Nouvelle année, nouvel espoir en Syrie

Cela fait déjà six ans que la guerre est devenue le quotidien des Syriens.
Photo: Abd Doumany Agence France-Presse Cela fait déjà six ans que la guerre est devenue le quotidien des Syriens.

Les Syriens s’apprêtent à fêter leur sixième Nouvel An dans les ruines, le manque d’eau potable, les pannes d’électricité et la crainte des bombardements. Cette fois, au moins, le bruit des bombes a fait place au silence depuis plus de 36 heures : le cessez-le-feu tient le coup malgré des combats signalés autour de Damas et au nord du pays.

Des bombardements aériens et des tirs d’armes semi-automatiques ont ébranlé vendredi le cessez-le-feu en Syrie, qui restait en vigueur malgré ces échauffourées. Ces combats sont survenus dans la capitale, Damas, et dans la province de Hama, au nord du pays. Ils impliquaient des combattants du groupe armé État islamique et d’autres factions proches d’al-Qaïda, qui n’ont pas signé la trêve négociée par la Russie et la Turquie.

L’Observatoire syrien des droits de l’homme et le régime de Bachar al-Assad ont rapporté un respect relatif du cessez-le-feu ailleurs au pays, déchiré par une guerre civile qui a fait des centaines de milliers de morts et de réfugiés depuis six ans. « Les violations du cessez-le-feu ne sont pas surprenantes », estime Thomas Pierret, spécialiste de l’islam et du Moyen-Orient à l’Université d’Édimbourg, en Écosse. « Pour le moment, il ne faut pas trop croire aux promesses de négociations, de réformes réelles et de compromis. Le régime de Bachar al-Assad est en position de force et ne semble pas avoir intérêt à faire des compromis », a dit le professeur en entrevue téléphonique avec Le Devoir, vendredi.

Une bataille fait rage depuis une semaine pour le contrôle de deux réservoirs d’eau potable, à Wadi Barada et à Ain al-Fijah, qui alimentent 70 % des résidants de Damas, la capitale. Le combat continue malgré le cessez-le-feu, selon plusieurs sources. Plus de 4 millions d’habitants de Damas et de ses banlieues sont privés d’eau potable, a déploré l’Organisation des Nations unies (ONU) dans un communiqué.

« Même si les agences gouvernementales ont mis en place un programme de rationnement et de distribution d’eau, les résidants de la région de Damas sont privés d’eau potable dans leurs résidences depuis plus d’une semaine. Ils doivent s’approvisionner auprès de vendeurs privés dont les prix et la qualité de l’eau ne font l’objet d’aucune réglementation », indique le communiqué.

Une paix fragile

L’ONU craint que la pénurie d’eau potable — et la consommation d’eau polluée — donne lieu à des maladies, surtout chez les enfants. Les prix hors de contrôle créent aussi une pression financière sur les familles, déjà aux prises avec le stress de la guerre.

Dans tout le pays, 15 millions de personnes sont privées d’eau potable, note l’ONU. Des usines de filtration et des réseaux d’aqueduc ont été détruits par les bombardements. Les ménages consacrent jusqu’à 25 % de leurs revenus à l’achat d’eau embouteillée.

Bref, le cessez-le-feu met un baume sur les difficultés de l’existence en temps de guerre. Mais pour les Syriens, la vie reste pénible malgré l’espoir du retour de la paix. Ils doivent aussi s’attendre à affronter de nouveaux tourments dans un avenir prévisible, croient des experts.

Il ne faut pas trop croire aux promesses de négociations, de réformes réelles et de compromis

L’armée de Bachar al-Assad et les groupes d’opposition semblent ainsi profiter de la trêve pour déplacer leurs troupes à des endroits stratégiques sans être inquiétés. Le porte-parole d’un groupe de rebelles a même déclaré que le cessez-le-feu permet aux combattants de se reposer avant de reprendre l’offensive contre l’armée syrienne.

L’ordre mondial change

Le régime de Bachar al-Assad semble plus fort que jamais depuis le début de la guerre civile en 2011, mais le président syrien est un géant aux pieds d’argile, note le professeur Thomas Pierret : il dépend entièrement de forces étrangères, dont la Russie et l’Iran, pour se maintenir au pouvoir.

« Ce qui se passe en Syrie est une victoire pour Poutine. Il essaie de profiter de l’occasion pour remettre en place l’Empire russe », dit Marie Lamensch, coordonnatrice à l’Institut montréalais d’études sur le génocide et les droits humains, affilié à l’Université Concordia.

La Syrie illustre des changements importants à l’ordre mondial, rappelle la chercheuse. La Russie et la Chine ont étendu leur influence au Moyen-Orient. Les chiites, qui représentent environ 15 % des musulmans, ont aussi pris du galon dans la région : l’Iran, appuyé par des milices venues d’Irak, d’Afghanistan et du Liban, joue un rôle crucial en Syrie.

Les États-Unis restent à ce jour les grands absents en Syrie. Le gouvernement de Barack Obama a commis une erreur stratégique en sous-estimant le potentiel de gains de l’Iran dans ce conflit, estime le professeur Thomas Pierret. Téhéran a ainsi gagné en influence aux dépens de l’Arabie saoudite sunnite, alliée de Washington et de l’Occident.

« La manière dont l’Iran définit son influence en Syrie est extrêmement maximaliste, dit le professeur de l’Université d’Édimbourg. Pour l’Iran, la Syrie est une sorte d’arrière-cour du Hezbollah [groupe libanais classé comme terroriste par le Canada, les États-Unis et leurs alliés et qui refuse de reconnaître l’État d’Israël]. »

4 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 31 décembre 2016 06 h 11

    oui,connecter directement tout le monde directement dans leur cerveau

    Que la vie peut etre cruelle, que le pouvoir peut etre exigeant, trois cent miles mort, ce n'est pas rien, combien Trump va en exiger, que parfois les humains sont des betes cruelles, surtout quand ils ont des outils de plus en plus sophistiqués , depuis que les humains ont appris a utiliser les ressources de leur cerveau il n'y a plus de limites,ils peuvent asservir des millions d'individus, nous avons jamais eu des outils aussi puissants et tres bientot on va pouvoir connecter tout le monde directment dans leur cerveau

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 31 décembre 2016 09 h 03

    Un autre point de vue



    Depuis des années, la guerre en Syrie n’est plus une guerre civile. À part le régime lui-même, ceux qui s’y affrontent sont des mercenaires étrangers (des pions), soutenus par ceux qui font véritablement cette guerre, soit des pays étrangers; d’une part l’Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar, et d’autre part la Russie et l’Iran.

    Il s’agit d’une guerre de procuration que se livrent ces pays par milices interposées.

    La cause profonde de cette guerre, c’est le refus de Bachar el-Assad en 2010 d’approuver le passage en Syrie d’un projet de gazoduc soutenu par le Qatar, l’Arabie saoudite et la Turquie. Ce gazoduc devait relier l’Europe à un site gazier qatari estimé à des centaines de milliards de dollars.

    Les promoteurs du projet qatari décident donc d’offrir des centaines de millions$ à des mercenaires venus de partout afin de renverser le régime de Bachar el-Assad. Hommes et matériel transigent par la Turquie. Les deux pétromonarchies financent l’opération.

    La Turquie étant le passage obligé pour l’approvisionnement en armes et en hommes de cette guerre, toute entente entre la Turquie et la Russie sonne le glas des milices islamistes financées par l’Arabie saoudite.

    Seul l’État islamique, indépendant financièrement de mécènes saoudiens, pourra poursuivre la lutte. Mais encerclé de toutes parts, ses mois sont comptés.

    Et quand ces djihadistes seront de retour dans nos pays pour y commettre des attentats, on comprendra pourquoi les États-Unis refusaient de favoriser leur prise du pouvoir en Syrie.

    Et ceux qui jugent que le refus d'intervenir de Barack Obama est une 'faiblesse', devront expliquer pourquoi Trump poursuivra la même politique de non-intervention, préférant se concentrer sur l'Irak (comme son prédécesseur).

  • François Genest - Inscrit 31 décembre 2016 11 h 42

    Qui l'eût cru?

    Le 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi s'immolait et sa mort le 4 janvier suivant allait servir de symbole pour ce qu'on a appelle désormais le Printemps arabe, chassant Ben Ali du pouvoir en Tunisie et suscitant l'espoir de milliers de gens ordinaires qui se sont mis à occuper des places publiques pour faire advenir un monde meilleur. Cinq ans plus tard, le monde a radicalement changé et on peine à croire que quelqu'un quelque part a choisi la situation actuelle. Un ami sociologue m'a fait la blague que lui, ses confrères et consoeurs sont incapables de prévoir les événements à venir mais peuvent expliquer après coup pourquoi il était inévitable que les choses se passent ainsi. Je conserver ma foi en l'humain mais je suis très ébranlé par les drames des dernières années. Ayons l'intelligence et la gentillesse de mieux faire à l'avenir. J'ose nous le souhaiter.

    • Cyril Dionne - Abonné 31 décembre 2016 19 h 38

      Qui l'eût cru ? Ce sont deux Tunisiens qui sont responsables des deux dernières attaques terroristes d'envergure (Nice et Berlin). Le printemps arabe était en fait, un printemps islamiste.