt des hostilités, les enfants ont repris le chemin de l’école dans la province d’Idleb, contrôlée par le groupe Fateh al-Cham (ex-branche d’Al-Qaïda), considéré comme « terroriste » par Washington et Moscou, et des organisations rebelles qui lui sont alliées.

Depuis le début de la trêve, deux civils ont été tués, l’un par un tireur embusqué à Douma près de Damas et l’autre dans un bombardement près de Wadi Barada, où des affrontements se poursuivent depuis plus d’une semaine entre régime et rebelles alliés à Fateh al-Cham.

Comme lors des précédentes trêves, qui ont toutes volé en éclats au bout de quelques jours, l’alliance des rebelles avec Fateh al-Cham rend très difficile une application du cessez-le-feu. Très affaiblis, ces groupes ne pourront se distancier de leurs compagnons d’armes au Fateh al-Cham, une organisation mieux équipée qui reste un allié de poids dans la bataille contre les autorités syriennes.

Et plusieurs groupes dits « modérés » ont prévenu que le cessez-le-feu prendrait fin si « les violations du régime et ses bombardements se poursuivaient ».

2 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 31 décembre 2016 14 h 15

    À l'unanimité ?

    Même les États-Unis, la France, le Royaume-Uni relégués au rôle peu habituel pour eux de spectateurs? Ou peut-être se disent-ils, nous nous sommes assez souvent brûlé les doigts en nous immisçant partout, allez, vous verrez si c'est toujours drôle.

  • Michèle Lévesque - Abonnée 1 janvier 2017 04 h 07

    "Selon l'OSDH"...

    Curieux quand même que l'on continue à donner tant d'importance à l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) qui est loin de pouvoir prétendre à l'objectivité et à la neutralité, du moins selon cet article du Figaro de l'été dernier (août 2016). Je CITE :

    "«Selon l'OSDH». Ces mots ponctuent chaque bilan de la guerre en Syrie dans les médias. Les chiffres de l'«Observatoire syrien des droits de l'homme» sont systématiquement repris par les principales agences de presse, AFP, AP et Reuters, et, donc, par la plupart des médias. Pourtant, rien n'est moins évident que la fiabilité de cette organisation, qui est loin d'être indépendante.

    "Créée en 2006, l'OSDH se présente comme «un groupe d'individus, à l'intérieur ou à l'extérieur du pays, qui documente sur la situation des droits de l'homme en Syrie et leur violation». Elle est devenue à partir de 2011 la principale source d'information des médias occidentaux sur le conflit syrien. Derrière l'OSDH, un seul homme: Rami Abdel Rahman, de son vrai nom Ossoma Suleiman, sunnite laïc, membre de l'opposition [1] qui vit à Coventry en Grande-Bretagne. Il n'a pas mis les pieds en Syrie depuis 2000, date à laquelle il a quitté le pays pour des raisons politiques."

    Source : "L'OSDH, source contestée de la guerre en Syrie", par Eugénie Bastié, Le Figaro, 9 août 2016 14:08. http://www.lefigaro.fr/international/2016/08/09/01